L.-P. DE SÉGUR
Cependant le jour qui devait terminer sa destinée étant arrivé, sa femme Calpurnie, troublée par un songe dans lequel 20 elle avait cru le voir assassiné entre ses bras, se jette à ses pieds, et le conjure de ne pas sortir de sa maison, dans un moment que tant de présages devaient lui faire regarder comme funeste.
La grande âme de César, touchée par les craintes de l'amour, 25 iut un moment ébranlée. Cédant aux larmes de Calpurnie, il se décide à contremander l'assemblée du sénat. Un des
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conjurés, Décimus Brutus. qui entrait alors chez lui, prévoyant que ce délai pouvait renverser tous leurs desseins, lui représenta vivement l'injure qu'il ferait au sénat en refusant d'y venir, lorsqu'il l'attendait pour le couronner, et la tache
5 dont il couvrirait sa gloire, si un son^e de Calpurnie le décidait à faire une telle insulte au premier corps de l'État. César sortit, et la fortune sembla vouloir encore sur sa route le détourner du précipice où il allait tomber.
Ayant rencontré l'augure Spurina, qui lui avait annoncé son
10 malheur: "Tu le vois, lui dit-il, voilà cependant les ides de mars venues. — Oui, lui répondit le devin, mais elles ne sont pas encore passées."
Un esclave voulait l'avertir du péril qui le menaçait, il ne put percer la foule dont il était environné.
i& Artémidore, philosophe grec, lié avec les principaux conjurés, avait pénétré leur secret : se mêlant au grand nombre de ceux qui présentaient des placets à César, il lui remit un mémoire qui contenait tous les détails de la conjuration, et lui dit : " Lisez promptement ; ceci est pour vous d'un intérêt
20 urgent." César, obsédé, n'eut pas le temps de lire cet écrit, qu'il tenait encore lorsqu'il entra dans le sénat.
Les conspirateurs, qui l'y attendaient, cachaient sous un calme profond les mouvements divers dont ils étaient agités. L'œil le plus pénétrant n'aurait pu deviner à leur maintien le
26 coup terrible qu'ils méditaient. . .
Dès qu'on vit paraître le dictateur, la plupart des conjurés, comme ils en étaient convenus, allèrent au-devant de lui, et l'accompagnèrent jusqu'à sa chaire curule, tandis que d'autres éloignaient de lui Antoine, son ami et son collègue au consulat,
30 en prétextant la nécessité de lui parler d'une affaire impop tante.