‹ Thadéus le réssuscitéChapitre 15 sur 17 · DUFOUR A M. LE BABON AMÉDÉE DE VERNEUIL , MOUSQUETAIBE · texte numérisé non relu

DUFOUR A M. LE BABON AMÉDÉE DE VERNEUIL , MOUSQUETAIBE

Paris, août 1814.

Vous nv aviez promis^ monsieur lebaron^de me rembourser les sommes énormes que je vous ai avancées depuis trois ans^, aussitôt après votre mariage : et voilà;, de compte fait^ cinq partis fort avantageux que vous manquez par votre faute . Je n'aurais pas le droit sans doute de censurer votre conduite^ toute mauvaise qu'elle soit^ si je n'étais votre créancier; mais à ce titre, il m'est bien permis de me plaindre, quand je vous vois tous les jours vous enfoncer de plus en plus dans les débauches qui minent votre santé, sans arrondir ma bourse. Cependant vous vous rappelez de quel embarras pressant je vous tirai l'année dernière. On allait remontera la source d'un billet dont la signature n'était pas fort orthodoxe : c'était une affaire de Cour d'assises, cela , mon cher monsieur le baron ; il dépen-

dait de moi de vous laisser aller où le sort vous menait naturellement. Je sais bien qu'il y avait là-dessous folie de jeunesse plutôt que calcul de friponnerie : aussi je fus touché de votre position j et^ bien que vous me dussiez dëjà^ ou peutêtre j car il ne faut pas se faire plus généreux qu'on n'est ^ parce que vous me deviez déjà considérablement j je m'empressai de vous mettre à même de retirer du commerce un billet qui pouvait vous compromettre. Faire de la mo^ rale^ c'est chose permise à ceux qui prêtent leur argent presque sans garantie. Je n'ai que votre parole y et vous ne m'avez pas accoutumé à la considérer comme une chose de grande valeur. Il faut en finir^ mon cher monsieur : vous me devez ; j'ai besoin d'argent; mais comme je suis le plus intéressé dans cette affaire^ j^ ^^^ vous laisserai pas la peine de chercher le moyen de vous acquitter envers moi; ce moyen , je l'ai trouvé.

Yous avez d'autres créanciers qui vous im^ portunent, on vous en débarrassera; vous n'êtes pas fort bien vu à Paris , on ne demande qu'à vous fournir les moyens de voyager partout où il vous plaira d'aller. L'argent ne vous

manquera pas^ si vous savez vous contenter d'une pension de quinze cents francs par mois j un semestre tout entier vous sera compté au moment de votre départ : on ne vous demande rien pour cela^ qu'une simple signature sur un contrat de mariage, et un oui devant l'officier de l'état civil. En un mot , il s'agit de vous marier : mais l'engagement ne liera pas même votre cœur, puisque la femme qu'on vous destine ne sera pour vous qu'un moyen de fortune, et pas autre chose; autre chose, entendez-vous bien ? Votre titre d'époux ne lui servira qu'à faire reconnaître les enfans qui lui viendront. Il ne s'agit pas, monsieur le baron, de faire le scrupuleux. Nous nous connaissons de trop longue date pour nous tenir ensemble sur la réserve. Acceptez dix-huit mille francs de pension , les facilités pour voyager et faire figure, tous les embarras qui pleuvent sur vous à Paris réduits à néant: en voilà plus qu'il n'en faut, je crois, pour vous convaincre que je suis encore plus votre ami que votre créancier.

S'il vous convenait de vous fixer à l'étranger, on s'empresserait de vous faire passer les sommes nécessaires à l'établissement qu'il vous

plairait d'entreprendre. Vous ne seriez tenu qu'à faire tous les ans un voyage à Paris ^ afin de sauver les apparences dans le cas où madame la baronne deviendrait enceinte. Votre conduite ne sera soumise à aucun contrôle, et je vous promets une protection toute puissante dans les mauvaises affaires que votre tête assez mal organisée pourrait vous susciter. Réponse sur-le-champ.

Votre très-humble serviteur,

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