‹ Thadéus le réssuscitéChapitre 12 sur 17 · LETTRE Y · texte numérisé non relu

LETTRE Y

DUFOUR A MADAME LA COMTESSE DE VaUXBUIIN.

Ce jeudi soir.

Notre rivale l'emporte. Le Roi s'est prononcé. Il a été jusqu'à dire qu'il verrait avec plaisir la comtesse de Vauxbuin et sa fille fréquenter plus souvent leur paroisse : c'est un ordre indirect de ne plus vous présenter à la chapelle du château. Monseigneur est désolé de s'être mêlé de cette affaire j il craint du refroidissement de la part de Sa Majesté^ d'autant plus que jamais le Roi ne lui a fait tant d'amitiés que depuis deux heures.

C'est un grand deuil pour vous , madame ^ que cette disgrâce complète, au moment de la plus grande faveur. Cependant Monseigneur se console de votre malheur en pensant qu'il lui sera possible d'offrir pour son propre compte à mademoiselle Mathilde le sort qu'elle pouvait espérer auprès de Sa Majesté.

Les principes de Monseigneur s'opposent cependant à ce qu'il prenne chez lui une jeune personne qui ne paraîtrait pas y être venue de son plein gré. Il faut donc, pour que Monseigneur assure un heureux avenir à sa protégée, qu'elle consente d'abord à se marier. Que votre tendresse maternelle ne s'effraye pas; l'alliance que Monseigneur destine à mademoiselle Mathilde sera convenable sous le rapport du rang. Quant à la dot, Monseigneur se charge de tout ce qui pourra être relatif au mari.

Les dix mille francs que vous trouverez renfermés dans ma lettre ne sont pas les arrhes d'un marché ; ils ne sont là qu'afin de vous épargner l'embarras des termes d'un refus. Dans le cas où vous ne croiriez pas devoir

accepter la proposition de Monseigneur, il vous suffirait de renvoyer -ces billets à mon adresse.

Je suis y madame, avec respect ^ votre trèshumble et très-soumis serviteur,

Page 1