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SCÈNE II Les Mêmes, GAVINEAU

GAVINEAU.

Salut, mes amis. (Embrassant Henriette qui a couru

dans ses bras.) Bonjour, mignonne ! Eh bien! c'est aujourd'hui le grand jour.

BEAUCANET.

Ah! ne m'en parle pas... je suis dans une anxiété...

MADAME BEAUCANET.

Mortelle.

BEAUCANET.

Merci.

Eh bien! et toi?

HENRIETTE

Oh ! moi, je suis bien heureuse !

GAVINEAU.

C'est tout naturel quand on aime ! et vous vous aimez ?

HENRIETTE

Oh! oui,rparrain,

LE LÉZARD

MADAME BEAUGANET.

Cachottière, qui ne nous l'avait pas dit!

GAVINE AU .

Etait-ce bien utile ?

BEAUGANET.

Dame, il me semble... ce qui est curieux, c'est qu'ils se connaissent et que nous ne le connaissons pas, nous.

GAVINE AU.

Qu'est-ce qu'il y a d'extraordinaire à ça? Un soir, vous me demandez de conduire ma filleule à un bal, — le bal des fumistes, — au Continental, vous ne pouviez ni l'un ni l'autre accompagner votre fille...

BEAUGANET, vivement.

Oui, je me souviens, ce soir-là, j'avais un rendezvous d'affaires.

MADAME BEAUGANET, de même.

Et moi, ma migraine.

AUGUSTINE, à part.

Je t'écoute.

MADAME BEAUGANET.

Qu'est-ce que vous faites là, vous?

AUGUSTINE

Rien, madame, j'épousste, j'épousste.

LE LÉZARD

MADAME BEAUCANET.

Allez donc voir dans la cuisine si j'y suis.

AUGUSTINE

Oui, madame, (a part.) Quelle harpie, mon Dieu, quelle harpie !

GAVINEAU.

Nous y allons, et là, Henriette fait la connaissance d'un jeune homme charmant. Elle valse avec lui, ça lui tourne la tête... ça me fait le même effet à moi... Ils se plaisent et depuis, chaque fois qu'elle sort, le hasard — un heureux hasard — les fait se rencontrer; comme je connais le jeune homme, qu'il ne m'a pas caché ses intentions... qu'elles sont pures... je lui ai promis d'appuyer sa candidature auprès de vous... Je sais combien vous aimez Henriette... que son bonheur est votre seul désir... Je ne doute par conséquent pas une minute du succès de Boudarel, car il s'appelle Boudarel... j'avais oublié de vous le dire.

MADAME BEAUGANET.

C'est égal, tout ceci me paraît manquer de correction.

GAVINEAU.

Pourquoi donc? Tous les jours dans le monde on rencontre une jeune fille dont on ne connaît pas les parents et ça n'empêche pas de l'épouser... au. contraire.

LE LÉZARD

BEAUCANET.

Oui, comme quelquefois on rencontre les parents sans la jeune fille. Nonobstant, j'ai besoin de le voir, d'être renseigné, je me défie, je manque d'habitude... tu comprends, c'est la première fois que je marie ma fille, (se reprenant.) la première fois qu'on me la demande.

GAVINEAU.

Ce qui ne t'a pas empêché de dire que tu avais déjà refusé plusieurs partis...

Oh ! on dit toujours çal

BEAUGANET.

Voyons, vite ces renseignements, tu sais, moi, je suis pétulant... ça m'a même nui dans mon commerce de fleurs artificielles, car les clients disaient toujours : Oh! qu'il est pétulant, Beaucanet, et les clients aussi disaient : Beaucanet, qu'il est pétulant... ce qui fait que tout le monde disait : Mais est-il pétulant !

TOUS, furieux.

Oh!

GAVINEAU.

Tu as fini ?

BEAUGANET.

Oui,

LE LÉZARD

GAVINEAU

Ce n'est pas malheureux! Eh bien! les voici tes renseignements : Boudarel : 23 ans, blond

BEAUGANET.

Foncé ?

GAVINEAU.

Foncé!

Alors châtain ?

GAVINEAU.

Si vous voulez, je ne suis pas contrariant. Un certain avoir

BEAUGANET.

J'aimerais mieux un avoir certain;

GAVINEAU.

Est-il assommant!

HENRIETTE

Oh! papa!

MADAME BEAUGANET.

Oh ! papa !

GAVINEAU.

C'est juste.

BEAUCANET.

Je continue ?

LE LÉZARD

TOUS

Oui.

G AVI NE AU

Bon employé d'administration.

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