L.ABORDERIE, à part
Jamais je n’ai vu prendre des notes avec autant d’ardeur. (Haut.) Il y a deux façons d’observer le passage de Vénus. Ou bien l’observateur est placé à la surface de la terre... c’est la première façon... Ou bien l’observateur est placé, non plus à la surface, mais au centre même de la terre... Cette seconde méthode, bien que présentant au premier abord de sérieuses difficultés, nous paraît infiniment préférable à la précédente...
CH AMP V.ALLON, prenant de l'encre pour la troisième fois.
Je vous demande pardon...
LABORDERIE.
Vous feriez mieux d’emporter l’encrier.
CIIAMPVALLON.
Je n’osais pas vous le demander.
LABORDERIE.
Vous aviez tort, emportez-le, je vous en prie.
CIIAMPVALLON.
Je vous remercie.
LE PASSAGE DE VÉNUS
LABORDERIE.
Et aussi ce livre, cela vous sera plus commode pour écrire... vous le mettrez sur vos genoux...
CHAMPVALLON
On n’est pas plus aimable.
Il retourne à sa place et recommence à écrire. LABORDERIEj à part.
Il prend des notes même quand je ne dis rien... c’est prodigieux. (Haut.) Avant d’entreprendre notre démonstration, messieurs, je dois vous prévenir que, pour ne pas nous embarrasser de difficultés inutiles, nous négligerons certaines quantités sans importance... Ainsi, par exemple, nous ne tiendrons pas compte de l’aplatissement de la terre...
Pendant la phrase qui précède, Champvallon a fait des signes d’impatience avec la main.
CHAMPVALLON
Allons, bien!... allons, bon!
LABORDERIE.
Ou’est-ce que vous avez?
CHAMPVALLON
Voilà que je viens d’écrire ; » aplatissement... » C’est votre faute... j’ai écrit « aplatissement... »
LABORDERIE.
L’aplatissement de la terre... c’est ce que j’ai dit.
CHAMPVALLON
Mais ce n’est pas ce que je voulais mettre... (Lisant ce qu’il vient d'écrire.) « J’espère que maintenant vous ne refuserez pas de croire à mon aplatissement. * C'est « amour î que je voulais mettre... « J'espère que maintenant vous ne refuserez pas de croire à mon amour... »