T1I4I-TS1E
L'hcMDQme est tout entier dans les Tegétaux ; ils renfeiment toutes ses humeurs^ ils s'adressent à tous ses organes^ sans en oublier aucun, bien que les plus nobles soient l'objet de leur prédilection ; la cbair des animaux agit d*nne fiiçon toute contraire > ou, si dJe s'adresse aux organes nobles , ce n'est que.pour les rabaisser.
Il n'est personne qui nait remarqué la parfaite analogie qui existe entre les fonctions des plantes et celles des animaux. Cest dans la oorolle des fleurs que se prépare, omune dans leaein de la fenmie, l'oeuvre merveilleuse de la génération. Les ctamines y versent leurs coupes pleines de poussière fécondante. La ehaleur des plantes , ainsi que j'en ai déjà £iit la remarque, s'âève dans ce moment cher à la nature, dialeur qui n'est point en^untée à 1 atmosphère, cooune celle qui anime et fiadt mouvoir les in* sectes ; et je croirais pouvoir affirmer que les suaves odeurs des vitaux , je veux dire cdles que l'homme appelle de ce nom , qui l'arrèteoty l'émeuvent et font naitre chez lui une séné nouvelle de pensées ou de sentimens inefîables, sont absolument de la même nature que le priocipe qui l'anime lui-même. On a fait dtverm expériences pour prouver que ces éœanatioiiSi étaient malsaines ; mais la GontradidiOD serait
SIXIÉICE DI8G0UBS. 8^85
îd trop manifeste. La cloche de verre, une chambré privée d'air, ne sont point la nature ; et puis, a-t-on séparé, dans ces expériences, le baume pur, le principe odorant des plantes, de Teau , de l'air , et des autres substances qui y spnt mêlées ? Ce principe , infiniment subtil , doit échapper , comme son dernier résultat , à toutes les recherches.
Il en est de la nutrition comme de la naissance. Le blé, sortant de son enveloppe, est absolument comme l'oiseau qui sort de l'œuf, et il est bien remarquable qu'il y a trouvé le même genre de nourriture.
Telle est la source de la sensibilité ; elle est dans les plantes , et elle n'est que là ^ Toutes possèdent-elles cette source précieuse ? Non , sans doute; on peut compter dans leur nombre autant de familles soumises à l'irritation qu'on en compte parmi les animaux, et ceU devait être^ puisque ces dernières fiipiille^ procèdmt des autres, selon toutes les apparences. Elles ont, du mCHns, un caractère frappant d'identité^ et doivent être le résultat d'une
^ & est digne d'c^rvation que la plantes qui présentent des ressemblances animales manifestent aussi vn commencement de sensibilité, on, dn moins, ce qui en a l'apparence.
886 THALTSIE.
loi oommane. Ces piaules présenlent des traite et des ooolears, une physionomie, en un mot , tdlement analogues a leurs qualités malfiûsantés , qu'il serait impossible de ne pas les reconnaître, lors même que l'on ignorerait leur existence; La jusquiame, la tète penchée^ le teint livide y parsemé de taches noires, semUe méditer le crime, et les doubles rangs de capsules ou sont enfermés ses fruits meurtriers, ressemblent a la mâchoire du requin. L'euphorbe, a la tige de serpent, aux yeux d'Argus, toujours ouverts *, représente l'assassin qui épie sa victime. 11 se plait sur les bords des fleuves, dans lesquels il lance ses semences , qui sont un poison pour tous les êtres qui les habitent , et il attend que le remous des eaux lui apporte leur odeur corrompue, qu'il respire avec délices. U serait impossible que, par un acte raisonné, on chotdt mieux ses g}tes que les T^étaux malfeiisans ne choisissent lesleurs. Cesl ainsi qu'en gravissant contre les rodiers escarpés
* Je ne sais par quelle espèce d'analogie la main qu'on passe far les yeox, après avoir touché cette plante» les affecte d'une manière funeste. Je n'attribuerai» ce fait qu% llmprenion chm suc fort icre sur un oi^gane trè»-dâicat, A je ne voyais dans FaUas que les poules qui avisait de la graine de eette plante perdent ordinairement la vue.
SlZliMB DI8C0UES. 587
^lans les Pyrénées ou dans les Alpes, tandis que Tomlle est assourdie par le bruit des torrens > et que l'œil est effrayé par la profondeur des abîmes y la bella-dona et le napel tous poussent, œnune avec la main, dans ces abîmes, en exhalant autour de vôtre tête des vapeurs stupéfiantes qui feraient chanoeler Thomme le mieux affermi. L'upas , des lies Célèbes , dont j^ai déjà dit quelques mots, tue de si loin, qu'il semblerait commettre lecrime pour le seul plaisir que le méchant attache a cet acte ; mais sans doute qu'au moyen de la finesse du sens de la cruauté dont il est si abondamment pourvu, il a la faculté de rapprocher de lui sa victime L'irritation at-» teint même les nuages; lorsqu'ils menacent la terre ^ ils offi^ent des couleurs tranchantes et livides comme celles qui signalent les plantes vénéneuses et les animaux de proie^ et , ce qu'il y a de bien remarquable , c'est qu'ils prennent aussi la forme de ces, derniers, animaux , et jusqu'à leurs terribles voix ; et c'est alors qu'on entend les tigres et les lions de la terre ré[X>ndre à ceux de l'air , et former tous ensemble un concert de. la plus épouvantable harmonie \
* Un ëtat plus doux de Tatmosphère produit des formes vaporeuses opposées à celles que je viens de décrire» dombiea de ^is, étendu sur l'iierbe, lesTeox tournés versle de!, n*ai-je
B88 THAtTSlE.
OofùsiAkoDS œtle imtetkm dans Pespeœ bomaine :
Une Taœ presque entièrement livrée à FiiTl* talion, c^est la race nMne, aox cheveux laineux , an pommettes des jooes saillantes, au
pas coDitniplé avec 4AieeB les iBagcsfbgitiTes que des mn^cs Maodiâtres, poussés par oa MH^ButUget^ éaàammt aar ■■ Ibod d'azor! Bien sûremeot an pdntre troa?ciait dansoe vaste champ plas d'expressions inoonnnes, et d^me beauté ravissante qoe ne pourraient loi en offrir tons les nns» léonb. PsuMMs ca revue tpwhiuewnaics de ooi Inagcs, sAbs qu'elles se se dont présentées à mes jeux. Yoid, pour prenière apparition , une magnifique tête de Jupiter; on dirait bien ^ne c*iest celle que Phidias a prise pour modèle, à moins que foa n'aine mieux croire qoe <f«Bt le nuage qui a eopié raotique. Que le poitrail de ce ceatanre est beau! quelle forec! qucfia puissance ! Je ne sais point oe que c'est que cet enfant joofta qui chemine, ayant un doigt dans sa bouche, ef ht tête couronnée de fleurs: on le prendrait pour im jeune SQène, sans sa aiioe sérieuse; mais Je ne m'étoDnepokit de satzi»» tesseyje n'aperçds point sa mère. Yoid Apollon avec sa lyre; Je crois ~ entendre ses accords ; mais , dieux ! quil passe vite ! Cette YÀius parah moins pressée; comme éQe glisR mollement, que de volupté dans Wondulatlooft de as nbe! Cesl de là, c*est de cette mer qu'dle est sortiCp et son d'une autie. Je n'en saurais plas douter ; les Grecs ont pris toute leur mythologie dans les nuages.... Il est bien remarquaUeqoe dansées soènes qui amenaient des figures si ^verMs, et dont quelques-unes m'ont laissé des souyenirs ineffaçables, il n*enest pas une seule qui ait offbrt i mes regards les plus l^itres formes tfon aaimal de proie, tandis qu'on ne volt pua autre chose dans les preadèrer.
sixiins pncouBS. 589
«paie, aax grosses lèrres^ a Todear forte, elc.; œ n'est point elle qui a dvilise le monde, oomme ou Ta n^Tanoé, sans ùàre une distinction nécessaire : cette gloire appartient a la race indienne , au visage noir , il est vrai y .mais aux .taraita réguliers et anx cbevenx lisses. Les parias, qui appartiennent originairement à cette race, en différent au joux^dlitti , 1.^ par leur physionomie inharmom'que , 2.^ par leurs cheveux roideS' et secs , quoique lisses , tandis que les Isanians les ont onctueux.
Toutefois, la race nègre trouve dans sa constitution, qu'elle doit évidemnient à des clroonstances particulières et indépendantes d'dle^même, un correctif que n'ont point les autres races, bien plus coupables, et qui fait qu'elle peut également s'abaisser aux crimes les plus horribles , ou s'élever aux plus hautes vertus *. Heureusement que dans ces autres races l'irritadcm se présente , en général, avec des carac-
* n semblerait en effet qne la constitution dn n^gre diffère beaucoup de celle de l'Européen ; cependant le docteur Tiedman vient d'établir qu'elles étaient les mêmes. Il n'a aperçu non plus aucune infériorité dans leur capacité morale respective. Il serait bien à souhaiter que le ftit fûf vrai, et qu*il en fftt ainsi de toutes les organisations humaines. Ce qMy a de sÛTy c^est que les difllérences seraient rUuite» presque à rien , au moyen du r^iime.
590 THALTSn.
tètes moins prononoés; car il est des profesMos qui la font ressortir, qui la mettent dans k plus grande évidence, et ce sont predsànent celles qui ont pour objet de verser le sang des animaux, ou seulement de trafiquer de leurs misérables restes. Les bouchers, les charcutiers, ont absolument tous les caractères qui distmguent les animaux de proie; le port , la démarche, les allures, et la vchx surtout, voix qui, dans tous ces êtres , est une expression de souffronce et de douleur % soit qu'ils soufirent en eflFet, ce qui est infiniment vraisemblaUe, soit qu^ils imitent à leur insu les gémissemens de leurs victimes, dont leurs oreilles sont saiis cesse
* n est digne de remarqfae qoe les cris des animan féfooes, et notammeot oeax dn lion et de l'aigiey ont qadqut diose de péniUle et de lamentaUe qni semble dooâer un état habttaèl de aouffranœ. On dirait même qnlb VépronTent dans Facte qnlls appctent le pins ; lorsqne le tigre est ipttX à fondre sursa proie, sa fkœ est agitée de.oonynlsionssi horrililcsy ^e^ sans avoir rien à craindre de loi , on a peine à sontemr sa yœ. Je ne pois croire qnll soit aussi heureux que le pensait le sultan llppou-Saëb. ( Ce prince tartare avait coutume dédire qu'il aimerait mieux un jour de la vie dn -tigre que cent ans de odle de Tagneau. H eut affidreà un tigre plus rosé que lui, et il en fut dévoré. Son pèce, Ayder-Aly» qui avait delanoblene, ducourage, de llntdligence;qoi,enun mot, était plus éléphant que tigre, pour suivre la même coraptraison n*eût point succombé. )
sixiiaiB DISCOURS. 59 f
frappées. Ces hommes savent parler d'honnêteté oomme les antres , ils en ont appris les termes y mais fespèce de chaleur qu'ils mettent en en parlant la rend ef&ayante ; lorsqu'ils sourient , sans qu'on sache quel est leur état, on croit voir un poignard dans leurs mains contractées par le crime; leur regard, où leur âme se peint , est horrible. Ceux qui parmi eux ont résisté à l'enveloppement (voyez la page 51 5 du 5.™^ discours ) atteignent d'un bond rapide le dernier degré de la cruauté et de la scélératesse; ceux chez qui l'obésité domine sont plus stupides qu'ils ne sont féroces, et il est remarquable que ce même caractère se montre dans les animaux compagnons de leurs meurtres. Toutefois, cette férocité n'est que contenue , et la ilature en décèle au dehors l'existence par des signes qu'on ne peut méconnaître. Ces malheureux ont beau s'enfoncer dans les eiaux pour s'y laver de leurs souillures , leur teint a la couleur du sang répandu , leur visage affreux ressemble a de la chair dépouillée de son épiderme.
Si Ton remarque quelque irritation dans les espèces qui se nourrissent de v^étaux, nonseulement elle n'est que passagère , mais elle ne présente aucun des caractères de celle que je viens de signaler. Sans doute elle pourrait y
S92 THALTSIE.
conduire, et c'est on avertissement poar nous de nous tenir sur nos gardes, de TeiDûr avec soin sur le trésor précieux que la nature nous a confié. On vcHt dans beaucoup d'animaux herbivores , au temps de leurs amours , une exaltation particulière qui les £adt sortir de leur caractère accoutumé de douceur ; et il est remarquable que c'est dans ces mêmes momens que la cruauté des carnivores redouble et devient une espèce de rage *; mais , ce temps passé, on n'en aperçoit plus aucune trace. Que Ton considère la poule dans son état de crise , lorsqu'^e couve ses oeu& , et lorsqu'elle les a fiât édore; ses déjections ressemblent, pour Todeur^ à celles des animaux de proie; sa queue est fortement épanouie, ses plumes sont héris-
* Cbd proure fridemmeDt Finfioeiioe de k lûtneor sànioalesar le moral des êtres. Puisqu'il est Textrait de U noar* riture journalière , combien nimpoite-t-il point den^en Terser que de douce dans le laboratoire. Yold une expéneDoeqQi vient à l'appoi : on chimiste ( M. Mendet ) ajant pris da chyle de deux chiens , dont l'un ayait été nourri de viande, et l'autre de pain , celui du premier s'est corrompu au bout de trob jours, cdui du second seulement au bout de trois senulnes.
n font remarquer qnll n'est guindé maladies dangereuses que cdles qui ont pour cause l'irritation, qui est une £insBe inflanmiation, comme la yiande , qui produit cette irritatiop , est une fiiusse nourriture.
SlYtÉME BISGOURS. 893
Bees ; hier elle était la plus timide des volatiles , aujourd'hui elle est prête à tout braver. Que Ton suppose cet état d'excitation accru et pro* longé ^ on ne sait trop jusques où il pourrait conduire ; cependant l'on juge fort bien à son re^rd^ où rien de féroce ne se laisse apercevoir, que cette manière d*êlre n'est point dans sa constitution intime , mais qu'elle tient à àes circonstances passagères avec lesquelles elle doit cesser y et qu'enfin elle n'est autre chose que l'équivalent de cette branche d'épine au moyen de laquelle la fauvette défend ses petits.
Les principes que je vienis d'exposer sont trop évidens pour qu'on puisse les contester;, mais on rabattra beaucoup , sans doute , de l'application que j'en ai faite à l'espèce humaine. En effet , les grands coupables , les scélérats avérés, n'existent parmi nous que dans la proportion d'un sut cent mille, en ne prenant,ià la vérité, que. le seul espace d'une année; ce qui ne laisse pas que de rapprocher un peu les termes de la proportion ; eh bien ! c'est là , si l'on veut , le dernier période, le fruit de l'irritation parvenu à sa maturité; mais est-ce à dire qu'eUe n'existe point dans les autres individus parce qu'elle ne s'y montre point dans cet état qui la caractérise ? Rendons plutôt grâces aux circons-
594 THALTSIE.
tances qui eu empêchent l'essor ^ qui en contrarient le dévelo{qpement ! Que d'exemples de ce que j'avance n'a-ton point vus dans ces crises des sociétés , dans ces bouleversemens qui résultent du passage de Tordre ancien à on ordre nouveau! Tel s'estimait le plus honnête et le meilleur des hommes , et aurait emporté ce témoignage dans le tombeau y si le feu d'un volcan moral n'eut fait germer dans son sein des semences fatales qui auraient avorté sans cet événement I Quelquefois ce sont les simples feux du tropique qui ràffisent pour développer ces germes funestes : voyez cette Hollandaise jeune et belle ; elle est bénie des pauvres -et adorée dans sa fcmiUe; c'est un ange pour la douceur et la miséricorde ; suivez-la à Batavia , ce n'est plus qu'une furie que l'enfer a vomi pour la désolation de cette terre !
Homme de cet âge de malhem*, lorsque ta parais bon et juste , ne serais-tu que le serpent engourdi par le froid ?
Qu'on ne m'accuse, point d'exagération j je pose en fait , et ou le concevra par la seule analogie ^ que l'homme le plus vertueux, parmi ceux qui se nouirissent de meurtre, peut être amené insensiblement à commettre le crime le plus atroce , chose impossible pour les autres ,
parce qae , à l'égard dô peux-ci , le premier pas n'est point Ëdt , que le premier degré ^ en un mot y n'existe point "^ ( les hommes accoutumés a réfléchir apprécieront cette remarque.) Et en effet , si tous les animaux qui vivent de proie aont méchans y pourquoi l'homme seul fgrmerait-il une exception ? il doit être , au contraire, aussi méchant que tous ces individus ensemble, puisqu'il a tous leurs moyens réunis. Mais, direz-vous, comme l'homme n'était point fait pour se nourrir de chair.... Je vous arrête ; c'était de cela précisément que je voulais vous faire convenir.
Xai fait mention dans le précédent discours de quelques affections morbifiques de l'homme d'upe nature grave , amenées par les écarts de son r^ime; j'ai fait voir qu'elles tenaient toutes a l'irritation , telle que \e l'ai définie dans celui-ci ; j'ajouterai à ces observations quelques aperçus physiologiques qui serviront à jeter plus de jour sur ces matières.
Les ner£» , je le répète , sont tout l'homme ; ils se sont revêtus de chair et de peau comme
* On a vu, dans le siècle si poli de Louis XIY , le poison devenir une espèce de mode, souiller les premières maisoQs de rèut , et pénétrer jusque dans la famille royale ; il avait sufïï pour cela d'un seul exemple.
596 THALTSB.
la planle se reret de bois et d'eGoroe. Cest une observation très-juste de Buffon, qui Favaif prise a Boërhave» leqpel l'ayait emprontée à Paul Ammon qui y peut-être , la tenait de quel<^ que autre 9 que Tanimal est une plante renversée; Ton pourrait ajouter que la plante est retournée de Textérieur à rintérieur, comme elle est renversée du haut en bas.
Redressons^la pour prendre une idée plus juste de ses opérations; figurons-nous f arbre nerveux, ainsi que je Fai déjà dit , épanouissant ses fleurs dans le cerveau , lesquelles sont douces ou virulentes selon la nourriture qu'il a reçue. Je ne parle que des fleurs. Le fruit qui leur succède n'appartient point à la terre, et ce n'est point dans ce discours qu'il doit en être question.
Les nerfs répugnent aux nourritures animales : si on les contraint à les recevoir , qu'en résultera-t-il ? De deux cboses l'une, ou ils seront enveloppés, ensevelis dans une masse de chair^ ou bien ib conserveront leur vitalité, c'est-à-dire qu'ils résisteront à cet enveloppement. Dans le p«mier cas, l'individu nauni que des sensations obtuses; il sommeillera comme la brute, qui même le surpassera en intelligence; dans le second cas, il vivra au
sein cTune agitation perpétuelle y n'existant que pour nuire et pour souffrir. Disons-le en deux mots : lesY^étaux sont la nourriture des nerfs; la chair des animaux en est le poison.
Pourquoi les carnivores succombent-ils si rapidement dans leuirs maladies? Parce que leurs fibres, excitées vicieusement y ont perdu cet accord d'où résulte Tordre et la vie ; elles invoquent alors Fassistance des nerfs, mais c'est comme les tyrans qui, dans l'heure du danger , appellent les opprimés à leur secours; elles les invoquent en vain.
Il n'est personne qui n'ait été plusieurs fois témoin de la mort d'un de ses semblables; il n'est donc personne qui ne convienne que cette mort arrive après des déchiremens qui doivent faire considérer cette existence comme un bien trop chèrement acheté, et surtout, comme je Q'en ai point de doute , si ces déchiremens n'étaient que le prélude d'une nouvelle carrière de douleurs ; mais cette erreur ne doit point être mise sur le compte de la nature; elle n'en a commise aucune de ce genre, et elle cadrerait mal avec sa loi accoutumée de crcnssance et de perfectionnement. Cest la manière de vivre de l'homme , aussi insensée que cruelle , qui, le ùar sant mourir avant le temps, et,pourainâ dire,.
598 THAtTSIE.
hors de propos , tourne oonlre lui-même les forces qui lui avaient été données pour une autre fin. Dans Fétat de nature ^ l'homme tombe sans effort , comme le fruit mûr qui se détadie de Farbre; mais ce n'est pas encore tout ; comment la vie finit-elle^ lorsqu'il est dradé qu'dk doit finir? Le Toici : le sang, qui formait son entretien , et qui ne. peut plus y suffire^ se retire successivement de tons les organes; la lym- . phe prend sa place ; elle éteint la vie partout et par degrà , mais elle l'éteint avec donœar ou avec violence y selon qu'elle*même est douce ou acrimonieuse, selon qu'elle est un baume ou un poison. Ainsi y Fon peut conjecturer que la mort, lorsque la vie a été ce qu'elle devait être, n'est point sans volupté, comme Fa avancé un médecin célèbre , qui , sans doute , aurait rencontré juste s'il avait su distinguer les droonstances, mais qui, faute de cette distinction, n'a présenté qu'une proposition étrange , parce qu'elle était contredite parles&its ^ Toutefois,
* Lui-même co a offert an terrible exemple ; son agonie fat affrease. Comme une mouche s'obstinait à se reposer sur son tisage , il s'écria avec une voix concentrée : Elle me cnnt d^à mort ! Ainsi , quand les médecins donnent encore de Fespoir , non-Mulement les corbeaux et les vautours , en s'attachant aux croisées , mais un ùible insecte se moque de leur pronostic , ee dit au malade : Ta mourras !
SIXIÉMB DISCOURS. ,S99
ce médecin était condatt par une induction très-naturelle ; il nétait pas possible , en effet , que la nature , toujours conséquente , eût tissu la vie de plaisir pour la terminer par une scène de douleur. Cette douleur est absolumient Tœu- Tre de l'homme.
Lorsque ce moment oà l'individu va changer de centre aririve, le trouble cesse , les organes, prêts à se désunir pour toujours, ramassent leurs forces , etfontentepdre un dernier accord ; l'homme de génie retrouve alors son élo-. quence , la sensibilité revient sur les lèvres de la mère de famille, la jeune fille chante, le chien aboie , l'oiseau dit un dernier adieu aux * forêts; le sage s'écrie : ^h qi^ je suis bien */
* Dernières paroles d'an homme lûenfaisant, mort à Saint- Glande le 8 Mars 1828.
La Boëtie , le noble ami de Montaigne , tombe , à sa dernière maladie; dans nn évanouissement profond; on le croit mort, on s'efforce de le rappeler avec des seb; il revient en effet, mais c'est pour se plaindre. O mon Dieu , s'écrie-t-il , qnl est-ce qui me tourmente de la .sorte? Pourquoi m'avez-vous tiré de ce doux et agréable repos ? Oh ! quel bien-être vous m'avez fait perdre! — Il n'en mourut pas moins. '
Un médecin célèbre de nos. jours « plus ami de l'art que de la nature , se garde bien de vouloir bannir ces secours; il dit que dans l'apoplexie 9 qu'il choisit pour exemple, la nature conduit le malade à la mort par le sommeil , tandis que l'art, en secouant violemment le malade , le rappelle à la yie. Je crois,
L'objet le plus frappant et le imMos aperça dans TensemUe de toutes ses parties , c'est lepuration continuelle et générale du ^obe, cpii est comme un désir en action de tous les êtres pour être jnieux. Les plantes s'épurent de même que les animaux; c'est ainsi que le lait acre du figuier, retiré du torrent de la circulation, lui permet de préparer un fruit plein de douceur; la rose doit à ses épnes rexceUence de ses parfums^ la violette même, qui, comme la plus haute Tertu , .semblerait n'en avoir pas besoin, doit le decnier degré de sa perfection
pour ma part, qiie lorsque la natare , dans les maladies îdternes, a amené ce sominôl bienfaisant qui conduit par degrés k la more , Tart est tout-à-fait impoissant.
Ce médecin est le même qui a avancé que FoigneO était salotaire , par la raison qull euflait le corps. Cest évidemmeot confondre la tjrmpaoite ayec l'embonpoint, ou la Êiusse satisfaction de soi-même avec le contentement que procure une action vertueuse. Yoilà les médecins pris sur le fait; il est clair que le domaine de la morale leur doit être absolumeot interdit; ne siUor,,..
* La rose alpine , qui n'a point de piquans , est aussi sans, odeur. D en est de la nourriture par excellenoc comme des parfbms, elle est q^ement protégée ; les épis du blé sont eovironnés de pointes acérées, le gommier, l'arbre qui produit k substance la plus onctueuse , est armé d'épines extrêmemeat poignantes» plus encore que celles de l'acacia et de raloës, dont les exhalaisons délicieuses sont connues de tout le monde.
$iXlÉME PISCOURS. 601
au l^er duvet dont ses feuilles sont coûyertes. Cette épuration dans les animaux, et principalement dans l'homme, se fait par des crises bien connues des* physiolc^istes. PTest-il pas bien évident que si vous augmentez la matière de ces crises , vous vqus exposez à les rendre funestes *? et c'est bien là ce qui est arrivé, puisqu'à peine la quatrième partie du genre ' humain parvient à la septième crise qui forme l'entier renouvellement de l'individu, c'est-àdire , son achèvement , et que le quart encore de ce quart ne franchit point sans difficulté cette borne redoutable.
Ainsi , à chacune de ces crises , l'homme se
* Toat a besoin d'épuration. Les herbivores ont à la tête des glandes sujettes à percer; les boucs en ont sous le menton , les chevaux à la ganache. Ces maux passagers coïncident avec les crises , et notamment avec celle de la dentition. Qndqoefois ces glandes ne s'ouvrent point , et c'est alors que les bézoards se forment, selon toutes les apparences ; ib sont sans danger. Quelle diflerence entre ce dernier résultat des substances végétales et celui des substances animales , le bézoard de l'homme , cet affreux cancer qui le dévore à son septième septénaire ^ ou sa septième crise ! 11 meurt plus lentement quand ce cancer ne se forme pas, c'est-à-dire, quand sa matière moins acre est ^gissl plus disséminée ;'ce qui est l'état le plus ordinaire. C'est ^a moyen de cette quintescence de corruption , dont le cancer nous donne one idée assez juste , que le serpent à sonnettes l'emporte sur la vipère , b lèpre sur des exanthèmes d'un moindre danger^ etc. An moral c'est absolument la même chose.
602 THALTSlfi.
renoavdle partieUemeni, et il se trouve renoa- Télé tout entier à la dernière y qui est celle dcmt je viens de pailer *. Cest alors qu'il regarde der-
^ Les crises sqitëoaires se moatrent dans les penples comme daos les IndiTidas j toutefois avec moins de reniante, et Ton en conçoit la raison. Qtons-en rapidement on eirmplf, ^e noos prendnuKS à répoqoe da repos de Tempire romain sons OctaTt» temps où nn noa?d ordre de choses se pr^aie : novus renascUur ordo , comme le dit Yirgile. Ce noavd ordre, c^esl Tère chrétienoe, qae nous choierons pour point de d^Mrt Vers le milieu da quatrième siècle, oa le dcmi-sqH ténaire, car, ponr les peuples, il &nt compter par siècles, nous yoyons des barbares inconnus, qp\ avaient été jusque-là assoupis , s'éveiller, s'agiter, se réunir, et fondre snr lltalie et sur les Gaules, mouvement dont la réaction se coounnniqae enfin à FOrient , qui en est élnanlé ^ et qui dure jusqu'à l'arrivée du féroce Attila. Un événement, rival de odni qui a ouvert le premier septénaire, le termine; sqpt cents ans après, la religion de Mahomet fait, avec cdle du Christ, le partage du monde. La première moitié du septénaire qui soie couve un autre événemeot qui doit néœssairemeot résulter du conflit des deux cultes : ce sont les croisades. Après dles, repos. Le troisième septénaire arrive , celui-Ia même dont Facoomplissemeot est si décisif dans les individus de l'espèce humaioe , et aussitôt découverte d'an nouveau Jmonde, celle de l'imprimerie; lumières de l'ancienne Grèce portées en Italie et dans les Gaules , par une coïncidence pareille à cefle qui fit marcher vers Salomon la reine de Saba ; événemens qui, fous réunis , doivent préparer la grande crise destinée à illustrer le milieu de cette époque. Serait-ce trop de dire que r^nration approche de son terme, et que le vingt et unième siècle , ou la fin du troisième septénaire , verra la terre entière, 00, du moins, sa majeure partie, affiranchie de son
SIXIÈME DISGOUftS. 603^
rièrelui^et se jug&Cest œ qu'on a exprimé depuis bien long-temps par oes mots : âge de retour^ èpi sont les anni recédantes des anciens. Cest alors que y dans l'état actuel des choses y la nature^ vaincue ou repoussée, cesse de donner son assistance. Elles tombent ces oi^eilleuses gantés qui semblaient d^er le temps; il ne leur a fallu que quelques jours pour prendre cette physionomie de la mort, qui déjà les rend
étrangères à ce qui les euTironne Un rien a
ignoraDoei de ses crimes et de ses malheors? Si ce résultat , préparé de si loDgae maiDi n'ayait point liea, comme Ilndiyida, dans on état semblable , elle serait perdue sans ressource.
On dira qu'il y a ea plasiears de ces crises de trois fois sq^t siicles depuis que le monde eiiste, sans que le genre humain en ait beaucoup profité : je répondrai que d ces crises ont aTorté y c'est qu'elles ont été privées des élémensqui devaient les rendre bonnes, élémens qui, je l'espère du moins, ne manqueront point à celle que j'annonce (a).
(â) En remoatant au-delà de Texemple que J'ai cité , et eo marchant dans cette Toîe» on pourra remarquer que , précisément ^iiigt -et un «ièclea avant Tère du diristianisme , . a commencé la crise qui défait amener son établissement ; la TocatioQ d*Abraliam , fortifiée , tout juste sept siècles après , par la venue de Moïse. Et si le christianisme n'a point été ce qu'il aurait dû être , cela vient bien sûrement de ce qu'il n'a point été compris. ( Yojex U ChrUttanUme expUqui, ) Dans tons les eu, il n'aurait opéré qu'une rénovation partielle* nn0 préparation à la grande régénération que la philosophie doit ameoer, et qui ne pouvait Vhtt, dans son état complet, que par eUe seule.
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suffi pour oda^ k nature s'est retirée dTdles. Si quelques indindus survÎTent ^ ils ne sont plus le produit que la nature Toulait amener à Ineo» el qu'elle préparait pour un autre sqour ; ils ne sont qu'une excrédon corrompue qoi la Csitigiiev parce qu'ils lui dérobent à pure perte la substance qu'elle destinait à des êtres qui lui étaient plus chen.
Il est bien remarquable qu'à cet âge ou l'homme reçoit son dernier complément (l'âge de quarante-neuf ans ) , la faculté générative du corps sTafiBûblit, mais que ceUe de l'esprit augmente dans la même proportion que Fautre décroit , et cela devait être si , comme il n'y a point à en douter, thomme est le principal objet de la création , et le but de tout le travail de la terre; c'est alors seulement que œt esprit produit des fruits dans toute leur maturité et leur bonne odeur; jusque-la ils ont dû être imparfaits ; et l'on peut encore ajouter que l'homme, avant cette époque, n'a point eu toute la conscience de ses actions *. Les femmes, qui vivent ordinairement de y^étaux , ou qui ont des principes plus prononcés de v^é-
* On a justement expérimenté qu'à Fâge de sept ans on avaitlaconscienoedesesacdons; mais je parie id de tonte la €Onscience.
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labilité , ont de bonne heure râmc tendre et sensible; les hommes ne Font ainsi qua leur seconde jeunesse , lors même qu'as sont aidés par des drconstances favorables; jusqu'alors elles sont trompées , séduites , abandonnées ; elles parlent dans le désert; en un mot, la preinière vie des hommes est perdue pour elles. L'homme était donc né pour s'élever toujours , malgré les apparences contraires; et ainsi se Téri£e ce que j'ai déjà avancé ^ que le vieillard est l'œuvre accomplie de la nature *. Cette simple remarque détruit un des plus forts argumens des matérialistes , en prenant ce dernier mot dans l'acception reçue.
L'influence de cette seconde vie, ou de la première vie renouvelée, se fait assez généralement sentir. Je ne sais d'où me Tient cette fontaine de jouvence, écrivait à sa fille M.">«de Sévignée, âgée précisément de quarante-neuf ans. Ces idées ont été très-bien développées, sous le rapport phjsicdogique , par un médecin dont je ne me rappelle point le nom , et qui a publié un long mémoire sur ces objets. Il pré-
* U ja un arbre, ed Amérique, qui porte d'abord ses fruits sur ses brandies, puis sur son tronc, enfin dans ses racines: renversez l'arbre, ainsi que je Fai dit, tous aura rhbtoire de l'homme.
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tend même avoir observé ces renaissances, plosiears fois répétées, dans des personnes de sa Êànille ; œ qui suppose une existence trèsprolongée \ Cabanis^ dans ses Rapports du
* Les papiers puUics ont fidt mentiooy en 1823, dHm vieillard de cent vingt ans, né à Eraérom > et qid vivait à Tbéodosie , en Grimée A Tige de cent ans il loi poussa denx dents mâcfaèliires ; Ulni en poussait une noayelle à l'époque oà Ton donnait œs détails. Sa barbe Hanche âait derenoe noire« Yoilà tons les signes d'un denxlème renoiivèQenient (a). J'ai connu une personne qnt avait eu aussi de noaydlcs dents à rage de qnatre-Tingt-dix-hnit ans; mais die ne pot supporter cette crise.
J'ai vn on exem[de de ces renaissances dans une poule extrêmement âgée, qui , n'étant plos fôocmde, condnisalt les^ioosâm d'ane aatre poole, de coooert'avec die. Dleavait pour eux une grande tendresse, et courait plus yite que la mère an-derant du danger , sans doute parce qu'dle avait plus d'expérience: La nuit« die les abritiût sous ses ailes, tandis que la mère perchait aa-4es50S. Elle n'était inférieure k cette dernière qu'en ced seulement , qu'elle se préférait aux poussins lorsqu'il Vagissait de prendre la nourriture , soit que sa vieillesse lui insplr&t le besoin prodiain de ydller à sa conservation, soit ^'dle se fût déchargée sur sa compagne du soin de nourrir ses petits, n est remarquable que les jeunes coqs qui ne sont pas encore tout-à-fait formés se préfèrent aussi aux poules,
(a) y oid un fait 8emblal>le que je viens de lire dans les papien publics , Juin 18S9 : « Une femme â^ de cent quatre ans vient de mourir à Wbetwd. Qudqttes jours avant sa mort , ses dievwa , qui depuis loo^^emps étaient entièreaMnt bhaus, ont reeoovré tout-à-oonp leur anôcnuB oouleur d'un limn très^foocé , etc. »
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physique et du moral de T homme , emprunte les idées de cet auteur j qu'il ne nomme ni ne désigne y et en fait lui-même une application à J.-J. Rousseau y qui^ ainsi que le bon roi René, reprit^ vers l'âge indiqué, toutes les illusions de sa jeunesse. On sait quel est le livre de Rousseau qui en fut la production immédiate 3 c'est celui dont la main d'un illustre envieux aurait voulu arracher les plus beaux feuUlets. Ce livre porte évidemment l'empreinte de son origine ; il serait difficile de trouver ailleurs plus de raison jointe à plus d'amour. Ce que Cabanis a £ut pour la vie physique de Rousseau , essayonsle pour sa vie littéraire. Quoiqu'il eût plus de quarante ans lorsqu'il publia son premier oa-
dans le même cas, ce qui n'arrive jamais lorsqxi'ils ont atteint lenr croissance.
Je remarquerai qae les anciens ayaient entrera quelque chose de ces renaissances, à en juger par Thistoire dllippolyte, surnommé Yirbins, ou deux fols homme. Obligé de fbir la Grèce, par la haine de sa marâtre, on le fait yiyre dans une forêt du Latium , sous la protection de la nymphe Egérie, jusqu'à l'arrivée de Numa, comme s'il eût été indispensable de remplacer un pythagoricien par un autre , et que la terre n'eût pu se passer d'hommes de cette cat%orie.
Une des choses qui prouvent le plus ces renaissances, c'est la mémoire des organes, loi^qae lenr tour d'agir est revenu. Que de faits, long-temps oubliés, se représentent alors à la pensée des vieillards ! ils aimenf à les conter , parce que c'est comme slls venaient de les apprendre.
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vrage^ od le Tott, comme nn jeane homme dn Bertj s'oœuper de questions oiseuses , Terbeosement traitées, et dont il s^exagère rimportanoe; il j joint ce ton tranchant et dédaigneux qo'ins* pire la possession d'un savoir noavdlement acquis , et cette misanthropie familière à la jeunesse, qui, sentant ses forces, croit qu'elle pourra toujours se suffire. Rarenu de ces erremens , et rentré dans les Toies de la nature, il est amoureux dans VHéloisey et bientôt après il est père de famille dans \ Emile. Ses relations a^étendent ; il devient I^islateur. dans le Contrat soaaL Enfin il rentre en lui-même , coiimie nn yieillard qui a tout perdu, ou que tout abandonne, et, seul avec ses souvenirs, il trace ses Réfrènes du promeneur solitaire j semblables a des allées de cyprès qui conduisent à un tombeau.
Cette renaissance , dans Rousseau , avait été prématurée de sept ans , comme le fut sa fin , supposé qu'elle ait été naturelle. Ce doute m'amène à faire une remarqua que je ne pouvais omettre ici; c'est que, par un renversement absolu d'idées ou de mouvemens organiques, mais qui est dans une parfaite analogie avec le r^me actuel, le désir de mourir remplace celui de revivre , long-temps même avant fépoque que j'indique, mais toujours après que
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les élémens qui la préparent ont étamis en jeu. Cette affection est conmiune chez les Anglais , ainsi que j'en ai déjà fait la remai'que , et il est bien digne d'observation que ce suicide des Anglais, qui provient du vide du cœur, n'a ordinairement lieu que dans raidissement de Tannée. L'Anglais meurt alors parce qu^il est livré à lui-même *; et il pwait que tous les hommes, en général, redoutent cette solitude esntérieure qu'ils sont incapables de remplir, puisqu'ils mettent un soin particulier à se réunir vers la même époque , poussés , dirait-on , par une sorte d'instincL Peu de temps avant le solstice d'hiver il y a , chez tous les peuples des zones tempérées , des i^éjouissances qui durent jusqu'à l'équinoxe du printemps. Les hommes se séparent alors ; ils croient avoir retrouvé la
* Le suicide , chez les Anglais , appartient a une détermination physique, et, chez les Français, à une détermination morale. On k vu de nos jonrs beaucoup de ces suicides sans cause réelle, sans autre cause au fond que la juste appréciatidta d'une vie désenchantée par le meurtre. Repos vaut mieux qu'injustice. Dormir, dormir, disait, avant dç se donner la mort, un jeune Allemand, français par le caractère. Oui, maintenant qne les Français raisonnent, il faut qulls se donnent la mort ou qu'ils changent de conduite. O hommes, tous on presque tous au doahle oœnr, eomme le général Foj , race vraîraenC descendue des deux , comhien de temps encore mé* oonnaîtrez^vons votre nd>le destinatioa !
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nalure , à laqodle ils sont Gppendant étnin^ gers, etn'avoir plus besoin de se soutenir matueUement Passé le 25 Décembre , c'est-a-dire lorsque le soleil semble renaître , le suicide est produit par une cause connue , et il est même plus ordinaire alors de tourner contre les autres plutôt que contre soi ce mouvement désordonné. La réaction du froid prévient , dans le nord y le suicide qui précède le solstice dliiver; mais les coupables n'y gagnent rien; l'apoplexie foudroyante y remplace la mort volontaire.
J'ai pai4é dans le dernier discours des créations particulières produites par Tusage des substances animales y où l'individu est attaqué vivant , comme sHl avait cessé de l'être. Cest là le résultat inévitable de la nature disjonctîve ou inharmonique. Quelque chose naU parce qu'il y a une espèce en repos , car la nature cherche toujours à produire, et le caractère de cette dbiose est déterminé par celui du fonds sur lequel elle doit germer. Toutes les maladies , bien plus y tous les désordres moraux reconnaissent cette même origine *. De combien d'insectes
* On pourrait oonsidérer les maladies comme des créatioiu noayelles : ces créattons ayorteot-elles , le malade guérit ; par- YieDueat-dltt à s'oiigaDlseri il meurt.
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Fitalie^ par exempte, n'est-elle pas la (NX)ie! Ainsi, le chêne infirme, ou affaissé sous le poids des ans, tombe en poussière, dévoré par un Ter de la oontexture la plus molle ; ce qui ne lui serait point arrivé aux jours de sa jeunesse et de sa vigueur. G)mme le jeune chêne, la Grèce se relève, parce que le torrent de la vie a été rappelé dans des membres qu'il avait iJiandonnés.
Je terminerai ces aperçus physiologiques par dire un mot sur un objet plus connu, mais qui se rapporte paiement au sujet que je traite. Ce sont les concentrations, dont l'effet est précisément de s'opposer à la naissance de ces germes funestes, soit en détournant vers eUes leurs élémens, sojit en j attirant l'attention de l'agent producteur, et de conserver ainsi au genre humain les £aibles ressources qui le soutiennent encore, comme npus l'expliquerons tout à l'heure» On pourrait dire que c'est une espèce de médium accordé par la nature à ceux que le mal n.'a pas entièrement dépravés , si Ton n'était pas accoutumé à ces sortes d'exceptions, résultat ordinaire d!un vaste mou^ vement ^;
^ La plapart de ces mahdies'recoDnalssaot une cause faéré-. ditaire , il éudt juste qu'elles reçussent d'ailleurs quelque adou'-.
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Si Ton voulait se fiûre Une idée d'une perfecdon abscJac'y je pense qu'on se la rqpresenleniit dans un corps parfait et exempt dlnfinnites. II est érident que k perfection suppose une harmonie entière dans les ou.mges de la nature. Les Indoux ( voyez le
intitulé: Lettres éd^antes) exduent de leur oonfiiinoe les personnes qui ont qodque vice de conformation ; ils ont remarqué qU'il y avait moins à compter sur dles que sur les autres ^ et qu'elles se laissaient corrompre plus ai^ment Ce quil j a de certain, cfest que leur état d'irritation continu rend leur caractère très-variaUe ^ £h bien! le croirart-ouy c'est précisément sur ces êtres que je compte pour
dssemeot, et c'est ce qui est xniré an taojea èc ces conceotratiODS.
* Cette (di»ervatioa des ladoui sVxpliqne par oe pnnâ^ dlrritation dont j'ai parlé au commenoemeiit de ce disconiSy qni , en se jetant sar une partie , détrait lliftrBioaie do tout ; et l'on conçoit qoe cette fausse excitatîoo , qpMivaise conseillère s*il en fnt, pent porter la dépravatioa à Teitrême; mais il faut aussi faire une remarque qui a échappé aux Indonx; il faut tenir compte de la réaction, ce poissant agent de k volonté humaine , qui, dans qnelqnes cas y rares à la Yérité , maîtrise la nature , et prodoit des yertas d^antant plus fortes , qu'elles n'étaient point natives. Telles furent celles de Socraie » estimées les pceiaières au jugemeot de tous les. hommes.
SlilÉMB PISGOURS. 613
établir et propager ma doctrine , parce que rhannonie du prem^r ordre n'existant point diez nous comme diesL les Indcnix, ou ne se montrant que de loin a loin y comme un phénomène des plus rares , il ne me reste d'espoir que dans l'état que je viens de décrire, tout, excepté lui , étant frappé d'inertie.
Je vais donner une idée de ce que j'appelle ici concentration , par une exemple à la portée de tout le monde. La goutte est une maladie gàiéralement considérée comme la punition d'une manière d'être tout-à-fait opposée à la sobriété; eh bien! c'est dans le temps de la plus grande crise de cette maladie que Tesprit a toute la force dont il est susceptible , tandis: que le contraire a lieu dans d'autres maladies de la même espèce , et reconnaissant la même cause , mais où la matière est disséminée. * Le
* Cest sans doute nne remarque analogae qni a fait inuK giner les omoentratîoDS factices, si communes parmi les, iodiTidus d'une certaine classe, et qni , sous le. rapport phj-. sîque, paraissent avdr eu quelques succès. L'espèc» humaine était blessée au centre ; on a porté la Uessure sur les parties les moins esseotielles de la circonférence. Que Tespèce huniaiDe a bien fait de se voiler les membres ! par ce mayen die a dé* robe à tous les regards cette plaie hideuse et d^oûtaute. £Ue aurait eoeore mieux fait de d^uiser sa figure ; mais celui qu 1 4 donné le bounlomieaient à Tinsecle , le rugissement au lion ,
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peuple même a remarqué Tefifet de œs oon* œntrations dans des aflfections qui sont trop souvent le sujet de ses railleries : avoir de Tesprit comme un bossu , est passé en ptoyerbe *; mais on ne sépare point de cQt esprit l'idée d'une certaine malice qui doit avoir lîea
lescooleun tnnchfo et vojantes an %re, une pdieor ibrte aa crocodile, des sonnettes an seq^ent, ne l'a point permis.
Ao reste j il serait bon de considérer si les exatolres n'ont point ane infloence morale , et si le vice ne s'éoonle point avec la sauie. On serait moins étonné alors qne les hommes ne Absent point aussi cmeb qu'ils devraient l'être , et cette plaie extérieure | dont les trois quarts du genre humain sont affectéi| inspirerait moins de dégoût
^ Cette remarque y ainsi que odle qui est rcbtiYe à la goutte, lesquelles existent depuis long-temps dans le domaine commun, se trouvent dans l'ouvrage de Cabanis, que j'ai déjà cité; nous les avons prises chacun à notre point dt vue , comme d'autres faits dont il a été question dans k discours précédent. Ainsi ( ce sont principalement ces derniers qne^ j'ai en vue ) ainsi l'écharpe de la bajadère forme tanlôt une colombe , et tantôt une gueule de lion. Cabanis observe, reU* tivement aux hossos , qu*il ne suffit pas toujours de Fëtre. pour avoir de l'esprit Les exceptions sont si rares, que ce n'était point la peine de les rappeler; U faut leur laisser la consolation d'avoir l'esprit mieux fait que le corps. Il ne faut point risquer de leur enlever la gaité qui leur a été concédée par nn antre proverbe. Cook rencontre à la terre de Yan-Diémen, habitée par des hommes de race noire, un bossu aussi gai, ansâ fiioétieux que le sont ceux d'Europe, d'où l'on peot condnre qu'ils sont les mêmes partout ; ce qui est d'autant plus consolant^ quil paraîtrait que leur vieades bornes trëMapprochées.
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en effet ^ d'autant plus que cette concentration est plus rapprochée des organes du sentiment et de la pensée *. Ésope en offre un exemple
^ Dans cette 'concentration y comme dans d'antres éutsqni Tayoldnent, il fant admettre une réaction morale. Ici , elle est d'nne petite portée , elle efïïenre et ne blesse point ; mais il n'en est point de même de quelques autres , et Ton peut dire, en général y que là où la nature a placé le ridkule, Thomme auquel elle Ta imposé se plaît à lui substituer ce qui lui est opposé, la terreur. Les prêtres d'Egypte, et même plusieurs d'entre les Juifs ,• durent rire du b%aiement de Moïse ^ mais il ne tarda pas à leur fermer la bouche.
Bjron et Walter-Scott avaient un pied bot ; cette difformité produisit aussi chez eux une réaction dont on connaît les admirables résultats. Ils opposèrent la gloire à de misérables sarcasmes que nous devons être bien aises qu'ils n'aient point méprisés. La même influence avait agi sur cette cbétive créature, en forme àe point eT interrogation^ qui s'appelait Pope , et qui chanta l'homme et fit revivre Homère. Gibbon n'aurait point été Traisemblablement tout ce qu'il s'est montré, sans cette sorte d'épanouissement que ne manquait point de produire chez autrui la vue da sa singulière personne. Un de nos modernes écrivains , doué de la plus belle imagination , qnoique, peot-^re, aux dépens de la sdidité et delà jostofie de l'esprit, n'auirait point san^ doute non plus composé .de si belles pages, s'il n'eût eu une épaule un peu hasardée. JVfais, malgré de si grands avantages , on n'en verra pas moins , j'en suis sûr, plus d'une mère de famille , flère de la belle toumnre de ses fils, répéter, avec une feinte modestie, cette phrase yulgaire : Ils ne sont ni tortus ni bossus. Combien ne souhaiteral-je point que ces bonnes mèr^ , mais trop souvent peu édairées, passent comprendre ia véritable beauté, celle de l'âme «t du oorps rénaicf ^ el n'en faisant qn'mie seule !
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mémorable Nul mortel n'a été dooé d'an prit plus fin et jdos juste; maïs sa faUe do Jeune imprudent j si dBe est de lui , poarrail laisser quelques doutes sur sa bonté. Ekifin, c'est à ces concentrations plus ou moins sen- . sibles qu'il £iut attribuer , sans aucune exception y tout ce que Ton aperç(^t de remarquable dans les individus qui , quoique sortis des véritables voies, ont occupé une place éminente parmi les hommes^ et ont influé sur leurs destins. Montaigne devait à sa gravelle beaucoup plus encore qu'il ne le pensait ; J. J^. Rousseau a dû beaucoup à son irritation du cerveau, Mirabeau a celle du cœur, Racine à celle du foie, etc. Ainsi, ce que nous appelons aujourd'hui perfection dans l'honmie, a sa source dans ses imperfections. Oh! que Tliomme serait beau, qu'il serait admirable, «'il eât fondé l'ouvrage de l'art sur celui de la naturel Je terminerai ce chapitt^ sur les concentralions par faire mention d'une des plus remarquables ; c'est celle qui agit spécialement sur lé cerveau , et qui , lorsqu'elle est portée trop loin , forme , sous le nom de folie , cette maladie pai^ ticulière à l'espèce humaine. On lui doit , dans ses. premiers degrés, ces portions éparses de vérité qui ont eu une si grande influence sur
les destinées des hommes. Elles sont l'expression de ces êtres surnaturels qui ont rendu ineKacable leur court passage sui* la terre , et qui , quoique morts depuis des milliers d'smnées, sont toujours présens aux yeux des nations, que leur esprit gouverne encore. Cest à ces absences momentanées de la terre , ou , si Ton ▼eut, à cette folie passagère, que les grands poètes doivent aussi, sous le nom d'inspiration, tout ce qui étonne dans leurs merveilleux ouvrages. Enfin , il n'est point d'art , il n'est point de science qui n'aient été éclairés tour à tour par cette lumière , toujours fatale à celui qm la possède, et qui n'est aussi brillante que parce qi/elie est réunie tout entière dans un seul coin de Tédifice. La philosophie même lui doit la naissance, et, malgré son nom, qui l'avertit d'être plus sage' que sa mère , il parait qu'elle se ressent , qu'elle se ressentira encore long-temps de son origine.