‹ Tha{uml}isChapitre 8 sur 17 · NICIAS · texte numérisé non relu

NICIAS

Gela est admirable. Hais, à vrai dire, Hermodore, je ne vois pas grande différence entrele tout et le rien. Les mots même me semblent manquer pour faire cette distinction. L'infini ressemble terri- * blement au néant : ils sont tous deux inconcevables. A mon avis, la perfection coûte très cher : on la paye de tout son être, et pour la posséder il faut cesser d'exister.^

GTest là une disgrâce à laquelle Dieu lui-

même ii*a pas échappé depuk.qw les (philosophes «e sont mis en tôte de le perfectionner. Après cela, si nom ne savons pas 06 que c'est que de ne pas être, no«s ignorons par là même ce que c*e£Ft que d'être. Nous ne savons rien. On dit qu'il est impOi^sible aux hommes de s'entendre. Je oroiraU, en dépit du bruit de nos disputes, qu'il leur est au contraire impossible de ne pas tomber finalement d'accord, ensevelis eôte & côte, sous l'amas des contradictions qu'ils ont entassées, comme Pélion sur Ossa.

COTTÀ

J'aime beaucoup la philosophie et je l'étudié à mes heures de loisir. Mais je ne la comprends bien que dans les livres d»^ €icéron. Esclaves, vei^ca le vin miellé 1

GALLICaATE

Voilà uue chose singulière I Quand je suis à jeun, je songe au temps où les poètes

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tragiques s'asBeyaieni aux banquets des J>ons tyrans et Peau m'en vient à la bcoiche. Mais dès que J'ai .goûté le vin opûne que tu nous verses abondamment, généreux Lucius, je ne rêve que lattes civiles et combats héroïques. Je rougis; de vivre en des temps sans gloire, j'invoque la liberté «t je répands mon sang en imagination avec les derniers Romains dans les champs de Philippes.

GOTTA

Au déclin de la république, mes aïeux sont morts avec Brutus pour la liberté.

Mais on peut douter si ce qu'ils appelaient la liberté du peuple romain n'était pas, en réali^^^, la faculté de le gouverner euxmêmes. Je ne nie pas que la liberté ne \^ soit pour une nation le premier des biens. ^^ ' Mais plus Je vis et plus Je me persuade , X ' ' qu un gouvernement fort peut seul l'assuv^ V' rer aux citoyens. J'ai exercé pendant qua-

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rante ans les plus hautes charges de TÉtat et ma longue expérience m'a enseigné que le peuple est opprimé quand le pouvoir est faible. Aussi ceux qui, comme la plupart des rhéteurs, s'efforcent d'affaiblir le gouvemementy commettent-ils un crime détestable. Si la volonté d'un seul s'exerce parfois d'une façon funeste, le consentement populaire rend toute résolution impossible.

Avant que la majesté de la paix romaine couvrit le monde, les peuples ne furent heureux que sous d'intelligents despotes*

flERMODORE

Pour moi, Lucius, je pense qu'il n'y a /^ point de bonne forme de gouvernement et r v"*^ qu'on n'en saurait découvrir, puisque les Grecs ingénieux, qui conçurent tant de formes heureuses, ont cherché celle-là sans pouvoir la trouver. A cet égard, tout espoir nous est désormais interdit. On reconnaît à des signes certains que le monde est près

LS PAPTRU8 i^

de s'abimer dans Fignorance et dans la barbarie. Il nous était donné, Lucius, d'assister à Tagonie terrible de la civilisation. De toutes les satisfactions que procuraient Tintelligence, la science et la vertu, il ne nous reste plus que la joie cruelle de nous regarder mourir. ^C »^' '' ^ ,./

COTTA ^iM

D est certain que la faim du peuple et Taudace des barbares sont des fléaux redoutables. Mais avec une bonne flotte, une bonne armée et de bonnes finances...

HERMODOBB

Que sert de se flatter? L'empire expirant cJOTre aux barbares une proie facile. Les cités qu'édifièrent le génie hellénique et la patience latine seront bientôt saccagées par des sauvages ivres. Il n'y aura plus sur la terre ni art ni philosophie. Les images des dieux seront renversées dans les temples et

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dans fes âmes. G& sera la nuit de l'espril et la mort da monde. Gommant croire en e^et qne les Sarmaie» » Hyreront. jamais anx travaux de l'intelligeneev que les 6er^ mains eultiTeront la mnâ^fue et lar philo* Sophie, qne les Qnades et les Mareomanr adoreront les dieux immortels ? Non I Tout penche et s'abtme. Cette vieille Egypte qui a été le berceau du monde en sera l'hypogée ; Sérapis, dieu de la mot t, recevra les suprâines adorations de» mortels et j'aurai été le dernier prêtre du dernier dieu.

A ce moment une figure étrange souleva la tapisserie, et les convives virent devant eux un petit homme bossu dont le crâne chauve s'élevait en pointe» H était vêtu, à la mode asiatique, d'une tuniqne d^azur et portait antour d^ jambes, comme les barbares, des bfaies rouges, semées d'éloiles d*or. En le voyant, Paphnuee reconnut f MarcBw l'Arien^ et craignant de voir tomber

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la fbndrô» il porta ses maiaa au-dessus de satêfe et pâlit d'épaavaateL Ce quaa'avaient ptiv dans ce banquet des démons, ni les blasphèosiea de» païens.^ ni les eiirears hocribles de» philosopheSy la. seule présmce de l'hérétique étonna son courage. U voulat fuir, iuais son. regard ayant rencontré celui de Thsus,, il se senJtit soudain rassuré. Il avait lu. dans TâiBB de la prédestinée et ccen^ris qjue celle qui allait dev^enir une sainte le protégeait, dé^à. Il saisit un pan de k rd)e traînante et pria mentalement le Sauveur Jésus.

Un. murmure flatteur avait accueilli la venue da personnage qu'on nommait le Platon des chrétien». Hermodore lui parla la preoEfiieF :

— Très ilkistre Marcus, nou£t noua réjouissons t(Mis de te voir parmi nous et Tou. peut dire que tu viens à propos. Nous ne connaissons de la doctrine des chrétiens que ce qui en est publiquement enseigpé*

Or, il est certain qu'un philosophe tel que toi ne peut penser ce que pense le vulgaire et nouâ^ sommes curieux de savoir ton opinion sur les principaux mystères de la religion que tu professes. Notre cher Zénothémis qui, tu le sais, est avide de symboles, interrogeait tout à l'heure l'illustre Paphnuce sur les livres des Juifs. Mais Paphnuce ne lui a point fait de réponse et nous ne devons pas en 6tre surpris, puisque notre hôte est voué au silence et que le Dieu a scellé sa langue dans le désert.

Mais toi, Marcus, qui as porté la parole dans les synodes des chrétiens et jusque dans les conseils du divin Constantin, tu pourras, si tu veux, satisfaire notre curiosité en nous révélant les vérités philoso-.

phiques qui sont enveloppées dans les fables des chrétiens. La première de ces vérités n'est-elle pas l'existence de ce Dieu unique, auquel, pour ma part, je crois fermement?

MARGIJS

Oui, vénérables frères, je crois en un seul Dieu, non engendré, seul éternel, principe de toutes choses. ^'

NIGIA8

Nous savans, Marcus, que ton Dieu a créé le monde. Ce fut, certes, une grande crise dans son existence. Il existait déjà depuis une éternité avant d'avoir pu s'y résoudre.

Mais, pour être juste, je reconnais que sa situation était des plus embarrassantes. Il lui fallait demeurer inactif pour rester parfait et il devait agir s'il voulait se prouver à lui-même sa propre existence. Tu m'assures qu'il s'est décidé à agir. Je veux te croire, bien que ce soit de la part d'un Dieu parfait une impardonnable imprudence. Mais, dis-nous, Marcus, comment il s'y est pris pour créer le monde.

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