‹ The Marquis de Villemer (volume 2)Chapitre 17 sur 113 · LE DUC, URBAIN · texte numérisé non relu

LE DUC, URBAIN

LE DUC

Eh bien, mon frère! partagez un peu ma joie. Je suis pardonné ; mais ça ne vous étonne plus, et pourtant il y aurait de quoi s'étonner. Voyons, vous vouliez me dire?...

URBAIN

Que, quand notre mère vous boude, elle souffre, et que, quand elle vous pardonne, elle renaît. Faites-vous pardonner souvent.

LE DUC

Oh ! cette fois-ci , mon cher, j'avais, pour ne pas venir, un empêchement bien sérieux; mais je ne peux pas le dire à ma mère.

URBAIN

Et à moi, le pouvez-vous?...

Lis DUC.

Tenez-vous à le savoir?

URBAIN

Oui ; c'est?...

LE DUC

Eh bien, c'est honteux à dire, mais j'avais des gardes du commerce à mes trousses sur le chemin qui mène de chez moi icL

URBAIN

Vous en étiez là

LE DUC

Hélas!

URBAIN

Comment êtes- vous venu aujourd'hui?

LE DUC

Parce que je ne viens pas de chez moi. Mon valet de chambre m'a apporté votre lettre... où j'étais! (ii rit.)

URBAIN

OÙ étiez-vous donc?

LE DUC

J'étais sous le onzième arbre à gauche, en entrant dans la forêt de Foniainebleau par la route de Melun... C'est là que je demeure quelquefois.

Vous, mon frère?

LE DUC

Cela vaut encore mieux que Clichy... et il y a vrainient des choses divertissantes dans cette vie nomade. Vous allez bien loin chercher des impressions de voyage! Moi', j'en trouve partout. J'ai, par exemple, un valet de chambre merveilleux pour me procurer des surprises. N'importe où je couche, fût-ce dans la Cité, fût-ce à l'hôtel du Lion d'or sur n'importe quelle route, fût-ce au pied d'un arbre comme cela m'est arrivé encore hier, je le trouve à mon réveil, ayant tout disposé comme si nous étions dans notre hôtel, mon nécessaire ouvert à côté de moi, mon chocolat cuit à point sur son réchaud à e?pril-de-vin ; ainsi, ce matin, il m'a barbifié, coiffé et habillé sous le onzième arbre dont je

Page 1