L'EMPEREUR ET LE MOINE
Un soir, le grand empereur Charlemagne, qui est mort il y a i)lus de mille ans, était assis à la porte de son palais.
Devant lui étaient ses gardes et ses serviteurs.
Un moine vient à passer. Il tient à la main un grand bâton, porte une besace sur le dos, et une gourde à la ceinture. Il 20 s'arrête et veut entrer dans le palais.
** Moine,' dit un des gardes, " que veux-tu ?"
— "Je veux entrer dans cette hôtellerie pour y dormir," répond le moine.
— " Moine," dit le garde, " ceci n'est pas une hôtellerie. 25 Passe ton chemin."
Charlemagne, qui a tout entendu, fait approcher le moine, et lui dit doucement : — ■'■'■ Bon moine, ceci n'est pas une hôtellerie ; c'est mon palais, et je suis l'empereur Charlemagne."
Le lïiome ne se trouble pas et dit : — *' Seigneur, à qui ce palais appartenait-il il y a cinquante ans ?"
— "A mon grand-père," réi)ond l'empereur.
— " Et après votre grand-père ? " 5 —"A moi."
— " Et quand vous serez mort, qui aura votre palais ? "
— " Mon fils Louis ! " dit l'empereur.
— '* Seigneur," s'écrie le moine, " une maison où l'on passe ainsi les uns après les autres, n'est-ce pas une hôtellerie ? "