SCÈNE III
BEAUGANET, GAVINEAU, MADAME BEAUCA- NET, HENRIETTE, BOUDAREL.
GAVINEAU, allant à Boudarel.
Venez, mon jeune ami. (a Beaucanet.) Permets-moi de te présenter M. Boudarel, dont je n'ai plus à faire l'éloge.
BEAUGANET, à part.
Fichtre!
GAVINEAU, à Boudarel.
M. Beaucanet.
BOUDAREL, à part.
Sapristi !
GAVINEAU, à part.
Eh bien, qu'est-ce qu'ils ont donc ? (a madame Beau-
LE LÉZARD
canet.) J'ose espérer, madame, que mon protégé trouvera auprès de vous l'accueil qu'il...
MADAME BEAUGANET, à part.
Ciel !
BOUDAREL, reculant.
Ah! bah!
GAVINEAU, à part.
Ça continue. (Haut.) Ma chère Henriette, voilà M. Boudai el qui s'empresse...
Beaucanet, se plaçant entre Henriette et Boudarel BEAUGANET, troublé.
Certainement! certainement!
MADAME BEAUGANET, même jeu.
Très honorés!
Un grand temps. Tous sont embarrassés.
GAVINEAU, à part.
Mais qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qu'il y a donc ?
BEAUGANET, de plus en plus troublé.
Monsieur . . .t Monsieur. . . Bouda. . .
GAVINEAU.
Pas Bouda! C'est indien.
BOUDAREL.
... Bel.
LE LÉZARD
BEAUGANET.
Monsieur Rel.
BOUDAREL.
Non, Bou... da... rel.
BEAUGANET.
Ah! oui, oui, Boudarel... Monsieur Boudarel, Gavineau... ce bon Gavineau... un vieil ami, Gavineau, car il y a longtemps que... et puis Henriette, Henriette, elle-même... enfin, Henriette, Gavineau... (a part.) Ouf ! je sue...
MADAME BEAUGANET, à part.
Que va-t-il dire ?
Tirant Beaucanet par le pan de sa redingote, BEAUGANET.
Nous ont fait part de vos intentions...
BOUDAREL.
Je l'en remercie.
Il donne une poignée de main à Gavineau. BEAUGANET.
Elles nous flattent. Oh ! elles nous flattent bien, mais vous savez, ma femme est bien jeune...
MADAME BEAUGANET.
Hein ?
BEAUGANET.
Non, je veux dire ma fille. Oh! ma femme, elle!
LE LÉZARD
MADAME BEAUGANET, sévère.
Eh bien?
-Oh! pardon, ma fille est bien jeune, allez! oh! elle est d'un jeune ! vous n'avez pas idée de ce qu'elle est jeune !
G AVINE AU, à part.
Il n'en sortira pas.
MADAME BEAUGANET, à part.
Il va très bien. (Haut.) Oh! oui, presque une en- ' fant!
BEAUGANET.
Un bébé... un vrai bébé!...
HENRIETTE
Oh! mais, papa!
BEAUGANET, amicalement.
Oui, ma petite Riette.
BOUDAREL, à part.
Je les vois venir.
GAVINE AU, éclatant.
Ah! ça, mais c'est un refus!
MADAME BEAUGANET.
Oh ! refus ! un ajournement.
BEAUGANET.
Une prorogation tout au plus.
GAVINEAU.
Ah ça! mais il y a cinq minutes, tu me disais...
BEAUGANETj étourdiment.
Je ne savais pas ce que je disais, il y a cinq minutes.
GAVINEAU.
Ça n'a pas changé alors!
BEAUCANET.
Gavineau !
GAVINEAU.
Eh bien, quoi ? tu es une vraie girouette !
BEAUCANET et MADAME BEAUCANET.
Girouette !
GAVINEAU.
Dam ! tu ne sais pas ce que tu veux.
BEAUCANET.
Ah! tu m'ennuies!
GAVINEAU.
Va donc, vieille baderne.
BEAUCANET.
Baderne !
Oh! papa! parrain !
LE LÉZARD
MADAME BEAUGANET.
C'en est trop! oh! je me trouve mal.
Elle tombe sur une chaise à droite.
BEAUGANET.
Allons! bien, la crise.
Il remonte.
BOUDAREL.
Mon Dieu, messieurs, comme je vois que ma présence ici devient une cause de trouble, je serais désespéré de mettre la désunion entre de vieux amis... Je me retire.
HENRIETTE
Monsieur Boudarel !
BOUDAREL.
Non, mademoiselle, je sais ce qui me reste à faire. (Très naturel.) Je vais mourir !
HENTIETTE, vivement.
Papa ! il va mourir !
BEAUGANET.
Oh ! pas tout de suite, va !
BOUDAREL.
Si, si, tout de suite.
Il sort.
G AVINE AU, se frappant le front.
Tiens, mais lui va m'expliquer. (courant après lui.) Boudarel ! Boudarel !
LE LÉZARD
HENRIETTE
C'est ça, parrain, ne le quittez pas.