‹ The?atriculeChapitre 35 sur 60 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

MADAME VALIN

Après ?

OLIVIER

On a été à la buvette...

MADAME VALIN

Ensuite ?

OLIVIER

La séance a continué.

MADAME VALIN

Malgré les gros mots !

OLIVIER

On les a retirés... tiens! le projet de loi aussi...

Et les théâtres?

OLIVIER

Pas de premières... des indiscrétions sur la nouvelle pièce de l'Ambigu.

MADAME VALIN

Bon I un drame naturaliste sans doute ?

OLIVIER

Oh! mieux que cela... canailliste !

MADAME VALIN

Qu'y a-t-il encore?

LES Éï RENNES D'EDOUARD

OLIVIER

Peu de choses... événements ordinaires...

MADAME VALIN

Lesquels ?

OLIVIER

Presque rien te dis-je... le vitriol... trois nouvelles aspersions ; vengeance de femmes... Moralité : Epousez toujours votre maîtresse !

MADAME VALIN

Vilain railleur, tu ris de tout...

Dam ! on dirait parfois que c'est l'avis des jurés... ce sont pourtant des pères de famille pour la plupart... je les trouve imprudents.

MADAME VALIN

En quoi donc ?

OLIVIER

En ce qu'ils ont des filles à marier, parbleu! qu'elles sont sages, du moins je me plais à le croire... et que si toutes les liaisons illicites des célibataires devaient avoir pour dénouement un conjungo...

MADAME VALIN

Achève...

OLIVIER

Ces jeunes filles chastes et pures trouveraient rarement preneur !

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

MADAME VALINj s'approchant d/Olivier.

Tu n'oses pas tout dire.

OLIVIER

Gomment cela ?

MADAME VALIN

Sacripan ! Toi-même, tu ne m'aurais pas épousée»,..

Oh! il n'est pas question cle nous.

MADAME VALIN

Parlons-en, au contraire !

OLIVIER

Au fait, nous n'avons rien de mieux à faire.

MADAME VALIN

Quelle bonne idée d'avoir loué ce châlet... Sanois est un endroit charmant», assez près de Paris pour que tu puisses plaider, le jour, et revenir ici, le soir. Mais, quelque chos3 me chiffonne.

OLIVIER

Quoi?

MADAME VALIN

La persistance de tes relations avec des amis... bien peu sérieux, ce M. Montbert par exemple, que nous attendons aujourd'hui. Un peintre de talent, je veux bien, mais d'un léger!... on raconte... non je ne puis répéter cela! Et puis, il ne peint que des

LES Éï RENNES D'ÉDOUARD

femmes nues... (vivemont.) Tu ne vas pas à son atelier, au moins ?

OLIVIER

Est-ce que j'ai le temps! et mes clients et mes dossiers ! non. Dis cependant ce que tu voudras, Edouard est un bon camarade que j'aime, que j'estime.

MADAME VALIN

Oh!

OLIVIER

Certainement, que j'estime. On le connait mal, il y a dans sa vie des traits... tiens, celui-ci, entr'autres... Un étudiant allait renoncer à continuer ses études, faute d'argent... Edouard qui commençait à être connu, apprend ça et court aussitôt chez un expert faire mettre en vente à l'hôtel Drouot toutes ses œuvres terminées, avec ses ébauches, ses dessins. On les achète presque à vil prix. Malgré tout, le total est suffisant pour ce qu'il veut faire. Mon ami en garde à peine la moitié et me prête généreusement le reste...

MADAME VALIN

A toi?

OLIVIER, se mordant les lèvres.

A moi-même ! De sorte que je lui dois ma situation, mon bonheur, (il embrasse sa femme.) Tout enfin. Me reprocheras-tu encore de l'aimer, de le voir ?

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

MADAME VALIN

Je ne savais pas, il faut me pardonner ! De mon côté, j'ai invité une amie de pension que j'aime beaucoup, la pauvre enfant a perdu les siens, ils ne lui ont laissé aucune fortune, elle donne pour vivre des leçons de chant et de piano... notre fille grandit... tu comprends...

A merveille! et je t'approuve. Le nom de cette personne ?

MADAME VALIN

Magdeleine Lebreau.

OLIVIER

Diable !

MADAME VALIN

Qu'as-tu donc ?

OLIVIER

Moi? rien... rien du tout...

MADAME VALIN

Et comme elle doit arriver tout à l'heure, je vais au devant d'elle.

OLIVIER

C'est cela! Va, chère amie; moi, je dépouille ce courrier pour être ensuite tout à toi et à nos amis.

LES ET RENNES D'ÉDOUARD

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