LA COMTESSE DE VAUXBUIN AU DUC DE G
MONSEIGJSEUR,
Au moment où la lettre de Dufour est venue m'apprendre la résolution de Sa Majesté à notre égard, je faisais d'amères réflexions sur le sort qu'un moment d'erreur m'avait feit envier pour la fille du comte de Vauxbuin. Mes scrupules religieux allaient au-devant des refus du Roi; ma conscience de mère me reprochait vivement déjà de livrer à un amant, même couronné, un enfant que j'avais élevé dans la pratique de toutes les vertus. Vous devez penser combien, au lieu de m'affliger, le mauvais
succès de nos démarches me rendait heureuse ^ puisqu'il faisait taire mes tardifs remords. Je me disais : — Mathilde restera pure^ et Dieu me pardonnera mon aveugle ambition. — Enfin , Monseigneur, j'allais prendre la plume pour vous remercier de votre haute protection , quand , à la seconde lecture du billet de votre homme d'affaires, je me suis sentie pénétrée de reconnaissance pour la délicatesse de votre proposition. Le moyen que votre cœur noble et généreux vous inspire pour répandre sur nous vos bienfaits ^ imposerait silence à mes scrupules, s'il pouvait m'en rester encore. Oui, Monseigneur, vous l'avez dit, que Mathilde se marie , et qu'ensuite elle essaie de s'acquitter envers vous de la dette de cœur que nous contractons aujourd'hui.
Je ne veux rien pour moi , monsieur le Duc j que toutes vos bontés soient pour ma fille. Accordez-moi seulement la faveur de vivre auprès de mon enfant, afin que je jouisse de son bonheur j et une mère qui ne forme de vœux, qui n'adresse à Dieu de prières que pour sa fille chérie , vous bénira comme le représentant de la Providence sur la terre.
Croyez^ Monseigneur; au profond respect et à l'obéissance de votre très-humble servante,
ClarencE; comtesse de \AuxBum.