ACTE PREMIER
LE DUC
Vous voulez me faire dire des soitisos, chère maman? Mais je vous préviens que je ne dis plus que des choses sensées. •
LA MARQUISE
Depuis quand?
LE DUC
Depuis pas mal de temps déjàl
LA MARQUISE
. Qu'est-ce qui vous est donc arrivé?
LE DUC
Les absurdités que vous savez! des déjeuners à cinq cents francs par tête, des chevaux de huit cents louis, des femmes de je ne sais combien...
LA MARQUISE
Mon (ils I
LE DUC
Quoi, chère maman? J'en suis revenu ! les déjeuners emportaient la bouche, les chevaux n'en avaient pas, les dames en avaient tropl... Toutes ces déceptions m'ont conduit à la moralité par le chemin de l'ennui ; aussi, à présent... Vous allez voir, je vas faire un sermon.
LA MARQUISE
A qui?
A Urbain.
L\ MARQUISE
Sur quoi donc, mon Dieu?
LE DUC
Sur son idolâtrie pour les bouquins, et sur son horreur du mariage.
URBAIN
Vous désirez que je me marie?
LE DUC
Oui, monsieur 1 nous le désirons tous : car enGn il faut don-
ner des petits-enfanis a celte chère mère. Il faut qu'un de nous deux se décide à entrer en ménage, et, comme ce ne peut pas être moi, qui ne trouverai jamais une femme assez abandonnée du ciel et des hommes... à moins que ce ne soit madame d'Arglude, dont je neveux pas entendre parler...
LA MARQUISE
Vous pourriez trouver pire !
LE DUC
Ohl non! Songez donc; un homme qui devient raisonnable I
LA MARQUISE
Et ça durera combien, cette raison-là?,
Ça ne durera pas ; mais ça reviendra, et, à force de revenir, peut-être qu'un jour...
URBAIN
Pourquoi douter du présent?
LE DUC
A cause du passé.
LA MARQUISE
Allons, vous voulez m*épargner la peine de me le rappeler.
LE DUC
C'est un châtiment auquel je voudrais me soustraire.
LA MARQUISE
Vous êtes blasé sur ce chàlimeftt-là.
LE DUC, ému, lui baise la main.
Jamais !
LA, MARQUISE, émue aussi, Tembrasse.
Je suis d'une faiblesse!
LE DUC
Ah!... Encore!
LA MARQUISE
Non I c'est plus que vous ne méritez.