‹ Tha{uml}isChapitre 2 sur 17 · I.I LOTOS · texte numérisé non relu

I.I LOTOS

sons, SUIS te demander les tiennes en échang^^ car tu ne m'intéresses en aucune maniène. Je n!ai souci ni de ton bonheur ni de t0n infortune et il m'est indifférent que tm penses d'une façon ou d'une autre* Bt «comment t'aimeraîs-je ou te haïrais-je?

L'ayersion et la jjympathie sont également indignes du sage. Mais, puisque tu m'interroges, sache donc que je me nomme ^imoclès et que je suis né à Gos de parents enrichis dans le négoce. Mon père armait des navires.

Son inteUigenœ ressemblait beaucoup à celle d'Alexandre, qu'on a surnommé le Grand.

Pourtant elle éfaût moins épaisse. Bref^ ; c'âait une j^auvro nature d'homme. J'avais deuK frèras«qui suivaient comme lui la profassion d'anaaleurs. Moi, je professais la sagesse. Or, «on Iràre aîné fut contraint par notoe père d'épouser une femme ca* rienne nonunée Timaessa, qui lui défaisait m foit qu'il ne put vivre à son côté sans tMdner dans «ne noûra mélancolie. Gepen-

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dant Timaessa inspirait à notre frère cadet un amour criminel et cette passion se changea bientôt en manie furieuse. La Garienne les tenait tous deux en égale ayer-> sion. Hais elle aimait un joueur de flûte et le recevait la nuit dans sa chambre. Un matin, il y laissa la couronne qu'il portait d'ordinaire dans les festins. Mes deux frères ayant trouvé cette couronne, jurèrent de tuer le joueur de flûte et, dès le lendemain, ils le firent périr sous le fouet, malgré ses larmes et ses prières. Ma bellesœur en éprouva un désespoir qui lui fit perdre la raison, et ces trois misérables, devenus semblables à des bètes, promenaient leur démence sur les rivages de Gos, hurlant comme des loups, l'écume aux lèvres, le regard attaché à la terre, parmi les huées des enfants qui leur jetaient des coquilles.

Ils moururent et. mon père les ensevelit de ses mains. Peu de temps après, son estomac refusa toute nourriture et il expira de faim,

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assez riche pour acheter toutes les viandes et tous les fruits des marchés de l'Asie. Il était désespéré de me laisser sa fortune. Je remployai à voyager. Je visitai Tltalie, la Grèce et l'Afrique sans rencontrer personne de sage ni d'heureux. J'étudiai la philosophie à Athènes et à Alexandrie et je fus étourdi du bruit des disputes. Enfin m'étant promené jusque dans l'Inde, je vis au bord du Gange un homme nu, qui demeurait là^ immobile, les jambes croisées depuis trente ans. Des lianes couraient, autour de son corps desséché et les oiseaux nichaient dans ses cheveux. Il vivait pourtant. Je me rappelai, à sa yuje, Timaessa, le joueur de flûte, mes deux frères et mon père, et je compris que cet Indien était sage. € Les hommes, me dis-je, souffrent parce qu'ils sont privés de ce qu'ils croient être un bien, ou que, le possédant, ik craignent de le perdre, ou parce qu'ils endurent ce qu'ils croient être un mal. Supprimez toute croyance de

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çe genre et tons les manx disparaissent. »

C'est pourquoi je résolus de ne jamais tenir aucune chose pour avantageuse, de professer rentier détachement des biens de ce monde et de vivre dans la solitude et dans rimmobilité, à l'exemple de l'Indien.

Paphnuce avait écouté attentivement le , récit du vieillard.

^^ — Timoclès de Cos, répondit-il, je confesse que tout, dans tes propos, n'est pas dépourvu de sens. Il est sage, en effet, de mépriser les biens de ce monde. Mais il serait insensé de mépriser pareillement les biens éternels et de s'exposer à la colère de Dieu. Je déplore ton ignorance, Timoclès, et je vais t'instruire dans la vérité, afin que connaissant qu'il existe un Dieu en trois hypostases, tu obéisses à ce Dieu comme un enfant à son père.

Mais Timoclès Tinterrompant :

— Gard^toi, étranger, de m'ecposer tes doctrines et ne pense pas me contraindre A

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p&rCftger ton sentimeat. Toute dispute est stérile. Mon ofnQion est de n'avoir pas d'opifiiou. Je vis exempt de troubles à la conditioa de vivre sans préférences. Pour* suis ton ehemin, et ne tente pas de me tirer de la bienheureuse apathie où je suis plongé, eomi&r dans un bain d^icieux, ap^ès les rudes travaux de mes jours.

Paphnuce était profondément instruit dans les choses de la foi. Par la connais* sanee qu'il avait des cœurs, il comprit que la grâce de Dieu n'était pas sur le vieillard Timocl^ et que le jour du salut n'était pas encore venu pour cette âme acharnée à sa perte. Il ne répondit rien, de peur qne l'édification tournât en seandale.rGar il ar^ rive parfois qu'en disputant contre les infi- i dèles» on les induit de nouveau en pédié, loin de les converti^. C'est pourquoi ceux qui possèdent la ^rtté doivent la répandre avec prudence.

—Adieu donc I dit-il, malheureux Timodès

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Et, poussant un grand soupifi il reprit , dans la nuit son pieux voyage.

Au matin, il vit des ibis immobiles sur une patte, au bord de Teau, qui reflétait leur cou pâle et rose. Les saules étendaient au loin sur la berge leur doux feuillage gris; des grues volaient en triangle dans le ciel clair et l'on entendait parmi les roseaux le cri des hérons invisibles. Le fleuve roulait à perte de vue ses larges eaux vertes où des voiles glissaient comme des ailes d'oiseau, où, çà et là, au bord, se mirait une maison blanche, et sur lesquelles flottaient au loin des vapeurs légères, tandis que des tles lourdes de palmes, de fleurs et de fruits, laissaient s'échapper de leurs ombres des nuées bruyantes de canards, d'oies, de flamants et de sarcelles. A gauche, la grasse vallée étendait Jusqu'au désert ses champs et ses vergers qui frissonnaient dans la joie, le soleil dorait les épis, et la fécondité de la terre s'exhalait en poussières odorantes.

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A celte vue, Paphnuce tombant à genoux s'écria :

— Béni soit le Seigneur, qui a favorisé mon voyage! Toi qui répands ta rosée sur les flguiers de TÂrsinoïtide, mon Dieu, fais descendre la grâce dans l'âme de cette Thaïs que tu n'as pas formée avec moins d'amour que les fleurs des champs et les arbres des jardins. Puisse-t-elle fleurir par mes soins comme un rosier balsamique dans ta Jérusalem céleste I

^^ I Et chaque fois qu'il voyait un arbre fleuri 0^ ou un brillant oiseau, il songeait à Thaïs.

C'est ainsi que, longeant le bras gauche du fleuve à travers des contrées fertiles et populeuses, il atteignit en peu de journées cette Alexandrie que les Grecs ont sur- X rnommée la belle et la dorée. Lé jour était

vj ' levé depuis une heure quand il découvrit du haut d'une colline la ville spacieuse dont les toits étincelaient dans la vapeur rose. Il s'arrêta et, croisant les bras sur sa poitrine :

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— Yoilà donc, se dit41, le séjour défideux où je suis né dans le péché^ Tair brillant où j'ai respiré des paarfums empoisonnés, la mer roluptueuse oà f écoutais diranter les Sirènes f Voilà mon berooMi selon la diair, voilà mr paUde selon le siècle I Berceau fleuri, patrie illustre au jugement des hommes I II est naturel à tes enfants, Alexandrie, de te chérir eommeune mère et je fus engendré dans ton sein magnifiquement paré. Mais Tasoète fldéprise la nature, le mystique dédaigne les apparences, le chrétien regarde sa patrie humaine comme un lieu d*exil, le moine échappe à la terre. J'ai détourné mon oœur de ton amour, Alexandrie. Je te hais! Je te hais pour ta richesse, povr ta sdence, pour ta douceur et pour ta beauté. Sois maudit, temple des démons t Gondie impudique des gentils, chaire empestée des ariens, sois maudite I Et toi, fils ailé du Ciel qui conduisis le saint ermite Antoine, notre père, quand,

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yenn éa toaA du désort, il pénétra dans cette citadelle de Pidolâtria pwr afEarmir la foi des confeiMears et la ecmfiance des martyrs, bel ange du Seignenr, invisibla enfant, premier sooffle de Bien, vota devant moi et parfume du battement de tet ailes ra»r eorrompu ^e je vais respirer parmi les princes ténébrenx du siècle I

Il dit et repri^ sa routa. Q mtra daaa la fille par la porte du Soleil. Cette porte était de pierre et s*étevait «ree (»rgiieil. Mais déê misérables, accroupis dans son ombre, offraient ai» passants- des citrons et des figues on mèneraient une obole en se lamentai*.

Une vieille fcmme en haillons, qui était -agenouillée là, saisit le ciliée du moine, le baisa et dit :

— Homme du Seigneur, bénis^moi afin que Dieii me bénisse. J'ai beaucoup souffert en ce monde, je veux avoir toutes les joies dans. Tautre. Tu viens de Dieu, ô saint

homme, c'est pourquoi la poussière de tes pieds est plus précieuse que l'or.

— Le Seigneur soit loué, dit Paphnuce.

Et il forma de sa main entr'ouverte le

»gne de la rédemption sur la tète de la vieille femme.

Mais à peine avait-il fait vingt pas dans la rue qu'une troupe d'enfants se mit à le huer et à lui jeter des pierres en criant :

.. — Oh! le méchant moine I II est plus noir qu'un cynocéphale et plus barbu qu'un bouc. C'est un fainéant I Que ne le pend-on dans quelque verger, comme un Priape de bois^ pour effrayer les oiseaux ? Mais non, il attirerait la grêle sur les pommiers en fleurs, n porte malheur. Aux corbeaux, le moine ! aux corbeaux !

Et les pierres volaient avec les aris.

— Mon Dieu 1 bénissez ces pauvres enfants, murmura Paphnuce.

Et il poursuivit son chemin, songeant :

«-* Je suis en vénération à cette vieille

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K>femme et en mépris à ces enfants. Ainsi un y même objet est apprécié différemment par les

hommes qui sont incertains dans leurs jugements et sujets à l'erreur. Il faut en convenir, pour un gentil, le vieillard Timoclès n'est pas dénué de sens. Aveugle, il se sait privé de lumière. Ciombien il l'emporte pour le raisonnemenl sur ces idol&tres qui s'écrient du fond de leurs épaisses ténèbres : Je vois le jouri Tout dans ce monde est mirage et sable mouvant. En Dieu seul est la stabilité Cependant il traversait la ville d'un pat rapide. Après dix années d'absence, il en reconnaissait chaque pierre, et chaque pierre était une pierre de scandale qui ki rappelait un péché. C'est pourquoi il frappait rudement de ses pieds nus les dalles des* larges chaussées, et il se réjouissait d'y marquer la trace sanglante de ses talons déchirés. Laissant à sa gauche les magnifiques portiques du temple de Sérapis, il s'engagea dans une voie bordée de riches demeures

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TBAt»

qui flemblaieiit assoupies parmi les parftims. Là les i»iis, les érablee, les térébintliee élevuent leitr tète au-desras des oorniekes rouget et des aerotères d*dp. On Toyait, par le» portes entr^ouvertes des stataw d'atraiu éans des vestibules de marbre et des jets d'eau a« milieu du feuillage. Aucun bruit ne troublait la paix de ces belles retraites. On entendait seulement le son lointain d'une flûte. Le moine s'arrêta devant une maison assex petite, mais de nobles proportions et soutenue par des colonnes gracieuses comme des jeunes filles.

Elle était ornée des bustes en bronze des plus illustres philosophes de la Grèce.

n y reconnut Platon, Socrate, Adstote, Épicure et Zenon, et ayant heurté le mar* teau contre la porte, il attendit en songeant :

— CTest en vain que le métal glorifie ces &UX si^;es, leurs mensonges sont confondus; leurs âmes sont plongées dans l'enfer et le fameux Platon lui-même, qui remplît la

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terre àa brait de son éloqaeiiM, ne disqpute dâmrnaisr qu'iree les diables

Un esclave vint ouvrir le porte et, ttonvant un homme pieds nos sw la mosaïque du seuil, il lui dit durement :

— Va BMidàer ailleurs, moine ridicule, et n'attends pas que je te chasse à ce«ps de b&ton.

— Mon flrère, répondit Fabbé d'Anlinoé, je Be te demande rien, sinon que tu me eonduises à Nidas, ton mattre.

L'esckve répondit a^ee plus de colère ;

— Mon mattre ne reçoit pas des chiens comme toi.

— Mon fik, reprit Paphnuce, faie^ a'il te plaît, et que je te damande, et dis i tcm midtre que je désire le voir.

— Hors d*i0i,TiI mendiaiitt s'écria le portier ftirieux.

Et il lera son bftton sur le saint homme, qui, mcMant aes bras en croix contre sa poitrine, re^t sans s'émouvoir le ooup

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en plein visage, puis répéta doucement:

— Fais ce que j'ai demandé, mon fils, je te prie.

Alors le portier, tout tremblant, murmura:

— Quel est cet homme qui ne craint point la souffrance?

Et il courut avertir son maître.

Nicias sortait du bain. De belles esclaves promenaient les strigiles sur son corps.

/C'était un homme gracieux et souriant! Une expression de douce ironie était ^répandue sur son visage. A la vue du moine, il se leva et s'avança les bras ouverts :

— C'est toi, s'écria-t-il, Paphnuce mon condisciple, mon ami, mon frère I Oh I je te reconnais, bien qu'à vrai dire tu te sois rendu plus semblable i: une bête qu'à un homme. Embrasse-moi. Te souvient-il du temps où nous étudiions ensemble la grammaire, la rhétorique et la philosophie? On te trouvait déjà l'humeur sombre et saa-

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vage, mais je faimais pour ta parfaite sincérité. Nous disions que tu voyais l'univers avec les yeux farouches d'un cheval, et qu'il n'était pas surprenant que tu fusses ombrageux. Tu manquais un peu d'atticisme, mais ta libéralité n'avait pas de bornes. Tu ne tenais ni à ton argent ni à ta vie. Et il y avait en toi un génie bizarre, un esprit étrange qui m'intéressait infiniment. Sois le bienvenu, mon cher Paphnuce, après dix ans d'absence. Tu as quitté le désert; tu renonces aux superstitions chrétiennes, et tu renais à l'ancienne vie.

Je marquerai ce jour d'un caillou blanc.

» Crobyle et Myrtale, ajouta-t-il en se tournant vers les femmes, parfumez les pieds, les mains et la barbe de mon cher hôte.

Déjà elles apportaient en souriant l'aiguière, les fioles et le miroir de métal. Hais Paphnuce, d'un geste impérieux, les arrêta et tint les yeux baissés pour ne les plus

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voir; car elks étaient mies. Cependant Nieias lui présentait des eonssins, lui offrait des mets et des breuvages divers, que Paphnuee refusait avec mépris.

— Nidas, dit-il, je n'ai pas renié ce* que tu appelles fSiussement la superstition ^ré-* tienne, et qui est la vérité des vérités. Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie, et^ la vie était la lumière des hommes.

— Cher Paphnuee, répondit Niciai», qui venait de revêtir une tunique parfumée, penses-tu m'étonner en récitant des paroles assemblées sans art et qui ne sonl qu'un vain murmure? As-tu oublié que je^ suis inoi-mème quelque peu philosophe^ Et penseghtu me contenter avec quelques lambeaux arrachés par des hommes ignorants à la pourpre d^Amélius, quand Amélius, Porphyre et Ptaton, dans toute leur gloire,

ne me eontenteni pas. Les syst^e» censtraits par les sages ne simt que des contes imaginés pour amuser rétemeUe aiftinee des hommes. II faut s^en divertir eomme des^ cornes de TAne^ du Cuvier, die la Matrone diSphàae ou de tout autre fable milésienne.

Ety prenant son htAe par le bras» il l'entraîna dans une salle où des milli^s de piqpjrtts étaient roulés dans- des corbeilles.

-^ Yoicî ma bibliothèque, dît41; die contient une faible partie des iqrstèmes que les philosophes ont construits pour expliquer le monde. Le Sérapéum luimème^ dans sa rkhesse, ne les renferme pas to». Hélas! ce ne sont qae des rôves â» tealaded.

il força son hôte à prendre plaice dans^une chaise d'ivoire et s'assît hii-méme. Paphnuce promena sor les livres de la bibliothèque vn regard sombre et dit :

— R faut les brûler tMs.

BÔ TIAli

— doux hôte, ce serait dommage I ré* pondit Nicias. Car les rêves des malades sont parfois amusants. D'ailleurs, s'il fallait détruire tous les rêves et toutes les visions des hommes, la terre perdrait ses formes et ses couleurs et nous nous endormirions tous dans une morne stupidité.

Paphnuce poursuivait sa pensée:

— Il est certain que les doctrines des païens ne sont que de vains mensonges.

Hais Dieu, qui est la vérité, s'est révélé aux hommes par des miracles. Et il s'est fait chair et il a habité parmi nous.

Nicias répondit :

— Tu parles excellemment, chère tête de Paphnuce, quand tu dis qu'il s'est fait chair. Un Dieu qui pense, qui agit, qui parle, qui se promène dans la nature comme l'antique Ulysse sur la mer glauque, est tout i fait un homme. Gomment penses-tu croire à ce nouveau Jupiter) quand les marmots d'Athènes, au temps

de Périclès, ne croyaient déjà plus à l'ancien? Hais laissons cela. Tu n'es pas venu, je pense, pour disputer sur les trds hypos^ases. Que puis-je faire pour toi, cher condisciple?

— Une chose tout à fait bonne, répondit l'abbé d'Antinoé. He prêter une tunique parfumée semblable à celle que tu viens de revêtir. Ajoute à cette tunique, par grâce, des sandales dorées et une fiole d'huile, pour oindre ma barbe et mes cheveux. Il convient aussi que tu me donnes une bourse de mille drachmes. Voilà, ô Nicias, ce que j'étais venu te demander, pour l'amour de Dieu et en souvenir de notre ancienne amitié.

Nicias fit apporter par Grobyle et Myrtale sa plus riche tunique; elle était brodée, dans le style asiatique, de fleurs et d'animaux. Les deux femmes la tenaient ouverte et elles en faisaient jouer habilement les vives couleurs, en attendant que Paphnuce

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retir&t le cilice dcmt il était ocmvert |usqu'aux pieds. Ibis le moioe ayant déclaré qpi'on lui arracfaerttPt phitftt la icbair que ee bêtement, celles passèrent la tanû|ae par dessus. C!omme ces denx femmes étaient beiles, elles ne cnignaient pas les iiommes, bJen qn'eUes ftissent esday^i. Elles se mirent à rire de la mine étrange qn'avait le moine ainsi paré. Grobyle l'appelait son cher satrape, en lui {uréseotant le miroir, et Myrtale lui tirait la barbe. Ifeis Paphnnce priait le Seigneur et ne les voyait pas. Ayant chaassé les sandales dorées et attaché la bourse à sa ceinture il dit i Nieias, q«i le regardait d'un cùl égayé z H— Nicias I il ne faut pas que les dioses que ta vois soient un soanéale pour tes yeux. Sache bien q^M je ferai un pieux emploi de cette tuniqMt ^^ <^^ bourse et de ces saaidales.

•— Tràs cher, répcmdit Nidas, je ne soup- QOBiie pemt le mal, cêt je «crois les hommes

r également incapables de mal laibre et de ; bien faire. Le bien et le mal n'eustent que dans l'opittion. Le sage n'a, p^ur Taisons d'agir, ^na la coutume et l'ugaga. Je me conforme «iix pr^ngés qui régnent à Alexandrie. C'est pourquoi je passe jpour on honnête homme. Va, ami, et r^ouis-toi.

Mais Paphanoe songea qu'il convenaU d^yertir son h6te de son dessein.

•^ Tu connais, lui dit^il, «ette Thaïs qui joue dans les jeux du thé&tre ?

— Elle est belle, répondit Niciàs, et il fui un temps où elle m'était chère. J'ai vendu pour ^le un moulin et deux ^amps de Ué et j'ai composé en son honneur trois Urres de détestables élégies. Certes, la beauté est ce qu'il y a de plus .puissant au mofide et, si nous «étions faits pour la posséder t4Mi|}0urs^ nous nous soucierions aussi peu que possible du cl^pim^^» du logos, des éons et de toutes les autres rêveries des philosophes. Mais j'admire, bon Paphunce,

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que tu viennes du fond de la Thébaîde me parler de Thaïs.

Ayant dit, il soupira doucement. Et Paphnuce le contemplait avec horreur, ne concevant pas qu'un homme pût avouer si tranquillement un tel péché. Il s'attendait à voir la terre s'ouvrir et Nicias s'abimer dans les flammes. Mais le sol resta ferme et l'Alexandrin silencieux, le front dans la main, souriait tristement aux images de sa jeunesse envolée. Le moine, s'étant levé, reprit d'une voix grave v

— Sache donc, 6 Nicias ! qu'avec l'aide de Dieu j'arracherai cette Thaïs aux immondes amours de la terre et la donnerai pour épouse à Jésus-Christ. Si l'Esprit saint ne m'abandonne, Thaïs quittera aujourd'hui cette ville pour entrer dans un monastère.

^^ — Crains d'offenser Vénus, répondit Nicias, c'est une puissante déesse. Elle sera irritée contre toi, si tu lui ravis sa plus illustre servante.

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— Dien me protégera, dit Paphauce.

Puisse-t-il éclairer ton cœur, à Nicias, et te tirer de l'abîme où ta es plongé I

Et il sortit. Mais Nicias l'avait suivi. Le rejoignant vers le seuil, il lui posa la main sur Tépaule et lui répéta dans le creux de Toreille :

•^ Grains d'offenser Vénus ; sa vengeance est terrible.

Paphnuce dédaigneux des paroles légères sortit sans détourner la tête. Les propos de Nicias ne lui inspiraient que du mépris; mais ce qu'il ne pouvait souffrir, c'est l'idée que son ami d'autrefois avait reçu les caresses de Thaïs. Il lui semblait que pécher avec cette femme, c'était pécher plus détestablement qu'avec toute autre. Il y trouvait une malice singulière, et Nicias lui était désormais en exécration. Il avait toujours haï rimpureté, mais certes les images de ce vice ne lui avaient jamais paru à ce point abominables ; jamais il n'avait partagé d'un

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tel eamx la colèare de JésiuhChrifit et la tristesse des rages.

Il n'en épron^Tatt qn ) pins d^aisdear à tirer Thaïs du milieu des goittib, A il lui tardait de ?oir la comédienne afie de la sauvée. Toutefois il lui fallait attendre, pour pénétrer chez cette femme, que là grande chal^ da jour fût tombée. Or, la matinée ^'achevait à peine et Paphnuce allait par les voêss populenses« Il avait résolu de ne prandire aneime nourriture en cette journée afin d'être moins indigne des grâces qu'il demandait au Sei* gneur. A la grande tristesse de son âme, il n'osait entrer dans aacone des églises de la ville, parée qu'il les savait ia*o£anàes par les ariens, qui y avaieuA renversé la taUe du Seigneur. En e&t, ces hérétiques, soutenus par l'empespeur d'Ckianl, avaient chassé le patriardie Atiianase de son siège épkcopal, et ils remplissaient de trouble et de confusion les chrétiens d'Alexandrie.

n mtarehait donc à l'aventure, tantôt te-

nant ses regards fixés à terre par huimlité, tantôt levant les yenx vers le ciel, comme en extase. Après oroir erré quelque temps, fl se trouva sur un des quais de la ville. Le\ y:^r^\ port artificiel abritait devsnt lui d'innombrables navires aux sombres carènes, tandis que souriait au large, dans Tarur et Fargent, la mer perfide. Une galère, qui portait une Néréide à sa proue, venait de lever Taitcre. Les rameurs frappaient Fonde en \^.

chantant; déjàlja blanche fille des eaux, couverte^.de perles humides^ ne laissait plus voir au moine qu'un fuyant profil : elle frandiit, conduite par son pilote, l'étroit passage ouvert sur le bassin d'Eunostos et gagna la haute mer, laissant derrière elle un sillage fleuri.

— Et moi aussi, songeait Paphnuce, j'ai désiré jadis m^embarquer en dhantanl sur Toc^n du monde. Mois bientôt j'ai connu ma folie et la Néréide ne m'a point emporté.

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En rêvant de la sorte, il s'&gsit lar an tas de cordages et s'endormit. Pendant son sommeil, il eut une vision. Il lui sembla 4^1 entendre le son d'une trompette éclatante et, le ciel étant devenu couleur de sang, il comprit que les temps étaient venus. Gomme il priait Dieu avec une grande ferveur, il vit une bote énorme qui venait à lui, portant au front une croix de lumière, et il recon^ nut le Sphinx de Silsilé. La bête le saisit entre les dents sans lui faire de mal et remporta pendu à sa bouche comme les chattes ont coutume d'emporter leurs petits.

Paphnuce parcourut ainsi plusieurs royaumes, traversant les fleuves et franchissant les montagnes, et il parvint en un lieu désolé, couvert de roches affreuses et de cendres chaudes. Le sol, déchiré en plusieurs endroits, laissait passer par ces bouches une haleine embrasée. La bète posa doucement Paphnuce à terre et lui dit :

— Regarde I

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fit Paphnucô se penchant sur le bord de l'abtme, vit un fleuve de feu qui roulait dans rintérieur de la terre» entre un double escarpement de roches noires. Là, dans une lumière livide, des démons tourmentaient des âmes. Les âmes gardaient l'apparence des corps qui les avaient contenues, et même des lambeaux de vêtements y resh talent attachés. Ces âmes semblaient paisibles au milieu des tourments. L'une d'elles, grande, blanche, les yeux clos, une bandelette au front, un sceptre à la main,' chantait ; sa voix remplissait d'harmonie le stérile rivage; elle disait les dieux et les héros. De petits diables verts lui perçaient les lèvres et la gorge avec des fers rouges. Et Tombre d'Homère chantait encore. Non loin, le vieil Ânaxagore, chauve et chenu, traçait lu compas des figures sur la poussière. Un lémon lui versait de l'huile bouillante dans Voreille sans pouvoir interrompre la méditation du sage. Et le moine découvrit une

foule de peraonnes qui, sur la sombre rive, le long dn fleuve ardent, lisaient on méditaient avec tranquillité, ou con^eraaient en se promenant, oomime des miitoes et des disciples, à ToBrittre des plataaes de l'Aeadémte. Seal, le vieillard Timodès se tenait à Yécsrt et aeoouaît la tète comme un homme qui nie. Un ange de l'iditme agitait mie tofrche sous ses yemc et Timodès ne voulait voir ni Tange ai la^tondie.

Unet de surprise à oe spectacle, Paphnuce se tourna vera la bête. Elle avait disparu, et le moine vit à la place du SpMnx une femme voilée, qui lui dit :

— Regarde et conqprendfi^ : Tel est Feotètement de ces infidUes, qu'ils deuMtore&t dans Tenf^ victimes des illusions qui les séduisaient sw la terre. La mort ne lee a pas désabusés, car il est bien clair qu'il ne suffit pas de mourir pour voir Dieu.

Oeux-là qui ignoraient la vérité parmi les hommes, l'ignoreront toujours. Les démons

qui s'acharnent autour de cm âmes, qui sont-ils, sinon les formes de ^a justice divine? CTest pourquoi ces âmes ne la voient ni ne la sentent. Étrangères à toute vérité, elles ne connaissent point leur propre condamnation, et Dieu même ne peut les oontraiadre à souffrir.

— Dieu peut tout, dit Tabbé d'Àntinoé.

— B ne peut Tabsurde, répondit la femme voilée. Pour les punir, il faudrait les âolairer et s'ils possédaient la vérité ils seraient semblables aux élus.

Cependant Paphnuce, plein d'inquiétude et d'horreur, se penchait de nouveau sur le gouffre. Il venait de voir l'ombre de Nidas qui souriait, le front ceint de fleurs, sous dès myrtes en cendre. Près de lui Âspasie de Milet, élégamment serrée dans son. manteau de laine, semblait parler tout ensemble d'amour et de philosophie, tant l'expression de son visage était à la fois douce et noble. La pluie de feu qui tombait sur eux leur

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était une rosée rafraîchissante, et leurs pieds foulaient, comme une herbe fine, le sol embrasé. A cette vue, Paphnuce fut saisi de fureur.

I — Frappe, mon Dieu, s'écria-t-jl, frappe !

; c'est Nicias I Qu'il pleure I qu'il gémisse I qu'il grince des dents 1 . . • . Il a péché avec Thaïs !....

Et Paphnuce se réveilla dans les bras d'un marin robuste comme Hercule qui le tirait sur le sable en criant :

— Paixl paix! l'ami. Par Protée, vieux pasteur de phoques I tu dors avec agitation.

Si je ne t'avais retenu, tu tombais dans l'Eunostos. Aussi vrai que ma mère vendait des poissons salés, je t'ai sauvé la vie.

— J'en remercie Dieu, répondit Paphnuce.

Et, s'élant mis debout, il marcha droit devant lui, méditant sur la vision qui avait traversé son sommeil.

>— Cette vision, se dit-il, est manifeste-

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ment mauvaise ; elle offense la bonté divine, en représentant Tenfer comme dénné de réalité. Il est certain qu'elle vient du «diable.

Il raisonnait ainsi parce qu'il savait discerner les songes que Dieu envoie de ceux qui sont produits par les mauvais anges.

Un tel discernement est utile au solitaire qui vit sans cesse entouré d'apparitions, car en fuyant les hommes, on est sûr de rencontrer les esprits. Les déserts sont peuplés de fantômes. Quand les pèlerins approchaient du château en ruines où s'était re- I tiré le saint ermite Antoine, ils entendaient des clameurs comme il s'en élève aux carrefours des villes, dans les nuits de fête. Et ces clameurs étaient pousséeis par les diables qui tentaient ce saint homme.

Paphnuce se rappela ce mémorable exemple. Il se rappela saint Jean d'Egypte que, pendant soixante ans, le diable voulut séduire par des prestiges. Mais Jean déjouait

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les raflos de l'enfer. Un jour pourtant le démon, ayant pris le visage d'an homme, entra dans la grotte dn vénérable Jeam et lui dit : c Jean, tu prolongeras ton jeÙKe jusqu'à demain soir. » Et Jean, croyant entendre un ange, obéit à la voix du démon, et jeûna le lendemain, jusqu'à l'heure de vêpres. C'est la seule victoire que le prinee des Ténèbres ait jamais remportée sur saint Jean rËgjrptien, et cette victoire est petite. Cest pourqudi il ne faut pas sMtonner si Piqphnuce reconnnt tout de suite la fausseté de la vision qu'il avait eue pendant son sommeil.

Tandis qu'il reprochait dauœment à dieu de l'avoir abanctonné ou pouToir des démons, il se sentit poussé rt entratoé par une foule d'hommes qui compalunt tous dans le même sens. Gomme il a;?ait perdu l'habitude de marcher par les viUes, il était ballotté d'un passant à un autre, ainsi qu'une masse inerte; et, «'étant i^nbacnassé

dans lei plis de sâ tunique, û pensa tomber plusieurs fois. Désâraux de Kiyoir oit allaient tons oes hoBunes, il demanda à l'un d'eux kl cause de eet empreesemant.

— Étranger, ne aaî&4a pas, lui répondit celui-ci, que les jeux ront commencer et que Ih^Ss paraîtra sur la scène ? Tous ces citoyens Tont au théMne, et j'y vais comme eux. Te plrâraitril de m'y accompagner?

^ Découvrant tout à coup qu'il était conve- .^;c:^ ^ nable à son dessein de voir Thaïs dans les.' \'^' jeux, Papbnme suivit l'étranger. Déjà le théâtre dressait devant eux son portique orné de masques éclatants, et sa vaste muraille ronde, peuplée d'innombrables statues. En suivant la fiuile, ils s'engagèrent dans nn étroit corridor au bout duquel s'étendait l'amidiithéâtre éblouissant de lumière. Ils prirent l«ir place sor un des rangs de gradins qui dMoendaient en escalier vers la ssène, vidie eneore d'aeleurs, mais décorée magnifiquinnefiit. La vue n'en

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était point cachée par un rideau, et l'on j remarquait un tertre semblable à ceux que les anciens peuples dédiaient aux ombres des héros. Ce tertre s'élevait au milieu d'un camp. Des faisceaux de lances étaient formés devant les tentes et des boucliers d'or pendaient à des mâts, parmi des rameaux de laurier et des couronnes de chêne.

Là| tout était silence et sommeil. Hais un bourdonnement, semblable au bruit que font les abeilles dans la ruche, emplissait l'hémicycle chargé de spectateurs. Tous les visages, rougis par le reflet du voile de pourpre qui les couvrait de ses longs frissons, se tournaient, avec une expression d'attente curieuse, vers ce grand espace silencieux, rempli par un tombeau et des tentes. Les femmes riaient en mangeant des citrons, et les familiers des jeux s'interpel- ^ 1 aient gaiement, d'un gradin à l'autre.

Paphnuce priait au dedans de lui-même et se gardait des paroles vaines, mais son

voisin commença à se plaindre du déclin du théâtre.

— Àotrefois, dit-il, d'habiles acteurs déclamaient sous le masque les vers d'Euripide et de Ménandre. Maintenant on ne récite plus les drames, on les mimci et des divins spectacles dont Bacchus s'honora dans . Athènes nous n'avon^s gardé que ce qu'un barbare, un Scythe même peut comprendre :

l'attitude et le geste. Le masque tragique, dont l'embouchure, armée de lances de métal, enflait le son des voix, le cothurne qui élevait les personnages à la taille des dieux, la majesté tragique et le chant des beaux vers, tout cela s'en est allé. Des mimes, des ballerines, le visage nu, remplacent Paulus et Roscius. Qu'eussent dit les Athéniens de Périclès, s'ils avaient vu une femme se montrer sur la scène? Il est indécent qu'une femme paraisse en public. Nous sommes bien dégénérés pour le souffrir.

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» Aussi vrai que je me nomme Dorion, la femme est l'ennemie de l'homme et la honte de la terre.

— Tu parles sagement» répondit Paphnuce, la femme est notre pire ennemie.

Elle donne le plaisir et c'est en cela qu'elle est redoutable.

— Par les dieux immobiles, s'écria DorioUy la femme apporte aux h<Hnmes non le plaisir, mais la tristesse, le trouble et les npirs soucis I L'amour est la cause de nos maux les plus cuisants. Écoute, étranger : Je suis allé dans ma jeunesse, à Tré* zëne, en Argolide, et j'y ai vu un myrte d'une grosseur prodigieuse, dont les feuilles étaient couvertes d'innombrables piqilrcs.

Or, voici ce que rapportent les Trézéniens au sujet de ce myrte : La ceine Phèdre, du temps qu'elle aima&t Hippolyle,, demeu* rait tout Le jour languissamment oouchée sous ce mèma arbre (|u'oa voit encore aujourd'hui. Dans son ennui mortel, ayant

tiré l'épingle d'or qui retenait ses blondir cheveux, elle en perçait les feuilles de l'arbuste aux baies odorantes. Toutes les feuille& furent ainsi criblées de piqûres. Après avoir perdu l'innocent qu'elle poursuivait d'un amour incestueux, Phèdre, tu le sais, mourut misérablement. Elle s'enferma dans sa chambre nuptiale [et se pendit par sa ceinture d'or à une cheville d'ivoire. Les dieux voulurent que le myrte, témoin d'une si cruelle misère, continuât à porter sur ses feuilles nouvelles des piqûres d'aiguilles.

J'ai cueilli une de ces feuilles; je l'ai placée au chevet de mon lit, afin d'être sans cesse averti par sa vue de ne point m'abandonner aux fureurs de l'amour et K'.

pour me^ confirmer dans Ik doctrine du â!vm{£picuw, mon maître, qui enseigne quë~Te désir est redoutable. Hais à propre*ment [>arrér, l'amour est une maladie de foie et Fon n'est jamaiB sûr de ne pas tombar malade.

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Paphnuce demanda:

— Dorion, quels sont tes plaisirs?

Dorion répondit tristement:

— Je n'ai qu'on seul plaisir et je conviens qu'il n'est pas vif; c'est la méditation. Avec un mauvais estomac il n'en faut pas chercher d'autres.

. Prenant avantage de ces dernières paroles, Paphnuce entreprit d'initier l' épicurien ^ aux joies spirituelles que procure la contemplation de Dieu. Il commença :

— Entends la vérité, Dorion, et k'efois.

la lumière.

Gomme il s'écriait de la sorte, il vit de toutes parts des tètes et des bras tournés vers lui, qui lui ordonnaient de se taire.

Un grand silence s'était fait dans le théâtre et bientôt éclatèrent les sons d'une musique héroïque.

Les jeux commençaient. On voyait des soldats sortir des tentes et se préparer au départ quand, par un prodige effrayanti

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fine nuée couvrit le sommet du tertre fu- .

néraire. Puis, cette nuée s*étant dissipée, ' ^ Tombre d'Achille apparut, couverte d'une armure d'or. Étendant le bras vers les guer- \y riers, elle semblait leur dire : c Quoi ! vous partez, enfants de Danaos; vous retournez dans la patrie que je ne verrai plus et vous laissez mon tombeau sans offrandes ?> Déjà les principaux chefs des Grecs se pressaient au pied du tertre. Acanas, fils de Thésée, le vieux Nestor, Agamemnon, portant le sceptre et les bandelettes, contemplaient le prodige. Le jeune fils d'Achille, Pyrrhus, était prosterné dans la poussière. Ulysse, reconnaissable au bonnet d'où s'échappait sa chevelure bouclée, montrait par ses gestes qu'il approuvait l'ombre du héros. Il disputait avec Agamemnon et l'on devmait leurs ' paroles: '-r'

— Achille, disait le roi d'Ithaque, est -»

digne d'être honoré parmi nous, lui qui mourut glorieusement pour la Hellas. Il

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demande que la fille de Priam» la vierge Polyxène soit immolée sur sa tombe. Danaens, contentez les mânes da héros, et que le fils de Pelée se réjouisse dans le Hadès.

Mais le roi des rois répondait:

— Épargnons les vierges troiennes que nous avons arrachées aux autels. Assez de maux ont fondu sur la race illustre de Priam.

D parlait ainsi parce qu'il partageait la couche de la sœur de Polyxène» et le sage Ulysse lui reprochait de préféirer le lit de Gassandre à la lance d*Âchille.

Tous les Grecs l'approuvèrent avec un grand - bruit d*armes entre-choquées. La mort de Polyxène fut résolue et Tombre apaisée d'Achille s'évanouit. La musique, tantôt furieuse et tantôt plaintive, suivait la pensée des personnages. L'assistance éclata en applaudissements.

Paphnuce, qui rapportait tout à la vérité divine, murmura :

— On voit par cette fable combien les

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adorateurs des faux dieux étaient cruels.

— Toutes les religions enfantent des crimes, lui répondit rÉpicurien. Par bonheur un Grec divinement sage vint affranchir les hommes des vaines terreurs de rinconnu...

Cependant Héoube, ses blancs cheveux épars, sa robe en lambeaux, sortait de la tente où elle était captive. Ce fut un long soupir quand on vit paraître cette parfaite image du malheur. Hécube, avertie par un songe prophétique, gémissait sur sa fille et sur elle-même. Ulysse était déjà près d'elle et lui demandait Polyxène. La vieille mère s'arrachait les cheveux, se déchirait les joues avec les ongles et baisait les mains de cet homme cruel qui, gardant son impitoyable douceur, semblait dire : ^

— Sois sage, Hécube, et cède à la nécessité. Il y a aussi dans nos maisons de vieilles mères qui pleurent leurs enfants endormis à jamais sous les pins de l'Ida.

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Et Cassandre, reine autrefois dé la florissante Asie, maintenant esclave, souillait de poussière sa tète infortunée.

Mais voici que, soulevant la toile de la tente, se montre la vierçe Polyxène. Un frémissement unanime agita les spectateurs. Us avaient reconnu Thaïs. Paphnuce la revit^ celle-là qu'il venait chercher. De son bras V- ^ blanc, elle retenait au-dessus de sa tète la lourde tenture. Immobile, semblable à une belle statue, mais promenant autour d'elle le paisible regard de ses yeux de violette, douce et fière, elle donnait à tous le frisson tragique de la beauté.

Un murmure de louange s'éleva et Paphnuce l'âme agitée, contenant son cœur avec ses mains, soupire

— Pourquoi donc, 6 mon Dieu, donnestu ce pouvoir à une de tes créatures ?

Dorion, plus paisible, disait :

— Certes, les atomes qui s'associent mc^mentanément pour composer cette femme

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