‹ The?atriculeChapitre 36 sur 60 · SCÈNE II OLIVIER, puis EDOUARD · texte numérisé non relu

SCÈNE II OLIVIER, puis EDOUARD

OLIVIER

Magdeleine Lebreau! C'est bien elle I J'ai failli perdre contenance. Pour un peu j'avais l'air d'un coupable et Dieu sait pourtant si... Voilà une rencontre désagréable, ça va jeter un froid... Enfin ! Pourvu qu'elle ne dise rien à ma femme.

ÉDOUARD, entrant.

Me voilà î moi!

OLIVIER

Édouard, déjà!

ÉDOUARD

Gomment déjà! Je m'en vais, alors...

OLIVIER

Mais non, j'ai voulu dire que le train ne pouvait pas être arrivé!... Tu sais bien que tu ne viens jamais trop tôt.

ÉDOUARD

Ah! ça regarde-moi, ai-je l'air du monsieur qui prend le train pour arriver à heure fixe ?... Je suis parti avec Eulalie !

LES ÊTRE N NES D'ÉDOUARD

OLIVIER

Gomment tu n'es pas seul?

EDOUARD

Mais si, voyons! Eulalie, c'est ma bicyclette.

Tu es venu...

EDOUARD

A bécane, mais en route j'ai pris une voiture...

OLIVIER

Quel type ! Je regrette pour toi qu'on n'ait pas encore trouver la direction des ballons.

EDOUARD

Que veux-tu? c'est ma manière... un peintre aime les grands horizons et avec la vapeur on regarde, pff ! plus rien...

OLIVIER

Il est clair qu'on ne peut guère arrêter le train. Ce quim'étonne c'est que tu aies trouvé toutde suite cet ermitage où tu n'es jamais venu.

EDOUARD

Oh! je connais le pays comme ma poche. J'y ai fait des études.

OLIVIER

Sur le vif, scélérat ! Gora, Géleste !

LES ÉT RENNES D'ÉDOUARD

ÉDOUARD

Ah bien, oui! Gora! Céleste ! Mariées, mon cher!

Allons donc ! plus modèles, alors?

EDOUARD

Si, de toutes les vertus.

OLIVIER

Ah! Ah!

EDOUARD

Je n'ai pu m'égarer, te dis-je, ce n'est pas la première fois que je prends la route de la Buissonnière, car, c'est bien lenom de cette retraite, n'est-ce pas ?

OLIVIER

Oui.

EDOUARD

Joli nom et jolie retraite !

OLIVIER

Flatteur, va !

EDOUARD

Nullement, et la preuve, c'est que si tu ne l'avais pas louée pour la saison. Je m'y installais, moi.

OLIVIER

Avec... ?

EDOUARD, après un temps.

Avec... plaisir.

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

OLIVIER

Cachottier, va!... eh bien, si j'avais su...

EDOUARD

Tu m'aurais cédé la place ? il n'aurait plus manqué que ça' Mais nous bavardons, nous bavardons, où donc est ta femme? j'ai hâte de la connaître. Je voyageais, quand tu t'es marié, et depuis, ah ! dam ! depuis...

OLIVIER

Les travaux, les plaisirs, les succès de toutes sortes, pas moyen de mettre la main sur toi. Tu es devenu un homme célèbre... Un cher maître.

ÉDOUARD, comiquement froissé.

Vous en êtes un autre î

OLIVIER

Oh ! moi, un homme heureux tout simplement. Tu ne comprends pas ça, toi, la vie de famille, bonnet de coton... pot-au-feu. Je me souviens de ton mot... ça n'est pas dans mes cordes... et quand je te prêchais l'ordre, l'économie... quels rires!

EDOUARD

Je t'assure...

OLIVIER

Tu me répondais... art... médaille au salon... Et à tous les salons... commandes... Amérique... Institut...

LES ÉT RENNE S D'EDOUARD

EDOUARD

Bonnet de coton... tu y reviens ; non, mon vieux, pas de chimères, je suis devenu raisonnable.

OLIVIER

Bien vrai ?

EDOUARD

Je travaille, je me couche de bonne heure, je ne joue plus.

OLIVIER

Et... tu n'aimes plus?

EDOUARD

Ah ! tu en demandes trop ! Il y a peut-être quelqu'un au monde... mais il ne s'agit pas d'une aventure comme celle dont on a trop parlé...

OLIVIER

A ce propos... j'ai à te dire... il n'y a même pas une minute à perdre! Tu demandais où était ma femme ?je réponds: au-devant d'une amie d'enfance, et le hasard s'en est mêlé, tu la connais, cette amie.

ÉDOUARD

Moi ? tiens !

Parfaitement, c'est mademoiselle Magdeleine Lebreau.

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

EDOUARD

Elle! ma voisine ?

OLIVIER

A n'en pas douter.

EDOUARD

Oh !

OLIVIER

Dam! je conviens que c'est embarrassant, après ce que tu m'as raconté... très sincèrement, je n'en doute pas, car nous n'aimons guère à avouer ces choses-là nous autres hommes, un échec !

EDOUARD

Oui, j'ai commis une gaffe. Que veux-tu ? Magdeleine est si jolie, si adorable avec ses grands yeux timides et ses vângt ans ! Quand elle se mettait à la fenêtre, après avoir joué au piano l'un de ses morceaux favoris, car c'est épatant, mon cher, comme nous avons les mêmes goûts! j'avais le temps derrière un rideau transparent de croquer son frais minois. J'ai d'elle 37 profils, 18 trois quarts, 20 faces et 3 vues de dos.

OLIVIER

Jolie collection !

Malheureusement, je ne m'en suis pas tenu là...

LES ÉTRENNES D'EDOUARD 173

OLIVIER

- Je le sais, tu lui as écrit.

ÉDOUARD

Oh! si je lui ai écrit! en vers, en prose, en couleurs, avec des illustrations, des amours aux quatre «oins et des flèches partout.

OLIVIER

C'est piquant !

ÉDOUARD

Gomme tu dis... ça n'a pas porté !

OLIVIER

Oui, au lieu d'atteindre le but...

EDOUARD

Je l'ai dépassé : elle a mal pris la chose et, pour me fuir, a donné congé.

OLIVIER

Patatras! Voilà ce que c'est que d'avoir une réputation, détest... redoutable.

EDOUARD

/ Oh ! ne te gêne pas, va !

Si dans tes illustrations tu av.is fait flamboyer l'écharpe de M. le maire...

LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD

ÉDOUARD

Je m'y serais peut-être décidé, mais à présent, c'est impossible.

olivier.

Gomment! Une autre passion déjà? Ah bien, la pauvre Magdeleine a eu joliment raison de se défier. Si sa patronne en avait fait autant...

ÉDOUARD

Silence ! elle vient...

OLIVIER

Avec ma femme.

ÉDOUARD

J'ai bien envie de m'en aller...

olivier.

Poltron ! du courage ! je suis là. Un avocat n'est jamais pris au dépourvu.

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