BEAU G ANE T
Peuh !
G AVINE AU.
Quoi! peuh! faut bien qu'un homme soit employé à quelque chose... tu crois donc que tout le monde est comme toi... qui n'a jamais rien fait.
BEAUGANET.
J'ai fait travailler les autres.
MADAME BEAUCANET.
C'est un détail, passons. D'abord, je veux un gen-v dre occupé, moi, ça fera au moins un homme actif dans la maison.
BEAUGANET.
Actif ? Mais il me semble que...
MADAME BEAUGANET.
Beaucanet ?
BEAUGANET.
Oui, Mélanie.
GAVINE AU, très calme.
Vous savez que vous êtes très embêtants tous les
LE LÉZARD
deux. Je poursuis : homme de lettres, à ses moments perdus, c'est lui qui a fait le Lézard...
BEAUGANET, vivement,
Gomment? c'est lui qui a fait le Lézard, Boudarel? Très bien, très bien... Qu'est-ce que c'est, le Lézard ?
HENRIETTE
Gomment, papa, tu ne sais pas ce que c'est que le Lézard ?
BEAUGANET.
Dame! nous avons les Arts... décoratifs."
HENRIETTE
Oh ! maman, il ne sait pas ce que c'est que le Lézard ?
MADAME BEAUGANET.
Il ne sait pas... Ah!... ma foi, ni moi non plus.
GAVINE AU.
Ils sont d'une ignorance dans cette maison !
HENRIETTE
Mais c'est un monologue.... Tous les journaux en ont parlé. Il paraît que c'est très drôle.
BEAUGANET.
Eh bien, je ne serais pas fâché de le connaître... le Lézard de mon gendre»
LE LÉZARD
GAVINEAU.
• Oh ! il te le dira.
MADAME BEAUCANET, vivement.
C'est décent, j'espère.
GAVINEAU.
Jamais le Lézard n'a passé pour un animal immodeste.
MADAME BEAUGANET.
C'est égal, j'eusse préféré que mon gendre... éventuel eût adopté un genre plus noble, la tragédie, par exemple.
BEAUGANET, à part.
V'ià sa lubie.
HENRIETTE
Oh! maman, j'en ai vu une à l'Odéon. Il n'y avait personne dans la salle... et à la fin, sur la scène, tout le monde était mort.
GAVINEAU.
Quelle chance, si c'eût été au commencement !
BEAUGANET, bas à Gavineau.
Ne fais pas attention, ma femme est un ancien prix du Conservatoire, classe Maubaut, toujours solennelle !
Enfin, il est littérateur, noble profession qui peut conduire à tout.
LE LÉZARD
BEAUGANET, à Gavineau.
Tu vois la solennité ! (a sa femme.) C'est vrai, c'est gentil tout plein. Si je n'avais été fleuriste, j'aurais voulu écrire comme ça des bêtises pour les cafés chantants.
MADAME BEAUGANET, à part.
Quelle trivialité !
BEAUGANET.
On dit que les meilleures sont composées par des membres de l'Institut. Il paraît même que le Coin de l'œil est de M...
Il le dit à l'oreille de Gavineau.
GAVINEAU.
Allons donc !
BEAUGANET.
Parfaite lient... c'est ce qu'on m'a dit du moins.
GAVINEAU.
On s'est fichu de toi.
MADAME BEAUGANET.
C'est encore possible.
HENRIETTE, faisant changer la conversation.
Alors M. Boudarel?...
GAVINEAU.
Ah ! rusée... elle a raison, cette petite, nous avons lâché Boudarel.
LE LÉZARD
BEAUCANET.
Revenons-y.
GAVINE AU.
Y sommes-nous ?
TOUS
Oui !
G AVINE AU „
Eh bien, tant mieux, mais c'est que je n'ai plus rien à dire, moi... du reste, il va venir, ce garçon, vous le verrez; seulement, comme il est très timide, il m'avait chargé de parler pour lui, voilà tout.
BEAUCANET.
Eh ! bien, qu'il vienne alors... ce n'est pas que je sois pressé de marier ma fille, non, mais comme la chose est à peu près décidée, j'aime autant que ça se fasse tout de suite, parce que j'ai toujours été pétulant.
G AVI NE AU
Ah! ça va recommencer. Je sais... je sais, (sonnette.) Le voilà!
MADAME BEAUCANET, agitée.
De l'aplomb! du naturel! Henriette, ma fille, mets-toi là, feuillette cet album, pas un mot. Toi, Sosthène, debout devant la cheminée, un journal à la main... Parlez peu, je me charge du reste.
LE LÉZARD
GAVINEAU, à part.
Mise en scène de madame Beaucanet.
MADAME BEAUCANET, à Gavineau.
• Vous ici, bien vite. Mais non, vous.
GAVINEAU, qui cherchait sous les meubles.
Ah ! c'est à moi que vous parlez ?
AUGUSTINE, entrant tout effarée.
Monsieur ! le jeune homme est là !
BEAUCANET.
Quel jeune homme ?
AUGUSTINE
Vous savez bien! le jeune homme, M.Boudarel, parbleu!
TOUS
Ah!
BEAUCANET.
Eh bien, qu'il entre.
AUGUSTINE, à elle-même.
Eh bien, qu'il entre.
BEAUCANET.
Oh ! je suis ému.
MADAME BEAUCANET.
Moi aussi.
LE LÉZARD
HENRIETTE
Et moi donc î
AUGUSTINE, à la porte.
Eh bien, pas moi. Entrez, jeune homme, (se reprenant.) non, monsieur.
Elle sort.