‹ Tha{uml}isChapitre 1 sur 17 · PARIS CALMANN-LÊVY, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

PARIS CALMANN-LÊVY, ÉDITEURS

3, lÙB AUBIK, 3

Draîts de repro cl action et de traduction rëserréa pour tons les pays.

LELOTCS '

5jSo ce temp»-Ià le désert était peuplé d'anadunrèt^ Sar les deax rives du Nil, d'innombrables cabanes, bâties de branchi^es et d'argile par la main des solitaires, étaient semées à qiiMqiie distance les nnes des autres, de façon que ceux qui les habitaient ponyaient vivre isolés et pourtant s'eoftr'aider au besoin. Des églises, surmontées du signe de la croix, s'élevaient de loin en loin au-dessus des cabanes et les moines s'y rendaient dans les jours de fête, pour as»ster i la célébration des mystères et participer aux sacrements. U y avait ausâ, tout au bord du fleuve, des maisons où les eénobites, renfermés chacun dans une

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étroite cellule, ne se réunissaient qu'afin de mieu^ goûter la solitude.

Anachorètes et cénobites yÎTaient dans Tabstinenoe, ne prenant de nourriture qu'après le coucher du soleil, mangeant pour tout repas leur pain arec un peu de sel et d'hysope. Quelques-uns, s'enfonçant dans les sables, faisaient leur asile d'une caverne ou d'un tombeau et menaient une vie encore plus singulière;

Tous gardaient la continence, portaient le cilice et la cucuUe, dormaient sur la terre ^ nue après de longues Teilles, priaient, \y^ chantaient des psaumes et,Ipour tout dire, ^^ /accomplissaient chaque jour les chefs-d'œu-

vre de la pénitence!) En considération du péché originel, ils refusaient à leur corps, non seulement les plaisirs et les oc^ntentements, mais les soins mêmes qui passent pour indispensables selon les idées du siècle. Ils estimaient que les maladies ds nos membres aes^nissent nos Ames et que la

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diair 96 saurait reoevoir de plus glorieuses parures que les ulcères et les plaies. Ainsi ; s'accomplissait la parole des prophètes qui avaient dit : c Le désert se couvrira de fleurs. »

Parmi les hôtes de cette sainte Thébalde, lee uns consumaient leurs jours dans Ta»* cétisme et la contemplation, les autres gagnaient leur subsistance en tressant les fibres des palmes, pu se louaient aux cultivateurs voisins pour le temps de la moisson. Les gentils en soupçonnaient faush sèment quelques uns de vivre de brigandage et de se joindre aux Arabes nomades qui pillaient les caravanes. Mais à la vérité ces moines méprisaient les richesses et Todeur de leurs vertus montait jusqu'au] ^ del.

Des anges semblables à de jeunes hommes venaient, un b&ton à la main, comme des voyageurs, visiter les ermitages, tandis que des démons, ayant pris des figures

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d'Éthiopiens on d'anionaux, erraient autour des solitaires y afin de les induire en tentation. Quand les moines allaient, le matin, rraiplir leur cruche à la fontaine, ils voyaient des pas de Satjrres et d'Âi* gipans impHaiés dans le sable. Considérée wus son a^>eet véritahle et spirituel, la Thébaïde était un champ de bataille où se livraient à toute heure, et spécialraient la nuit,^les merveilleiur^eombats du ciel et de

Les ascètes furieusemait assaiHis par des légions de damnés, se d^ndaient avec Taîde de Dieu et des anges, an moyen du jeûne, de la pénitence et des macérations.

Parfois, Taiguillon des désirs charnels les déchirait si cruellement qu'ils en hurlaient «de douleur et que I<purs lamentations répondaient, sons le dd plein d'étoiles, aux 'miaulements des hyènes affamé^. C'est alors que les démons se présentaient à ^ix sous des formes ravissantes. Car si les démons

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90Bt laids 6D réaliAé, Us se revêtent parfois d'une beauté d^pp/àrevàè ^ enpéche de dtscemer Jeûr Dfttwe iatime. Les asoMss de k Thâ>alde virasl ayee épcnuraiite, dans leur c^uk, des ioiages du plaisir incoimues même aux voh^itueux du sièele. Mais, comme le signe de la croix étah sur e«x»

ils ae suûoombaieut pas à la tentation, et les esprits immondes, reprenant leur Téritakk figure» s'éldgaaient dès Taurore, pleins de honte et de rage fil n'était pas rare, à Taube, de rencontrer un de oettx<-là n'ear fuyant to«t en larmes, et répondant à ceux qui l'interrogeaient : c Je pleure et je gânis, parce qu'uA des chrétiens qui habitent ici m'a battu a¥€^ des nvrgos et chassé ignoniiiieusttnent. »

Les anciens du désert étendaient leur

puissance sur les pé<^urset sur les impies.

«^{jeur bonté était parfois terriblejlls tenaint

des apôtres le pouvoir de punir les offenses

faites au vrai Dieu, et rien ne pouvait

s TIlIS

sauver ceux qu'ils avaient condamnés. L'on contait avec épouvante dans les villes et jusque dans le peuple d'Alexandrie que la terre s'entr'ouvrait pour engloutir les méchants qu'ils frappaient de leur bâton.

Aussi étaient-ils très redoutés des gens de mauvaise vie et particulièrement des mimes, des baladins, des prêtres mariés et des courtisanes.

Telle était la vertu de cas religieux, qu'elle soumettait à son pouvoir jusqu'aux bètes féroces. Lorsqu'un solitaire était près de mourir, un lion lui venait creuser une fosse avec ses ongles. Le saint homme, connaissant par là que Dieu l'appelait à lui, s'«n allait baiser la joue à tous ses frères. Puis, il se couchait avec allégresse, pour s'endormir dans le Seigneur,

Or, depuis qu'Antoine, âgé de plus de cent ans, s'était retiré sur le mont Ciolzin avec ses disciples bien-aimés, Hacaire et Amathas, il n'y avait pas dans toute la

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Thébaïde de moine plus abondant en œuvres que Paphnuce, abbé d*An(inoé. A vrai dire, EpErem et Sérapion commandaient à un plus grand nombre de moines et excellaient dans la conduite spirituelle et temporelle de leurs monastères. Mais Paphnuce observait les jeûnes les plus rigoureux et demeurait ^parfois trois jours entiers sans prendre de nourriture. Il portait un cilice d'un poil très rude, se flagellait matin et soir et se tenait souvent prosterné le front contre terre.

Ses vingt^iuatre diiciples, ayant construit leurs cabanes proche la sienne, imitaient ses austérités. H les aimait chèrement en Jésus- Ghrist et les exhortait sans cesse à la pénitence. Au nombre de set fils spirituels se trouvaient des hommes qui, après s'être livrés au brigandage pendant de longues années, avaient été touchés par les exhortations du saint abbé au point d'embrasser Tétat monastique. La pureté de leur vie

iO tbaU

édifiait leurs compagnons. On distinguait parmi eux l'ancien cuisinier d'une reine d'Abyssinie qui» converti semblaMement par Tabbé d'Ajitinoé, ne cessait de répandre des larmes, et le diacre Flavîen, qui avait la connaissance des écritures et parlait atei! adresse. Mais le plus admirable des disciples de Pai^uce était un jeune paysaf^ I nommé Paul et surn(»nmé te Simple, à cane de son extrteie naïveté. Les hommes raillaient sa candeur, mais Dieu le favorisait ee lui envoyant des visions et en lui accordant le don de prophétie.

Papfanuce sanctifiait ses heures paar renseignement de ses disciples et les pratiques de Tascétisme. Souvent aussi,- il méditait sur les livres sacrés pour y trouver des allégories. C'est pourquoi, jeujie encore d'âge, il abondait en mérites. Les diables qui livre&t de si rudes assauts aux bons anachorète n'osaient s'approefaer de lui. La nuit, au dair de lune, sq)t petits chacals se tenaient

LB LOTO! li

devant sa edlule» assis sur leur derrière, immobiles, silencieu, dressaat l'oreille. Et Von croit qae c^éiaU sept démons <pi'il retenait sur son seuil par la Tertn de sa saintetés | ^^ ^

PaphnudB était né à Atexaudrie de parenta^ J5nobles, qui Tavaient fait instruire dans les lettres profanes. Il avait même été séduit par les mensonges des^poètes, et tels étaient, en sa première jeiaiesse, Terreur de son esprit et le dér^lement de sa pensée, qu'il croyait que la race humaine avait été noyée par les eaux du déluge au temps de Deuca-> lion, et qu'il disputait avec ses condisciples sur la natnre, les attributs et l'existence même de Dieu. Il vivait alors dans la dissipaticm, à la manière* des gentils. Et c'est un temps qu'il ne se rappelait qu'avec honte rt pour sa confusion*

Durant ces jours, avait41 coulume de dire à ses frères, je bouillais dans la chaudièrel des fausses délices. ^

Il entendait par là qu'il mangeait des viandes habilement apprêtées et qu'il fréquentait les bains publics. En effet, il avait mené jusqu'à sa vingtième année cette vie du siècle, qu'il conviendrait mieux d'appeler mort que vie. Hais, ayant reçu les leçons du prêtre Macrin, il devint un homme nouveau.

La vérité le pénétra tout entier, et il avait coutume de dire qu'elle était entrée en lui comme une épée. Il embrassa la foi du Calvaire et il adora Jésus crucifié. Après son baptême, il resta un an encore parmi les gentils, dans le siècle où le retenaient les liens de l'habitude. Mais un jour, étant entré dans une église, il entendit le diacre qui lisait ce verset de l'Écriture : c Si tu veux être parfait, va et vends tout ce que tu as et donne&-en l'argent aux pauvres. > Âuflsitât il vendit ses biens, en distribua le prix en aumônes et embrassa la vie monastique. '

LM LOTDt il

Depuis dix ans quMl s'était retiré loin des hommes, il ne bouillait plus dans la chaudière des délices charnelles, n^ais rait profitablement dans les baumes pénitence.

il niacé«Y les de laj

Or, un jour que, rappelant, selon sa pieuse habitude, les heures qu'il avait vécues loin de Dieu, il examinait ses fautes une à une, pour en concevoir exactement la difformité,\Jl^ lui souvint d'avoir vu jadis au théâtre d'Alexandrie une comédienne d'une grande beauté, nommée Tha!s^ Cette femme se montrait dans les jeux et ne craignait pas de se livrer à des danses dont les mouvements, réglés avec trop d'habileté, rappelaient ceux des passions les plus horribles. Ou bien elle simulait quelqu'une de ces actions honteuses que les fables des païens prêtent à Vénus, à Léda ou à Pasiphaé»

Elle embrasait ainsi tous les spectateurs du feu de la luxure; et, quand de beaux jeunes hommes on de riches vieillards venaient,

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pleins d^amciar, suspendre des fleivs au seuil

o de sa maison^ die leur fiiisait aceu^ et se

/ liTnift à eux. En sorte qu'en perdant son

,j/\ I àmst dUe p^ait un tris grand nombre

d'autres Ames.

Peu s'en était fallu qu'elle eût induit Paphnuce lui-même au péché de la cbahr.

Elle avait allumé le désir dans ses veines et il s'était une fois approdté de la maison de Thaïs. Mais il avait été airèté au seuil de la courtisane par la timidité naturelle à l'extrême jeunesse (il avait alors quinze ans), et par la peur de se voir repoussé, faute d'argent, car ses parents veillaient à ce qu'il ne pfrt faire de grandes X dépensesQHeu, dans sa miséricorde, avait ^V^ X> pns ces deux moyens pour le sauver d'un <;k»^\jjii«f*grand crimel Mais l^phnuoe ne lui en avait \ eu d'abord aucune reconnaissance, parce qu'en ce temps-là il savait mal discerner ses proiHres intérêts et qu'il convoitait les faux biens. Donc, agenouillé dans sa cellule

Ll LOTOf Ift

/ deyant le shnakiâre de ee bois salutaire où I fut suspeodue, oomme dans une balance, la \ rançon dn monde, Papànuce se prit à songor i Thafs, parce que Thal^était son péché, et il médita longtemps, selon les règles de rascétimie, sur la laideur épouvantable des déliées chsmielles, dont cette femme lui avait inspiré le goût, aux jours de trouble et d'ignorance. Après quelques heures de méditation, l'image de Thaïs lui apparut avec une extrême netteté. Il la revit telle qu'il l'avait vue lors de la tentation, belle selon la chair. Elle se montra d'abord comme une Léda, mollement couchée sur un lit de hyacinthe, la tète renversée, les yeux hi^ mides et pleins d'édairs, les narines frénm»antes, la boudie entr 'ou verte, la poitrine en flemr et les bras frais ccmime deux [rgesseaux. A <»tte vue, Paphnuce se frappait la poitrine et disait :

— Je te prends à témoin, mon Dieu, que je considère la laideur de mon péché I

if TBAlf

Cependant l'image changeait insensiblement d*expres8ion. Les lèvres de Thaïs révélaient peu à peu, en s'abaissant aux deux coins de la bouche, une mystérieuse souffrance. Set yeux agrandis étaient pleins de larmes et de lueurs ; de sa poitrine gon* fiée de soupirs, montait une haleine semblable aux premiers souffles de l'orage. A cette vue, Paphnuce se sentit troublé jusqu'au fond de l'&me. S'étant prosterné, il fit cette prière :

— Toi qui as mis la pitié dans nos cœurs comme la rosée du matin sur les prairies, Dieu juste et miséricordieux, sois bénil Louange, louange à toi I Écarte de ton serviteur cette fausse tendresse qui mène à la concupiscence et faisrmoi la grâce de ne jamais aimer qu'en toi les créatures, car elles passent et tu demeures. Si je 'm'intéresse à cette femme, c'est parce qu'elle est ton ouvrage. Les anges eux-mêmes se penchent vers elle avec sollicitude. N'est-elle

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pas, 6 Seigneur, le souffle de ta bouche?

II ne faut pas qu'elle continue à pécher avec tant de citoyen& et d'étrangers. Une grande pitié s'est élevée pour elle dans mon cœur. Ses crimes sont abominables et la seule pensée m'en donne un tel frisson que je sens se hérisser d'effroi tous les poils de ma chair. Hais plus elle est coupable et plus je dois la plaindre. Je pleure en songeant que les diables la tourmenteront durant l'éternité.

CSomme il méditait de la sorte, il vit un .

petit chacal assis à ses pieds. Il en éprouva unfr g r ande s urpriseT^ciBir la porte de sa cellule étliit fermée depuis le matin. L'animal semblait lire dans la pensée de l'abbé et il remuait la queue comme un chien. Paphnuce se signa: la béte s'évanouit. Gon-.

naissant alors que pour la première fois le diable s'était glissé dans sa chambre, il fit une courte prière; puis il songea de nou-, veau & Thaïs.

IB thaU

— Avec Taide de Dieu, se dxt-il, il favt que je la sauTe I

Et il ^'endormit.

Le lendemain matin, ayast hit sa prière, il se rendit auprès d» saint homme Paiemon, qoî meoAit, à quelque distauce, la vie anacborétiqne. Il le trouva qvi, paisiMe et riant, bêdbait la terre selon sa coutume.

Palémon était un vieillard ; [il cultivait un petit jardin : les bêtes sauvi^s venaient lui lécher les mains, et les diables ne le tourmentaient pas.

— Dieu soit loué I mon 'frère Paphnuce^ dit^il, appuyé sur sa bêche.

— IMeu soit louél répondit Paphnuee.

Et que la paix soit avec mon frère !

— La paix soit semblablement avec toi I frtee Paphnuce, reprit le moine Palémon; et il essuya avec sa mttache la sueur de son front.

-— Frère Palémon, nos discours dcHvent avoir pour unique objet la louange de

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Galui qui a promis de se trouver au milieu de ceux qui s'assemblent en son nom. C'est pourquoi je vieu t'entretionir d'un dessein que j^ai formé en ?U6 de glorifier le Seigneur.

— Puisse dose le Seigneur bénir ton dessein, Paphnuce, comme il a béni mes laitues I II répand tous les matins sa grâce avec sa rosée sur mon jardin et sa bonté m'incite à le glorifier dans les concooÛNfes et le» e^ouilles qu'il me donne Prions-le qu^il nous garde en sa paix I Car rien n'est plus à craindre que les mouvem^tits désordonnés qui troublent les cœurs Quand ces mouveo^nts nous agitent, nous sommes semblables à des hommes ivres et nous marchonSfiÉrés de droite et de gauche, sans cesse près de tomber ignominleusemmt:

Parfois œs transports nous plongent dans une joie déréglée*, et celui qui s'y abandonne fak retentir dans l'air souillé le rire épais des brutes, dette joie lamentable entraîne

SO TKAli

le pÂcheur dans toutes sortes de désordres.

Udi^ parfois aussi ces troubles de l'âme et des sens nous jettent dans une tristesse impie, plus funeste mille fois que la joie.

Frère Paphnuce, je ne suis qu'un malheureux pécheur; mais j'ai éprouvé dans ma longue vie que le cénobite n'a pas de pire ennemi que la tristesse. J'entends par là cette mélancolie tenace qui enveloppe l'âme comme une brume et lui cache la lumière de Dieu. Hien n'est plus contraire au salut, et le plus grand triomphe du diable est de répandre une acre et noire humeur dans le cœur d'un religieux. S'il ne nous envoyait que des tentations joyeuses, il ne serait pas de moitié si redoutable. Hélas 1 il excelle à nous désoler. N'a-t-il pas montré à notre père Antoine un enfant noir d'une telle beauté que sa vue tirait des larmes ^ Avec l'aide de Dieu, notre père Antoine évita ^es pièges du |démon. Je l'ai connu du temps qu'il vivait parmi nous; il s'égayait avec

ip

ht LOTUt M,

ses discipleSy et jamais il ne tomba dans la mélancolie. Hais n'es-ta pas yena, mon frère, m'entretenir d'nn dessein formé dans ton esprit T Tu me favoriseras en m'en faisant part, si toutefois ce dessein a pour objet la gloire de Dieu.

— Frère Palémon, je me propose en effet de glorifier le Seigneur. Fortifie-moi de ton conseil, car tu as beaucoup de lumières et le péché n'a jamais obscurci la clarté de ton intelligence.

— Frère Paphnuce, je ne suis pas digne de délier la courroie de tes sandales et mes iniquités sont innombrables comme les sables du désert. Mais je suis vieux et je ne te refuserai pas l'aide de mon expérience.

— Je te confierai donc, frère Palémon, que je suis pénétré de douleur à la pensée qu'il y a dans Alexandrie une courtisane nommée Thaïs, qui vit dans le péché et demeure pour le peuple un objet de scandale.

Il TXAlS

— Frère Paphnace, c'ert là, en efét, me abomination dont il opuTient ie s*affli^r.

Beanfioup de («BfDet Tirent cmdsm celle-là parott les genlil». Aa-ta iouLginé wa wmède applicable à œ grand mid ?

— Frère Palémon, j'irai tvottwr eette femme dans Alexandrie, et, avec le secours de Diea, je la eonyertijn&. Tel est mon dessein ; ne l'appron^eihta pas, mon fr^re f

— Frère Paphnnee, je ae sois ^'«n malhenrenx pécheur, mais notre père Antoine avait coutume de dire : c flo quelque lieu que tu sois, ne te kâte pas d'en sortir pour aller ailleurs. >

— Frère Paiémon, déee«ivre»4u quelque chose de mauvais dans Tentreprise que j'ai conçue ?

— Doux Papknuoe, Dieu me garde de soupçonner les intentions, de mon frère !

Mais notre père Antoine disait encore : € Les poissons qui sont tirés en un lieu sec y trouvent la mort : pareillement il advient

que les moioeft qui s'«i vont ho» de leurs oslluks et se mâleiit aux gens du eièele s'écartent des bous propos. >

Ayant ainsi parlé, le vieillard Palémon enfonça du pied danir la terre le tranolBuit de aa bâcbe et se mit à creuser le soi avec ardeur autour d'un figuier chargé de fruits.

Tandis qu'il bêchait,, une antilope ayant finanehi d'un bond rapide, dans un bruit de feuillage, la baie qui fermait le jardin, s'arrêta, surprise, inquiète, le jarret firé^ missant, puis s'approcha en deux bonds du vieillard et coula sa fine tête dans te sein de son ami.

— Dieu sdt loué dans la gaxelte du désert! dit Palémon.

Et, s'en étant allé dans sa cabane, suivi de la bMe légère, il rapp(H*ta du pain noir que Taiitilope mangeait dans le creux de sa Budn.

Paphn'uce demeura quelque temps peusil, le regard fixé sur les pierres du che-

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min. Puis il regagna lentement sa cellule»

songeant à ce qu'il venait d'entendre. Un grand travail se faisait dans son esprit.

— Ce solitaire, se disait-il, est de bon conseil; Tesprit de prudence est en lui. Et il doute de la sagesse de mon dessein. Pourtant il me serait cruel d'abandonner plus longtemps cette Thaïs au démon qui la possède. Que Dieu m'éclaire et me conduise!

Gomme il poursuivait son chemin, il vit un pluvier pris dans les filets qu'un chasseur avait tendus sur le sable et il connut que c'était une femelle, car le m&le vint à voler jusqu'aux filets et il en rpmpait les mailles une à une avec son bec, jusqu'à ce qu'il fit dans les rets une ouverture par laquelle sa compagne pût s'échapper. L'homme de Dieu contemplait ce spectacle et, comme, par la vertu de sa sainteté, il comprenait aisément lé sens mystique des choses, il connut que l'oiseau captif n'était autre que Thaïs, prise dans les lacs des abominations.

Ll LOTUI K

et que, à ^exemple^ du pluvier, qui coupait les fib du chanvre avec son bec, il devait rompre, en prononçant des paroles puis- santés, les invisibles liens par lesquels Thaïs était retenue dans le péché. C'est pourquoi il loua Dieu et fut raffermi dans sa résolution première. Mais, ayant vu ensuite le pluvier pris par les pattes et embarrassé lui-même au piège qu'il avait rompu, il retomba dans son incertitude.

11 ne dormit pas de toute la nuit et il eut avant Taube une vision. Thaïs lui apparut encore. Son visage n'exprimait pas les voluptés coupables et elle n'était point vêtue, selon son habitude, de tissus diaphanes. Un suaire l'enveloppait tout entière et lui cachait même une partie du visage, en sorte que l'abbé ne voyait que deux yeux qui répandaient des larmes blanches et lourdes.

A. cette vue, il se mit lui-même à pleurer et, pensant que cette vision lui venait dé Dieu il n'hésita plus. Q se leva, saisit un

9» twkH

hiAûû Doveox, image de la. foi divétiennet 9Qrtitf de sa cellule, dont il feirmai soigner sèment la porte^ afin que les. animaux i<|iii ynyeai sur le sable et les disea«x> da l'aie ne pussent, venir souiller le. liviae. des- Ësch ture» qu'il conservait au chevet de son lit»

appela le diacre Flaviem pour. lui confier le gouvernement des vingt-trois diseiples; puis, vêtu seulemenl^ d'un, long dlice, prit sa route vers le Nil, avec le desseia de suivre à pied la rive Ljbique jusqu'à la ville fondée par le Haeédonioi. Il marchait depuis l'aube sur le sable, méprisant la fatigue, la faim, la soif; lej soleil était déjà bas à l'horizon quand il vit le fleuve effrayant qui roulait ses eaux, sanglantes entre des rochers d'or et de feu. Il longea la berge, demandant son pain aux portes des cabanes isolées, pour l'amour de Dieu, et recevant l'injure, les refus, les menaces avec allégresse D ne redoutait ni les brigands, ni les bâtes fauves, mais il prenait grand soin

Ll LOTUS 17

de 86 détouraer des villes et des village» qai te Ivouvaiefit mr aa route. Il «raîgnait de reMontvor des enfants jouant aux Mselets devant la maison de leur père» on de voir, au bord des citenies, des femmes en chemise bleue poser leur cruche et sourire.

Tout est péril au «solitaire ; c'est parfois un danger pour lui de lire dans FÉcriture que le divin maître allait de ville en ville et soupait avec ses disciples. Les vertus que les anachorètes brodent soigneusement sur le tissu de la foi sont aussi fragiles uiue magnifiques : un buffle du siècle peut en tcFnir les agréables couleurs. C'est pourquoi Paphnuce évitait d'entrer dans les villes, crai^oant que >son ciBur ne s'amollit à la vue des hommes.

.n s'en allait donc par les chemins solitaires. Quand venait le soir» le .murmure des tamaris, caressés par la brise, lui donnait le frisson, et il rabattait son sapuchcm sur «ses yeux pour m plus voir la. beauté

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des choses. Après six jours de marche, il parvint en un lieu nommé Silsilé. Le fleuve j coule dans une étroite vallée que borde une double chaîne de montagnes de granit.

C'est là que les Égyptiens, au temps où ils adoraient les démons, taillaient leurs idoles. . Paphnuce y vit une énorme tète de Sphinx, V encore engagée dans la roche. Craignant qu'elle ne fût animée de quelque vertu diabolique, il fit le signe de la croix et prof nonça le nom de Jésus; aussitôt une chauve>8oi}ris s'échappa d'une des oreilles de la bête et Paphnuce connut qu'il avait chassé le mauvais esprit qui était en cette figure depuis plusieurs siècles. Son zèle s'en accrut et, ayant ramassé une grosse pierire, il la jeta à la face de l'idole. Alors le visage mystérieux du Sphinx exprima une si profonde tristesise, que Paphnuce en fut ému.

En vérité, l'expression de douleur surhumaine dont cette face de pierre était emr preinte aurait touché l'homme le plus insen*

Lk LOTUS 99

iible. (Test pourquoi Paphnuce dit au Sphinx:

— bète, à l'exemple des satyres et des centaures que vit dans le désert notre père Antoine, confessé la divinité du Christ Jésus !

I Aniome eTJeTê

bénirai au nom du Père, du Fils et de TEsprit

tl dit : une lueur rose sortit des yeux du

Sphinx; les lourdes paupières de la béte

tressaillirent et les lèvres de granit arti-

yculèrent péniblement, comme un écho de

y^ 1a voix de Thonmie» le saint nom de Jésus-

^ i Christ; c'est pourquoi Paphnuce, étendant

n/^ I la main droite, bénit le Sphinx de Silsilé.

Gela fait, il poursuivit son chemin et, la

vallée s'étant élargie, il vit les ruines d'une

ville immense. Les temples, f'estés debout,

étaient portés îpar des idoles qui servaient

de colonnes et, avec la permission de Dieu

des tètes de femmes aux cornes de vache,

attachaient sur Paphnuce un long regard

qui le faisait pâlir. H marcha ainsi dix-

10 THAlS

sept jours, mâchant pour toute nourriture quelques herbes crues et dormant k nuit dans les palais écroulés, parmi les chat^ sauvages ^t les Tats de Pharaon, ^uaupiels I venaient se mêler des lésomes dont le l>o8t6 ^ se 'terminait en poisson squameux. Mais.

Paphnuce savait que ces femmes venaient de renier et il les chassait en faisant le signe de la croix.

Le dix4iuitiènte jour, ayant découvert, loin de tout village une misérable hutte de feuilles de palmier, à demi ensevelie sous le sable qu'apporte le vent du désert, il s'en approcha, avec Tespoir que cette cabane était habitée par quelque pieux anachorète. Gomme il n^y avait point de porte, il ftper^t à l'intérieur une cruefae, un tes d'oignmas et un lit de feuiUea sèches.

— Voilà, se dit^il, le mobilier id'un a»-^ oète. Communément les ennites s'iloignent peu de kor cabane. Je ne manquend {ns de rencontrer hientM celui-d. Je veux lu

LB tOTOS M

donîMr le Iniser de paix, ^ Texemple du saint solitaire^v^nteîne xp^ s'étaat iréiidti jaoprèsLde rermite Paul, Fembrassa par trns fois. Nous m>U8 entretiendrons des d^ose^ dtemelles et peut^tre notre. Seigneur nous enverra»tril par nn corbeau un pain que mon hôte m'invitera honnêtement à rompre.

Tandis qu'il ise parlait ainsi à lui-<mème, il tournait autour de la hutte, cherchant s'il m découvrirait personne. Il n'avait pas fait Qeùi pas, qu*il aperçut un homme assis, les jambes croisées sur la berge du Nil. Cet homme était nu; ^a, chevelure comme sa barbe entièrement blanche^ et son corps plus rouge que la brique. Paphnuce ne douta point que ce ne fût l'ermite. U le salua par les paroles que les moines ont coutume d'échanger quand ils se rencontrent.

7- Que la paix soit avec toi, mon frêne I Puisses*tu goûter un jour le doux rafraîchissement du Paradis.

L'homme ne répondit point. U dipneurait

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immobile et semblait ne pas entendre Paphnuce s'imagina que ce silence était causé par un de ces ravissements dont les saints sont coutumiers. Il se mit à genoux, les mains jointes, à côté de Tinconnu et resta ainsi en prières jusqu'au coucher du soleil. Â ce moment, voyant que son compagnon n'avait pas bougé, il lui dit :

— Mon père, si tu es sorti de l'extase où je t'ai vu plongé, donne-moi ta bénédiction en notre Seigneur Jésus-Christ. \

L'autre lui répondit sans tourner la tète

— Étranger, je ne sais ce que tu veux dire et ne connais point ce Seigneur Jésus- Christ.

— Quoi! s'écria Paphnuce. Les prophètes l'ont annoncé; des légions de martyrs ont confessé son nom ; César lui-même Ta adoré et tantôt encore j'ai fait proclamer sa gloire par le Sphinx de Sisilé. Est-il possible que tu ne le connaisses pas?

— ' Mon ami; répondit l'autre, cela est

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possible. Ce serait même certain, s'il y avait quelque certitude au monde.

Paphnuce était surpris et coutristé de rincroyable ignorance de cet homme.

— Si tu ne connais Jésus-Christ, lui dit-il.

tes œuvres ne te serviront de rien et tu ne gs^neras pas la vie éternelle. ^

Le vieillard répliqua : ^t/^^

— Il est vain d'agir ou de s'abstenir ; il \ est indifférent de vivre ou de mourir.

— Eh quoi ! demanda Paphnuce, tu ne \ désires pas vivre dans l'éternité? Hais, dismoi, n'habites-tu pas une cabane dans ce \ désert à la façon des anachorètes?

— Il parait.

— Ne vis-tu pas nu et dénué de tout?

— Il parait.

— Ne te nourris-tu pas de racines et ne pratiques-tm pas la chasteté?

— Il parait.

— N'as-tu pas renoncé à toutes les vanités de ce monde?

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— J'ai renoncé en effet aux choses maÎMs qui font communément le sonci des hommes.

— Ainsi tu es comme moi paorre, > chaste et solitaire. Et tu ne Tes pas comme moi pour r^mour de Dieu, at en ^ae d« la fé« licite céleste! C'est oe que je ne pnis cornprendre. Pourquoi es-tu «yertueux si tu ne crois pas en Jésus-Christ ? Pourquoi te privestu des biens de ce monde, si tu n'espères pas gagner les biens éternels?

— Étranger, je ne me prive d'aucun bien, et je me flatte d-avoir trouvé une manière de vivre assez satisfaisante, bien qu'à parler exactement, il n'y ait ni bonne ni mauvaise

' 'vie. Rien n'est en soi honnête ni honteux, juste ni injoate, «agréable ni pénible, bon ni mauvais. C'est l'opinion qui donne les qualités aux choses comme le sel donne la saveur aux giets.

— Ainsi donc, selon toi, il n'y a pas de certitude. Tu nies ia vérité que le^ ido-

"^lâtres eux-mêmes ont cherchée. Tu te cou*

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dn9 cbm» ton ignorance, comme un chien fttigné qui dort dans la lKMle^•

— Étranger, il est ég/Blemmi yain dlojurier les chieiit et le» pliilosepheai ttmm igBoron» ce que sont kS' cfaiem et eer que nous sommes. Nou»ne swon» rie».

--*' vieillard, ^partien9-tu âoao k) la secte ridicule des sceptiques? Bs*tu dxuic de ces misérables fous qui nient également le mouvement et le repos et qui ne^ savent point' distinguer lar lumière du soleil d*afree les ombres de* la nuit ?

-— Hon, ami, je suis sceptique en effet; et d^une secte qui me paratt louable, tandis qmr tu la juges ridicule. Car les mêmes dÊOBm ont' diverses apparaaces. Les pyramides de Memphis semblent, au lever* de l'aurore des cônes de lumière rose^. Elles apparaissent, au coucher du soleil, sur le ciel embrasé comme^ de noirs triaanfles.

Hais qui pénétrera leur intime sofastance?

Tu me reproches de nier les apparences,

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quand précisément les apparences sont les seules réalités que je reconnaisse. Le soleil me semble lumineux, mais sa nature m*est inconnue. Je sens que le feu brûle, mais je ne sais ni comment ni pourquoi. Mon ami, tu m'entends bien mal. Au reste, il est indifférent d*étre entendu d*une manière ou d'une autre.

— Encore une fois, pourquoi vis-tu de dates et d*oignons dans le désert? Pourquoi endures-tu de grands maux? J'en supporte d'aussi grands et je pratique comme toi

, Tabstinence dans la solitude. Mais c'est afin de plaire à Dieu et de mériter la béatitude sempiternelle. Et c'est là une fin raisonnable, car il est sage de souffrir en vue d'un grand bien. Il est insensé au contraire de s'exposer volontairement à d'inutiles fatigues et à de vaines souffrances. Si je

f ne croyais pas. -^ pardonne ce bUsphème, 6 Lumière incréé ! — si je ne croyais pas à la vérité de ce que Dieu nous a enseigné par

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la Yoix des prophètes, par l'exemple de son filSy par les actes des apôtres, par Fautorité des conciles et par le témoignage des martyrs, si je ne savais pas que les souffrances du corps sont nécessaires à la santé de l'àme, si j'étais, comme toi, plongé dans rignorance des sacrés mystères, je retournerais tout de suite dans le siècle, je m'efforcerais d'acquérir des richesses pour vivre dans la molles comme les heureux de ce monde, et je dirais aux voluptés :

« Venez, mes filles, venez, mes servantes, venez toutes me verser Vos vins, vos philtres et vos parfums. » Mais toi, vieillard insensé, tu te prives de tous les avantages; tu perds sans attendre aucun gain : ta donnes sans espoir de retour et tu imites ridiculement les travaux admirables de nos anachorètes, comme un singe effronté pense, en barbouillant un mur, copiei le tableau d'un peintre ingénieux. le plus stupide des hommes quelles sont donc tes raisons?

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Paphatice parlait laiosi tTec une graade notonœ. Mais le vieiUard demeurait paiâMe.

^ Mon ami, r^Bdît41 doucemeaty qne nmporteftt les raiiioiis d'ua dden «Ddoran dani la fa&ge et d'un singe malfaisant?

Paphnnoi n*av«it jamads en yne ^e la gloire de Dieu. Sa colère étant tombée, il s'ttcnsa avec une noble Immilité.

-^ Pardonne^moi, dit41, 6 vieillard, ô mon Itère, si le aèle de la vérité m'a em^ porté an delà des justes bornes. Dieu in^est témoin que c'est ton errevr et non la personne <ine je baissais. Je Bonffi!*e de te voir dans les ténèbres, car je faime en Jésus- Cbiist et le soin de ton ^nt odBttpe mon eû&ur. Parle, donne- moi tes raisons : je brûle de les connaître afin de les réfuter.

Le vieillard répondit avec (juiétude :

— le suis également disposé à parier et à me taire. Je te donnerai donc mes rai-

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