LE DUC, URBAIN
LE DUC
Eh bien, mon frère! partagez un peu ma joie. Je suis pardonné ; mais ça ne vous étonne plus, et pourtant il y aurait de quoi s'étonner. Voyons, vous vouliez me dire?...
URBAIN
Que, quand notre mère vous boude, elle souffre, et que, quand elle vous pardonne, elle renaît. Faites-vous pardonner souvent.
LE DUC
Oh ! cette fois-ci , mon cher, j'avais, pour ne pas venir, un empêchement bien sérieux; mais je ne peux pas le dire à ma mère.
URBAIN
Et à moi, le pouvez-vous?...
Lis DUC.
Tenez-vous à le savoir?
URBAIN
Oui ; c'est?...
LE DUC
Eh bien, c'est honteux à dire, mais j'avais des gardes du commerce à mes trousses sur le chemin qui mène de chez moi icL
URBAIN
Vous en étiez là
LE DUC
Hélas!
URBAIN
Comment êtes- vous venu aujourd'hui?
LE DUC
Parce que je ne viens pas de chez moi. Mon valet de chambre m'a apporté votre lettre... où j'étais! (ii rit.)
URBAIN
OÙ étiez-vous donc?
LE DUC
J'étais sous le onzième arbre à gauche, en entrant dans la forêt de Foniainebleau par la route de Melun... C'est là que je demeure quelquefois.
Vous, mon frère?
LE DUC
Cela vaut encore mieux que Clichy... et il y a vrainient des choses divertissantes dans cette vie nomade. Vous allez bien loin chercher des impressions de voyage! Moi', j'en trouve partout. J'ai, par exemple, un valet de chambre merveilleux pour me procurer des surprises. N'importe où je couche, fût-ce dans la Cité, fût-ce à l'hôtel du Lion d'or sur n'importe quelle route, fût-ce au pied d'un arbre comme cela m'est arrivé encore hier, je le trouve à mon réveil, ayant tout disposé comme si nous étions dans notre hôtel, mon nécessaire ouvert à côté de moi, mon chocolat cuit à point sur son réchaud à e?pril-de-vin ; ainsi, ce matin, il m'a barbifié, coiffé et habillé sous le onzième arbre dont je