MICHAUD
Dès que le printemps parut, rien ne put contenir l'impatience des croisés ; ils se mirent en marche pour se rendre dans les lieux où ils devaient se rassembler. I.e plus grand nombre allait à pied ; quelques cavaliers paraissaient au milieu de la
5 multitude ; plusieurs voyageaient montés sur des chars traînés par des bœufs ferrés ; d'autres côtoyaient la mer, descendaient les fleuves dans des barques ; ils étaient vêtus diversement, armés de lances, d'épées, de javelots, de massues de fer, etc. La foule des croisés offrait un mélange bizarre et confus de
10 toutes les conditions et de tous les rangs. On voyait la vieillesse à côté de l'enfance, l'opulence près de la misère; le casque était confondu avec le froc, la mitre avec l'épée, le seigneur avec les serfs, le maître avec ses serviteurs. Près des villes, près des forteresses, dans les plaines, sur les mon-
6 tagnes s'élevaient des tentes, des pavillons pour les chevaliers, et des autels dressés à la hâte pour l'office divin ; partout se déployait un appareil de guerres et de fêtes solennelles. D'un côté un chef militaire exerçait ses soldats à la discipline, de l'autre un prédicateur rappelait à ses auditeurs les vérités de
20 l'Évangile; on entendait le bruit des clairons et des trompettes ; plus loin on chantait des psaumes et des cantiques Depuis le Tibre jusqu'à l'Océan, et depuis le Rhin jusqu'audelà des Pyrénées, on ne rencontrait que des troupes d'hommes revêtus de la croix, jurant d'exterminer les Sarrasins, et
, d'avance célébrant leurs conquêtes ; de toutes parts retentissait le cri de guerre des croisés : Dieu le veut ! Dieu le veut!