‹ Tha{uml}isChapitre 16 sur 17 · THAlS · texte numérisé non relu

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des tombeaox. Les portes en étaient brisées et Tooi voyait dans Tombre des salles Inire les yeux des hyènes et des loups qui nourrissaient leurs |»etite^ tandis que les morts gisaient sur le seuil, dépouillés par les br^ands et rongés par les betes. Ayant traversé cette ville fuoMire, Paphnuoe tomba exténué de* vant un tombeau qui s'^evait à Fécart près d'uue source oouroniiée de )Mi{ttùers. Ce tombaau était très orné et «Mime il n'avait plus de porte, on apercevait du ddiors une chambre peinte dans laquelle nichaient des serpents.

— Voilà, soupira-t^il, ma demeure d^é* lection, ie tabernacle de mon rtspentir et de ma pénitence.

Il s'y tratna, chassa du pied les reptiles et demeura prosterné sur la dalle pendant dix-huit heures, au bout desquelles il alla à la fontaine boire dans le oraux de sa main. Puis il cueillit des dattes et quelques tiges de lotus dont il mangea les graines.

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Peasant que ce genre de vie était bon, il en fit la règle de son existence. Depuis le matin Jusqu'au soir, il ne levait pas son firont de dessus la pierre.

Or, un jour qu'il était aisdi prosterné^ il entendit une voix qui disait :

— Regarde ces images afin de Vinstruire.

Alors, levant la tète, il vit tsur les parois ; :| de la chambre des peintures qui représentaient des scènes riantes et familières.

G*était un ouvrage très ancien et d'une merveilleuse exactitude. On y remarquait des cuisiniers qui soufflaient le feu, en sorte que leurs Joues étaient toutes gonflées; d'autres plumaient des oies ou faisaient cuire des quartiers de mouton dans des marmites.

Plus loin un chasseur rapportait sur ses épaules une gazelle percée de flèches. Là, des pajirsans s'occupaient aux semailles, à la moisson, à la récolte. Ailleurs, des femmes dansaient au son des violes, des flûtes et de la harpe. Une jeune fille jouait du théorbe.

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La flenr da lotas brillait dans ses cheveux noirs, finement nattés. Sa robe transparente laissait voir les formes pures de son sorps.

Son sein, sa bouche ét^ent en fleur. Son bel œil regardait de face sur un visage tourné de profil. Et cette figure était exquise. Paphnuce l'ayant considérée baissa les yeux et répondit à la voix :

— Pourquoi m'ordonne»-tu de regarder ces images? Sans doute elles représentent les journées terrestres de TidolAtre dont le corps repose ici sous mes pieds, au fond d'un puits, dans un cercueil de basalte noir. Elles rappellent la vie d'un mort et sont, malgré leurs vives couleurs, les ombres d'une ombre. La vie d'un mort I vanité !...

— Il est mort, mais il a vécu, reprit la voix, et toi, tu mourras, et tu n'auras pas vécu.

A compter de ce jour, Paphnuce n'eut plus un moment de repos. La voix lui parlait sans cesse. La joueuse de théorbe, de son

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œil aux longues paupières, le rogardait fixement. A son tour elle parla :

— Vois : je suis mystérieuse et belle. \ ( .

Aime-moi; épuise dans mes bras Tamour qui te tourmente. Que te sert de me craindre? Tu ne peux m'échapper: je suis la beauté de la femme. Où, penses-tu me fuir, insensé? Tu retrouveras mon image dans l'éclat des fleurs et dans la grâce des palmiers, dans le vol des colombes, dans les bonds des gazelles, dans la fuite ondnleuse des ruisseaux, dans les molles clartés de la lune, et, si tu fermes les yeux, tu la trouveras en toi-même. Il y a mille ans que l'homme qui dort ici, entouré de bandelettes (^^y/ dans un lit de pierre noire, m'a pressée sur son cœur. Il y a mille ans qu'il a reçu le dernier baiser de ma bouche, et son sommeil en est encore parfumé. Tu me connais bien, Paphnuce. Gomment ne m'as-tu pas reconnue? Je suis une des innombrables incarnations de Thaïs. Tu es un moine

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instrait et très avâttoé dai» tt oonnaissance des choses. Tu «s iFoya^, et e'est en ^rt^ic^e qu'on apprend le plus. Souvent «ne journée qu*on passe dehors apporte plos. de nouveautés que dix années pendant lesquelles on reste chez soi. Or, tu n'es pas ^ f sans ayoir entendu dire que Thaïs a véeu <4adis dans Argos sous le nom d'Hyène.

Elle eut dans Thèbes Béeatompyle une autre existence. Et Thaïs de Thèbes, c'était moi. Gomment ne Tas-tu pas deviné t J'ai pria, vivante, ma large part des- péchés du monde, et maintenant réduite id à Félat d'ombre, je suis encore très capaUe de pi^ndre tes péchés, moine bien aimé. D'où vient ta surprise? Il était peurtaoii certain que par'tout où tu irais, tu retrouverais 'RmAs.

n se frapput le front contre la dalle et criait d'épouvante. Et chaque nuit la joueuse de théorbe quittait la muraille, s'approchait et parlait d'une voix claire, mêlée de souffles frais. Et^ comme le saint homme ré-

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sistait aax tentatiow qu'elle lui donnait, elle lui dit ceci :

-«- Aimenid ; oMb, ami. Tant que tn me résisteras, je te tourmenterai. Tu ne sais pas ce qne c'est que la patience d'une morte. J'attendrai, s'il le font, qi^e tu sois mort. Étant magicienne, je saurai, faire entrer dans ton oorp» sans vie un eaprit qui l'animera de nouveau et qui nemeveCusera pas ce qua je t'aurai demandé en vain. Et songe, Paphnuce, à l'étran^ié de ta situation, quand ton ime bienheureuse ▼ctfnra du haut du ciel son propre corps se livrer au péché.

Dieu, qui a promis de te rendre ce corps après la jugement dernier et la arnsomaïation des sièdie^, sera lui-^mème fort embarasiél Gomment pourra-t-il installer dans la gloire céleste une forme humaine habitée par un diable et gardée par une sorcière ?

Tu n'as pas songé à cette difficulté. Dieu non plus, peut-être. Entre nous, il n'est pas bien subtil. La plus simple magicienne le

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^ rompe aisément, et s'il n'avait ni son ton^ lierre, ni les. cataractes da ciel, les marmots du village lui tireraient la barbe. Certes il n'a pas antant d'esprit que le vieux serpent, son adversaire. Celui-là est un • merveilleux artiste. Je ne suis si belle que parce qu'il a travaillé à ma parure. C'est lui qui m'a enseigné à natter mes cheveux et à me faire des doigts de rose et des ongles d'agate. Tu l'as trop méconnu. Quand tu es venu te loger dans ce tombeau, tu as chassé du pied les serpents qui y habitaient, sans t'inquiéter de savoir s'ils étaient de sa famille, et tu as écrasé leur^ œufs. Je crains, mon pauvre ami, que tu ne td sois mis une méchante affaire sur les bras. On t'avait pourtant averti qu'il était musicien et amoureux. Qu'as-tu fait ? Te voilà brouillé avec la science et la beauté.

Tu es tout à fait misérable, et laveh ne vient point à ton secours. Il n'est pas probable qu'il vienne. Étant aussi grand que

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tout, il ne peut pas bouger, faute d'espace, ' et si, par impossible, il faisait le moindre laouvement, toute la création serait bousculée. Mon bel ermite, donne moi un baiser.

Paphnuce n'ignorait pas les prodiges opé* rés par les arts magiques. H songeait dans sa grande inquiétude :

— Peut-être, le mort enseveli à mes pieds sait-il les paroles écrites dans ce livre mystérieux, qui demeure caché non loin d'id au fond d'une tombe royale. Par la vertu de ces paroles les morts, reprenant la forme qu'ils avaient sur la terre, voient la lumière du soleil et le sourire des femmes.

Sa peur était que la joueuse de théorbe et le mort pussent se joindre, comme de leur vivant, et qu'il les vît s'unir. Parfois, il croyait entendre le souffle léger des baisers.

Tout lui était trouble et maintenant, en l'absence de Dieu, il craignait de penser autant que de sentir. Certain soir comme ri

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se tenait piosteroé selon sa oontnme, une Toix i&oonfine lui dit :

— Paplmuoe, il 7 a snr la terre plus de peuples qne tu ne crois et, si je te montrais ce que j*ai vu tu mourrais d'épouvante. H 7 a des hommes qui portent au milieu du front un OBÎI unique. Il 7 a des hommes qui n'ont qu'une jambe et marchent en sautant. B 7 a des hornows qui changent de sexe, et de femelles deviennent mâles, n 7 a des hommes arbras qui pousient des racines en terre. Et il 7 a des hommes sans tète, avec deux 7eux, un nez, une bouche sur la poitrine. De bonne foi, croistu que Jésus-Christ soit mort pour le salut de ces hommes ?

Ifee^ autre fois il eut une vision. Il vit dans une grande lumière une large chaussée, des ruisseaux et des jardins. Sur la chaussée, Aristobule et Chéréas passaient aa galop de leurs chevaux syriens et l'ardeur joyeuse de la course empourpraient la

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{oue des deux jeunes hommes. Sous un portique Callicràte déclamait des v^rs ; Toi^ueil satisfait tremblait dans sa voix et brillait dans ses yeux. Dans le jardia, Zénothémis cueillait des pommes d'or et caressait un serpent aux ailes d*azur. YMu de blanc et coiffé d*une mttre étincelante, Hermodore méditait sous un perséa saeré, qui portait, en guiae de fleurs, de petites tètes au pur profil, coiffées oomme les déesses des Égyptiens, de Tautours, d'épenders ou du disque brillant de la lune ; tandis qu'à l'écart au bord d'une fontaine; Nidas étudiait sur une sphère armillaire le mouvement harmonieux des astres.

Puis une femme vdlée s'approcha du moine tenant à la main un rameau de myrte. Et elle lui dit :

— Regarde. Les uns cherchent la beauté éternelle et ils mettent l'infini dans leur vie éphémère. Les autres vivent sans grande pensée. Hais par cela seul qu'ils cèdent à

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la belle nature, ils sont heureux et beaux et seulement en se laissant vivre, ils rendent gloire à l'artiste souverain des choses ; car I l'homme est un bel hynme de Dieu. Ils pensent tous que le bonheur est innocent et jque la joie est permise. Paphnuce, si pour^ tant ils avaient raison quelle dupe tu serais 1 Et la vision s'évanouit.

(Test ainsi que Paphnuce était tenté sans trêve dans son corps et dans son esprit. Satan ne lui laissait pas un moment de repos.

; La solitude de ce tombeau était plus peuplée qu'un carrefour de grande ville. Les démons y poussaient de grands éclats de ^ rire, et des millions de larves, d'empuses, de lémures y accomplissaient le.,simulac£e ^\' de tous les travaux de la vie. Le soir quand , * il allait à la fontaine des satyres mêlés à des fsLunesses dansaient autour de lui et l'entraînaient dans leurs rondes lascives.

Les démons ne le ct:agnaient plus. Ils l'aocâblaient de railleries, d'injures obscènes et

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de coups. Un jour un diable, qui n'était pas plus haut que le bras, lui vola la corde dont il se ceignait les reins.

Il songeait :

Pensée, où m'as-tu conduit ?

Et il résolut de travailler de ses mains afin de procurer à son esprit le repos dont il avait besoin. Près de la fontaine, des bananiers aux larges feuilles croissaient dans Tombre des palmes: Il en coupa des tiges qu'il porta dans le tombeau. Là, il les broya sous une pierre et les réduisit en minces filaments, comme il Tavait vu faire aux oordiers. Car il se proposait de fabriquer une corde en place de celle qu'un diable lui avait volée. Les démons en éprouvèrent quelque contrariété : ils cessèrent leur vacarme et la joueuse de théorbe elle-nième, renonçant à la magie, resta tranquille sur la paroi peinte. Paphnuce, tout en écrasant les tiges des bananiers, rassurait son courage et sa foi.

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— Avec le secours du ciel, se disait-il, je doDipterai la chair. Quant à rame, elle a gardé Tespérance. En vain les diables, en vain cette damnée voudraient m'inspirer des doutes sur la nature de Dieu. Je leur répondrai par la bouche de l'apôtre Jean :

c Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu. » C'est ce que je crois fermement, et si ce que je crois est absurde, je le crois plus fermement encore. Et, pour mieux dire, il faut que ce soit absurde.

Sans cela, je ne le croirais pas, je le saurais. Or, ce que l'on sait ne donne point la vie, et c'est la foi seulfe qui sauve.

Il exposait au soleil et à la rosée les fibres détachées, et chaque matin, il prenait soin de les retourner pour les empêcher de pourrir, et il se réjouissait de sentir renaître en lui la simplicité de Fenfance. Quand il eut tissé sa corde, il coupa des roseaux pour en faire des nattes et des corbeilles. La chambre sépufcrale ressemblait à Tatelie^ d'un van-

dbyGoQgle

L'EnPHORBB ^ Zi^

nipr et Paphnuce y passait aisément du travail ^ la prière. Pourtant Dieu ne lui étçiit pas favorable, car une nuit il fut réveillé par une voix qui le glaça d'horreur :

il avait deviné que c'était celle du mort.

La voix faisait entendre un appel rapide, un chuchoteiiient léger :

— Hélène ! Hélène ! viens te baigner avec moi ! viens vite !

Une femme, dont la bouche effleurait Toreille du moine, répondit:

— Ami, je ne puis me lever: un homme est couché sur moi.

Tout à coup, Paphnuce s*aperçut que sa joue reposait sur le sein d'une femme. D reconnut la joueuse de théorbe qui, dégagée à demi, soulevait sa poitrine. Alors il étreignit désespérâonent cette fleur de chair tiède et parfumée et^ consumé du désir de la damnation il cria :

— Reste, reste, mon. ciel !

Mais elle était déjà debout, sur le seuii

Elle riait, et les rayons de la lune attentaient son sourire.

— A quoi bon rester ? disait-elle. L'ombre d'une ombre suffit à un amoureux doué d'une si vive imagination. D'ailleurs, tu as péché. Que te faut-il de plus ?

Paphnuce pleura dans la nuit et, quand vint Faube, il exhala une prière plus douce qu'une plainte :

^- Jésus, mon Jésus, pourquoi m'abandonnes-tu ? Tu vois le danger où je suis.

Viens me secourir, doux Sauveur. Puisque ton père ne m'aime plus, puisqu'il ne m'écoute pas, songe que je n'ai que toi. De lui à moi, rien n'est possible; je ne puis le comprendre, et il ne peut me plaindre.

Mais toi, tu es né d'une femme et c'est pourquoi j'espère en toi. Souviens-toi que tu as été homme. Je t'implore, non parce que tu es Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu vrai du Dieu vrai, mais parce que tu vécus pauvre et faible, sur cette t^rre où je souffre,

parce que Satan voulut tenter ta chair, parce que la sueur de Tagonie glaça ton ;, front. C'est ton humanité que Je prie, monv^ Jésus, mon frère Jésus I

Après qu'il eut prié ainsi, en se tordant les mains, un formidable éclat de rire ébranla les murs du tombeau, et la voix qui avait résonné sur le faite de la colonne dit en ricanant :

— Voilà une oraison digne du bréviaire de Harcus Fhérétique. Paphnuce est arien ^ Paphnuce est arien I

Cîomme frappé de la foudre le moine tomba inanimé.

Quand il rouvrit les yeux, il vit autour de lui des religieux revêtus de cucules noires, qui lui versaient de Teau sur les tempes et récitaient des exorcismes .

Plusieurs se tenaient dehors, portant des palmes.

— C!omme nous traversions le désert, dit

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l'un d'eux, nous ayons entendu des cris dans œ tombeau et, >étant entrés, nous, t'avons TU gisant inerte sur la dalle. Sans doute des démons f avaient terrassé et ils se sont enfuis à notre approche.

Paphnuce, soulevant la tâte, demanda d'une voix faible : /

— Mes frères, qui ètes-vous ? Et pour** qjioi tenez-vous des palmes dans vos mains ?

N'est-ce point en vue de ma s^ulture ?

Il lui fut répondu :

— Frère, ne sais-tu pas que notre père Antoine, Agée de cent cinq ans, et averti de sa fin prochaine, descend du mont Golzin où il s'était retiré, et vient bénir les innombrables enfants de son âme. Nous nous rendons avec des palmes au-devant de notre père spirituel. Mais toi, frère, comment ignores-tu un si grand événement ? Est-il possible qu'un ange ne soit pas venu t'en avertir dans ce tombeau.

— Hélas 1 répondit Paphnuce, je ne mérite

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pas une telte grâce, et les seuls hôtes de cette demeure sont des démons et des vampires. Priez pour moi I Je suis Paphnuce, abbé d'Antinoé, le plus misérable des serviteurs de Dieu.

Au nom de Paphnuce, tm», agitant leurs palmes, murmuraient des louanges. Celui qui avait déjà pris la parole s'écria avec admiration : s

— Se peut-il que tu sois oe saint Pi^pbnuee, célèbre par de tels travaux qu'on doute s'il n'égalera pas un jour le grand Antoine lui-même. Très vénérable, c'est toi qui Hs converti à Dieu la courtisane Thaïs et qui, élevé sur une haute colonne, as été ravi par les Séraphins. Ceux qui veillaient ^ la nuit, an pied de la stèle, virent ta bien- r heureuse assomption. Les aile& des anges V t'entouraient d'une blanche nuée, et ta droite j étendue béniaaait les demeures des hommes.

Le lendemain, quand le peuple ne te vit plus, UB long gémissement monta vers la

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Rs se mirent en inarchie et Paphaasce^dtsek:

— Dfeu est Tunité, caor il est la vérité qui est nae. Le smonde estt db^ecs pasee qu'il est Terreur. Il faut se* détouâ^ner de ton» lès spectacles de la^ satufB,. nEièffie des plus innocent» en appardnce-. Leur diversité qui le» rend agréables est le signe qu'ils sont mauvais. C'est pourquoi je ne puis -^voir un' bouquet de papyrus sur les eaux \ v' dorma^ntes sans que mon âme se voile dé mélancolie.l Tont ce que perçdvea* les sens est détestable. Le moindre grain de sable apporte un danger. Gbaque diose nous tente. La femme n'est >que le composé de toutes les tentations éparses^dans l'air léger, sur la î: rre fleurie, dana les eMix. claires. Heureux celui dont Fàme est un vase scellé I Heureux qui sut se rendre mnat, aveugle et sourd et qui ne com^end rien dm monde afin de comprendre Dieu î

Zozime, ayant médité ces pearolesv y répondit de te sorte :

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— Père vtoérable, il oonwaat que je favone mas péchés; poisqnie t» m'ns montré ton âme. Akm nc^» nou» oon fesserons Fun à l'autre^ aelcm Tusage apostolique. Avant que d'être moine, j'ai mené' dans le siècle une vie abominable; Â Madaura, ville cél<^bre par ses courtisiaes, je recherchais toutes aortes d'amouis. Chaque nuit, je soupaift en compagnie de jeunes débauchés et de joueiQses de flûte^ et je ra«aenais ch^ moi c^lle qui m'avait phi davantage. Un 8air*t tel que toi n'imaginerait jamais jusqu'où m'emportait la fureur de me^^ désirs, D me suffira de te diie q^i'elî n'épargnait ni les matrones ni les religieuses* et se répandait en adultères e* en sacrilèges. J'exeîlâis par le vin l'ardeur de mes sens, et l'on me citait avec raison pour le plus grand buveu^ de Madanra Pourtant j'étais chrétien et je gardais, dans mes égarementây ma foi en JéBus crueifié.

Ayant dévi^ré mes birasi en débauches, je

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ressentais déjà les premières atteintes de la pauvreté, qnand je vis le plus robuste de mes compagnons de plaisir dépérir rapidement aux atteintes d'un mal terrible. Ses genoux ne le^ soutenaient plus; ses mains inquiètes refusaient de le servir; ses yeux obscurcis se fermaient. Il ne tirait plus de sa gorge que d*affreux mugissements. Son esprit, plus pesant que son corps, sommeillait. Car pour le châtier d'avoir vécu comme les bêtes, Dieu Tavait changé en bète. La r perte de mes biens m'avait déjà inspiré des ^ réflexions salutaires; mais l'exemple de mon ami fut plus précieux encore; il fit une telle impression sur mon cœur que je quittai le monde et me retirai dans le désert. J'y goûte depuis vingt ans une paix que rien n'a troublée. J'exerce avec mes moines les professions de tisserand, d'architecte, de charpentier et même de scribe, quoique, à vrai dire, j'aie peu de goût pour l'écriture, ayant toujours à la pensée pr6-

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féré l'action. Mes jonrs sont pleins de joie et mes nuits sont sans rêves, et j*estime que la grâce du Seigneur est en moi parce qu'au milieu des péchés les plus horribles, j'ai toujours gardé Tespérance.

En entendant ces paroles, Paphnuce leva les yeux au ciel et murmura :

— Seigneur, cet homme souillé de tant de crimes, cet adultère, ce sacrilège, tu le regardes avec douceur, et tu te détournes de moi, qui ai toujours observé tes comman-déments ! Que ta justice est obscure, 6 mon Dieu I et que tes voies sont impénétrables

Zozime étendit les bras :

— Regarde, père vénérable : on dirait des deux côtés de l'horizon, des files noires de fourmis émigrantes. de sont nos frères qui vont, comme nous, au-devant d'Antoine.

Quand ils parvinrent au lieu du rendezvous ils découvrirent un spectacle magnifique. L'armée des religieux s'étendait sur trois rangs en. un demi-cercle immense. Au

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{MPemier oraBg^jae teBaient les anciens da déeent, la crosse à la maia, et le«rs ^tratrbes peadaumt jttsqn'à tein». i^eB meiaes, ^wperjiéei par Im adi^bés Ijshran «et j^rapkm, ainsi que toi» les isénobites d:ii mi, forfaaiont la ssoonée Vffpie, Deatrîèpe eux apparaissaient les âfloèÉcs "Yenns dm veclàmes l0m- 4ain&. Lœ ms qpevtaieiit swr leurs corps noircis et éeasécbés d'infernaes hmhèeatix, •d'autres n'avaient pour fètemenits qme des irckseaii^ liés en liotle a'VHSc des viornes. Phiâieurs étaiesit mis, mais Dieu les avait couverte d'ufi ^oil épais conisie la toison des brebis. Us tenaient tous à la nutia une pailme verte; Vtm eût dit soi ^are-en^ciel d'éjQaera«de ^ ils étaient coia|iorables aux Gh<îBurs des élus, aux mui^lles vivantes éeT la ché de Dieu.

Il régnait dans rassemblée on ordre si parlait que Paplmuce tnmva »ans peine les moines de son obéiasanoe. fl se plaçB près d'em, après avoir pris soin de cacher

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son visage mus sa ducule, pour demeorer inconnu et ne point troubler 4eup pietise •/ttente. Tout k cemp ^^ëferva une ÎBamense clameur:

— Le saint! eriait-on ée toutes parts.

Le saint I voilà *te grané saint'I «voilà œtai contre lequel l'enfer n^a poi-nt prévalu, le bien-aimé île Dieu! WotrB père Antomel

Puîi^ tm grand -siienoç se fit et tous les froirts se prosternèrent dans te sable.

Du faîte d^une colline, dans fimmen^té déserte, Antoine s'avançait soutenu par ses disciple bien-aimés, Mâcaire et Ainathas.

Il marchait à pas lents, mais ^a taille était droite encore et Ton iaentait en lui les restes d'une force surhumaine. Sa barbe blanche s'étalatt SUT sa large poitrine, son crâne poli jetait des rayons de lumière comme le front de Moïse. Ses yeux avàieirt le regard de l'aigle; le sourire de l'enfant brillait sur ses joues rondes. Il leva, pour bénir son peuple, ses bras fatigués par un siècle de travaux

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inouïs, et sa voix jeta ses derniers éclats dans cette parole d'amour :

— Que tes pavillons sont beaux, ô Jacob I Que tes tentes sont aimables, 6 Israël I

Aussitôt, d'un bout à Fautre de la muraille animée, retentit comme un grondement harmonieux de 'tonnerre le psaume :

Heui^euœ Vhomme qui craint le Seigneur.

Cependant, accompagné de Hacaire et d'Âmathas, Antoine parcourait les rangs des anciens, des anachorètes et des cénobites.

Ce voyant, qui avait vu le ciel et Tenfer, ce solitaire qui, du creux d'un rocher, avait gouverné TÉglise chrétienne, ce saint qui avait soutenu la foi des martyrs aux jours de répreuve suprême, ce docteur dont Téloquence avait foudroyé Thérésie, parlait tendrement à chacun de ses fils et leur faisait des adieux familiers, à la veille de sa mort bienheureuse, que Dieu, qui l'aimaij, lui avait enfin promise.

Il disait aux abbés Ephrem et Sérapion :

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— Vous commandez de nombreuses armées et vous êtes tons deux d'illustres stratèges. Aussi serez-vous revêtus dans le ciel d'une armure d'or et l'archange Michel vous donnera le titre de Kiliarques de ses milices.

Apercevant le vieillard Palémon, il l'embrassa et dit :

— Voici le plus doux et le meilleur de mes enfants. Son âme répand un parfum aussi suave que la fleur des fèves qu'il sème chaque année.

 l'abbé Zozime il parla de la sorte :

— Tu n'as pas désespéré de la bonté divine, c'est pourquoi la paix du Seigneur est en toi. [Le lis de tes vertus a fleuri sur le fumier de ta corruption. \ j. ^,) ' ' '

Il tenait à tous des propos d'une infaillible sagesse.

Aux anciens il disait :

— L'apôtre a vu autour du trône de Dieu vingt-quatre vieillards assis, vêtus de robes blanches et la tâte couronnée.

Sai THAlS

Aux jenneB hommes :

— Soyez joyeux; laissez fet trîsrtesBe aux heureux de ce monde.

C'est aiftsi que, parcourtBt le front de san armée ûliale, il seniaH les exfaorlations.

Paphnuce, le voyant approcher, tomba à genoux, déchiré entre la crainte et l'espérance.

— Mon père, mon père, cria-t-il dans son angoMse, mon père ! viens t mon secours, car je péris. J'ai donné à Dieu î^ème de Thaïs, j'ai habité le faite d'une colonne et la chambre d^n sépulcre. Mon front, sans cesse prosterné, est d6¥0nu catleux comme le genou d'un chameau. Et pourtant IHeu is'est retiré de moi. Bénis-moi, mon père, et je serai sauvé ; secoue Physope et je «erai lavé et je brillerai comme la neige.

Antoine ne répondait point. Il ppcrmenait sur ceux d'Antinoé ce regard doirt nul ne pouvait soutenir l'^claft. Âyaoft mttté sa tu6 sur F'aul, qu'on nommait le Simple, il le considéra longtemps pois il lui fit signe

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d*approcher. Ciomme ils uTétoiraaient tous que le saint s'adressât à un homme privé de ses sens, Antoine dît:

— Dieu a accordé à celui-ci pins de grâces qu'à aucun de vous. Lève les yeux, mon fils Paul, et dis ce que tu vois dans le (âel.

Paul le Simple leva les yeux ; son visage resplendit et sa langue se délia.

— Je vois dans le ciel, dit-il, un lit orné ^ de tentures de pourpre et d'or. Autour, trois vierges font une garde vigilante afin qu'aucune âme n'en approche, sinon l'élue

à qui ic Ut est destiné.

Croyant que ce lit était le symboles de sa glorification, Faphnuce rendait déjà grâces à Bien. Mais Antoine lui fit signe de se taire et d^écouter le Simple qui murmurait dans l'extase :

— Les trois vierges me parlent ; elles me disent : « Une sainte est près de quitter la uterre ; Thaïs d'Alexandrie va mourir. Et !

nous avons dressé le lit de sa gloire, car

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nous sommes ses vertus : la Foi, la Graînte et TÂmour. »

Antoine demanda:

— Doux enfant, que vois-tu encore?

Paul promena vainement ses regards du zénith au nadir, du couchant au levant, quand tout à coup ses yeux rencontrèrent l'abbé d'Antinoé. Une sainte épouvante pâlit son visage, et ses prunelles reflétèrent des flammes invisibles.

— .Je vois, murmura-t-il, trois démons qui, pleins de joie, s'apprêtent à saisir cet homme. Ils sont à la semblance d'une tour, d'une femme et d'un mage. Tous trois portent leur nom marqué au fer rouge ; le premier sur le front, le second sur le ventre, , le troisième sur la poitrine, et ces noms . i sont : Orgueil, Luxure et Doute.

J'ai vu.

Ayant ainsi parlé, Paul, les yeux hagards, la bouche pendante, rentra dans sa simplidté.

Et comme les moines d'Ântinoé regardaient Antoine avec inquiétude» le saint prononça ces seuls mots :

— Dieu a fait connaître son jugement équitable. Nous devons Tadorer et nous taire.

Il passa. Il allait bénissant. Le soleil, descendu à Thorizon, l'enveloppait d'une gloire, et son ombre, démesurément grandie par une faveur du ciel, se déroulait derrière lui comme un tapis sans fin, en signe du long souvenir que ce grand saint devait laisser parmi les hommes.

Debout mais foudroyé, Paphnuce ne voyait, n'entendait plus rien. Cette parole unique emplissait ses oreilles: c Thaïs va mourir ! » Une telle pensée ne lui était jamais venue. Vingt ans, il avait contemplé une tète de momie et voici que l'idée que la mort éteindrait les yeux de Thaïs l'étonnait désespérément.

€ Thaïs va mourir I » Parole incompréhen-

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siWe I € ThaoB va mourir! » En ces trois mots, quel sens tembte et nouveau ! « Thaïs va mourir! b Alors pourquoi \e soleil, les fleurs, les ruisseaux et toute fe création? « Thaïs va mourir ! » A quoi bon l'univers ? Soudain il bondit, « La revoir, la voir encore! » Il se mit à courir. Il ne Bavait où il était, ni où il allait, niais Tinstinct le conduisait sroc une entière certitude; il marchait droit au Nil, Un ejsaim de voiles couvrait les bsutes eaux du fleuve. Il sauta dans une embarcation montée par des Nubiens et là, couché à Tavant, les yeux dévorant l'espace, il cria, de douleur et de rage:

— Fou, fou que j'étais de n'avoir pas possédé Thaïs quand il en étth temps encore! Fou d'avoir cru qu'il y avaJt au monde autre chose qu'elle ! démence 1 J'ai songé à Dieu, au salut de mon âme, à la vie éternelle, comme si tout cela comptait pour quelque chose quand on a vu Thaïs.

Gomment n'ai-je pas senti que Téternité

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menheurense étaft daofi un ^seul des baisers de cette femme, que «ans elle la vie n'a pas de sens et n'«st q^'on mauvais rêve ? stiipide I tu l'as vue et isias (iésiré les biens de l'autre monde. lâche ! tu l'as vue et tu as craint Dieu. Dieul le ciel! qu'est-ce que cela? et qu'ont-ils à t'offrir qui vaille la moindre parcelle de ce qu'elle t'eût donné ÎOlanaentable insensé, qui cherchais la boyalé divine ailleurs que sur 1^ lè^vres de Thaïs I Quelle main était sur tes yeux? JKaudit «^it celui qui t'aveuglait alors I Tu .poii>iMs acheter au prix de b damnation un moment de «on amour et tu ne l'as pas fait! Mïe t'ouvrait ses bras, pétcis de la chair et du pai&im des fleurSi et ;tu ne ^t'es pas ahimé dans les enchantements indicili)leci de mm màn dévoilé ! Tu as écouté la ¥ois jalouse qui te disait :

c AbsJdéns-toi. i» Jîlupe^ dupe, iriste d(upe! regrets! remords! désespoir. M'avoir pas la joie d'ien^porter ^en en&r la n>émoire de l'heure inoubliable et de crier à Dieu :

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« Brûle ma chair, dessèche tout le sang de mes veines, &is éclater mes os, ta ne m'ôte- ^ras pas le souvenir qui me parfume et me rafraîchit pour les siècles des siècles I... Thaïs va mourir I Dieu ridicule, si tu savais conmie je me moque de ton enfer I Thaïs va mourir et elle ne sera jamais à moi, jamais, jamais! »

Et tandis que la barque suivait le courant rapide, il restait des journées entières -couché sur le ventre, répétant:

— Jamais I jamais I jamais I

Puis, à ridée qu'elle s'était donnée et que ce n'était pas à lui, qu'elle avait répandu sur le monde des flots d'amour et qu'il n'y avait pas trempé ses lèvres, il se dressait debout,, farouche, et hurlait de douleur. Il se 'déchirait la poitrine avec ses ongles et mordait la chair de se^ bras. Il songeait '

— Si je pouvais tuer tous ceux qu'elle a aimés.

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I L'idée de ces meurtres remplissait d'une /fureur délicieuse. Il méditait d'égorger Nicias lentement, à loisir en le regardant jusqu'au fond des yeux. Puis sa fureur tombait tout à coup. Il pleurait, il sanglotait. Il devenait faible et doux. Une tendresse inconnue amollissait son âme.

Il' lui prenait envie de se jeter au cou du compagnon de son enfance et de lui dire:

c NiciaSf je t'aime, puisque tu l'as aimée.

Parle-moi d'elle I Dis-moi ce qu'elle te disait. » Et sans cesse le fer de cette parole lui perçait le cœur: < Thaïs va mourir I »

\\j — Clartés du jouri ombres argentées de -' la nuit, astres, cieuiç, arbres aux cimes y tremblantes, bètes sauvages, animaux fami- ( liers, âmes anxieuses des hommes, n'entendez-vous pas: « Thaïs va mourir I » Lumières, soufQes et parfums disparaissez.

/^ Effacez- vous, formes et pensées de l'univers I € Thaïs va mourir I... » Elle était la beauté du monde et tout ce qui l'approchait,

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s'ornait des r^lets de sa grâi». Ce Tieillard «t ces sages aseas près d'elle, «b banqoet d'Alexandrie qn'ils étaient «nnaSylesl qne tenr parole était Trarmorrieuse 1 L'essaim dés riantes apparences -voltigeait sirr leurs lèvres et la volupté parfumait toutes leurs pensées, fit parce .que le soiiffle de Thaïs était SUT eux tocft ce qu*3s disaient était amour, besntë, vérité. L'irarpiété éh&rmante prêtait sa grAce à leurs discours. Ils exprimaient aisément la S{iiendeur humaine, fiâts ! et tout cela tfest plus qtfun songe. Thaïs

. ira mourir I Oh ! comme naturellement je mounai de sa mort I Mais peux-tu seule-

! ment mourir, embryon desséché, fœtus macéré dans le 'fiel et les pleurs arides? Avorton misérable, penses-tu goûter la mort, toi

^ qui n'as pas connu la vie ? Pourvu que Dieu existe et qu'il me damne I Je l'espère, je le veux. Dieu que je hais, entends-moi. Plongemoi dans la damnation. Pour t'y obliger je te crache à la face. Il faut bien que je

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trouve iiH eirfer éternel, afin d'y exhaler réterntté de rage qui est en moi.

Bès l'aube, Albine reçut Tabbé d'Ântinoé mu seuil des Gelhiles.

— Tu es le bien Tenu dans nos ta"bernaeles de paix, vénérable père, car sans doute tu viens bénir la sainte que tu nous avais donnée. Tu sais que Dieu, dans sa clémence fappefle à lui; eft comment ne saurais-tu pas une nouvelle que les anges ont portée de désert en désert? II est vrai ITials touche à sa "fin bienheureuse. Les travaux sont accomplis, et je^ dois l'instruire en peu de mots de la condaite qu*elle a tenue parmi nous. Après ton départ, comme elle était enfermée dans la cellide marquée de ton sceau, je lui envoyai avec sa nourriture une flûte sembtebte à celles dont jouent aux fes-

V su THATS

\ tins les filles de sa profession. Ce que je i faisais était pour qu'elle ne tombât pas dans vj ; la mélancolie et pour qu'elle n'eût pas moins de grâce et de talent devant Dieu qu'elle n'en avait montré au regard des hommes. Je n'avais pas agi sans prudence; car Thaïs célébrait tout le jour sur la flûte les louanges du Seigneur et les viciées qu'attiraient les sons de cette flûte invisible disaient : c Nous entendons le rossignol des bocages célestes, le cygne mourant de Jésus crucifié. » C'est ainsi que Thaïs accomplissait sa pénitence, quand, après so^îxante jours, la porte que tu avais scellée s'ouvrit d'elle-même et le sceau d'argile se rompit sans qu'aucune main humaine l'eût touché.

A ce signe je reconnus que l'épreuve que tu avais imposée devait cesser et que Dieu pardonnait les péchés de la joueuse de flûte. Dès lors, elle partagea la vie de mes filles travaillant et priant avec elles. Elle les édifiait par la modestie de ses gestes et de ses

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paroles et elle semblait parmi elles la statue de la pudeur. Parfois elle étdt triste; mais ce s nuages passaient Quand je vis qu'elle était attachée -à^ Dieu par la foi, l'espérance et l'amour, je ne craignis pas d'employer son art et même sa beauté à l'édification de ses sœurs. Je l'invitais à représenter devant nous les actions des femmes fortes et des vierges sages de l'Écriture. Elle imitait Esther, Débora, Judith, Marie, sœur de Lazare, et Marie, mère de Jésus. Je sais, vénérable père, que ton austérite s'alarme à l'idée de ces spectacles. Mais tu aurais été touché toi-même, si tu l'avais vue dans ces pieuses scènes, répandre des pleurs .véritables et tendre au ciel ses bras comme des palmes. Je gouverne depuis longtemps des femmes et j'ai pour règle de ne point contrarier leur nature. Toutes les graines ne donnent pas les mêmes fleurs.

Toutes les âmes ne se sanctifient pas de la même manière. Il faut considérer aussi que

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Thaïs s'eiÉ donnée à Diea qnand dW étsdt betiia enonre, et oa tel aacrifiœ,^ s?9 n'est point nnîifiie, est dn mmas tvès rar e^.. Cette beauté^ son vètenent nalwrei» m Ta pas eneore- fiiittée affres troi» mois delà fièvre dont eUe meurt. Comme, pendant sa maladie, elle demande fman cesse è voir le cid., }? la fais porteur cbacpie matiii dans la conr, près du puits, soihi Tantiqne ftgvierr à l'ombre daquel les« afebesses de ce oonvent ont coutume de tenir leurs assemblée»; tu Ty trouTerafi, père TénéraMe; mais hàte-toi, car r>ieii l'&ppelk et ce soir un suaire couvrira cp; visjt^^e que Dieu fit pour le A^candale ^'i p^ur IVîrîificj^fion du ^onde,

Paphnuce suivit AJbine dans la cour inondée de lumière matinale. Le loi^ des toits de brique des colombes formai^at une fille de perles. Sur un lit, i Fombre du figuier, Tbaïs refaisait toute blaficbe, le?i h^m en croix. Debaot k ms cMés^ des femmes vdléas rédt&iont k» prières; de ¥9gomà.

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— Aie pitié de moi^ môâ /Heu,, seloîi ta grwuU mansuétude et efface maa inigMité seJon jla multitude de Us miséricopdtiy I

Il l'appela:.

— Thaï&I

EUe souleva les paupi^es et tourna du côtii de la voix les globes bJâacs de ses yeux.

Albiije fit signe aux femnaas voilées de s'éloigiier de quelques pas,.

*- Thaïs I répéta, le lùoine.

Ëllo floulerala tète; unsouJSle léger sortit de ses lèvrt)s blanches :

— C/est toi, moa père?,.... Te souvient-iî d ' Feau de la fontaine et des dattes que nous avons cueillies ?... Ce jour*là, œou 7 père, je suis, née à Taniour..». à la vie.

Elle se tut et laissa nstomber sa tète.

Lai mort était sue die et la sueur de IV goi'ie couronnais son froat. Roncpant le âilt^nce auguste, une tourt^elle ^)<?va sa.

voix plaintive. Puis les sanglote du moine se mèlàreid à la psalmodie des viôrgea.

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-?- Lave^moi de mes souillures et purifie^ moi de mes péchés. Car je connais mon injustice et mon crime se lève sans cesse contre mai.

Tout à coup Thaïs se dressa sur sou lit.

Ses yeux de violette s'ouvrirent tout grands; et, les regards envolés, les bras tendus vers les collines lointaines, elle dit d'une voix limpide et fraîche :

— Les voilà Ifes roses de l'éternel matin !

Ses yeux brillaient; une légère ardeur

colorait ses tempes. Elle révivait plus suave et plus belle que jamais. Paphnuce, agenouillé, Tenlaça de ses bras noirs

— Ne meurs pas, çriait-il d'une voix étrange qu'il ne reconnaissait pas lui-même. Je t'aime, ne meurs pas ! Écoute, ma Thaïs.

Je t'ai trompée, je n'étais qu'un fou lûisérable. Dieu, le ciel, tout cela n'est rien. Il n'y a de vrai que la vie de la terre et l'amour des êtres. Je t'aime! ne meurs pas; ce serait impossible; tu es trop précieuse.

Viens, viens avec moi. Fuyons; je t'empor-

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terai bien loin dans mes bras. Viens, aimons-nous. Entends-moi donc, ô ma bienaimée, et dis : « Je vivrai, je veux vivre. » Thaïs, Thaïs, lève-toi !

Elle ne l'entendait pas. Ses prunelles nageaient dans l'infini.

Elle murmura :

— Le ciel s'ouvre. Je vois les anges, les prophètes et les saints... le bon Théodore est parmi eux, les mains pleines de fleurs ; il me sourit et ni'appelle... Deux séraphins viennent à moi. Ils approchent... qu'ils sont beaux!... Je vois Dieu.

Elle poussa un soupir d'allégresse et sa tète retomba inerte sur l'oreiller. Thaïs était morte. Paphnuce, dans une étreinte désespérée, la dévorait de désir, de rage et d'amour.

Albine lui cria :

— Va-t'en, maudit !

Et elle posa doucement ses doigts sur les paupières de la morte. Paphnuce recula

Me THAlS

dianeelant; les yeux brûlés de flammes et sentant la terre s^onvrir sous ses pas.

Les vieiges entonnaient le cantique de Zacharie :

«^ Béni soA le Seigneur^ le dieu d'Israël.

Brusquement la voix s'arrftta dans leur gorge. Elles avaient vu la face du moine et elles fuyaient d'épouvante en criant:

~ Un vampire! un vampire!

11 était devenu si hideux qu'en passant \la main sur son visage, il sentit sa laideur.

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