ACTE PREMIER
Jamais, jamais?
CAROLINE
Jamais.
LE DUC
Vous êtes bienheureuse I Et vous êtes entrée ici par madame d'Arglade?
CAROLINE
Oui.
LE DUC
Alors , vous connaissez cette toquée-là ?
CAROLINE
Gomment l'appelez- vous ?
LE DUC
Toquée.
CAROLINE
Ça veut dire ?
LE DUC
C'est un mot nouveau qui vient je ne sais d'où, et que je trouve très-gentil; ça veut dire : à moitié folle.
CAROLINE
Comment 1 vous croyez que Léonie...?
LE DUC
Il y a peut-être quelque temps que vous ne Tavez vue. Mais^ tenez, nous l'attendons; faite&-y attention : elle fne marchera sur les pieds sans me voir, et, quand je crierai, elle pleurera de vraie* larmes, à moins qu'elle ne rie aux éclats en m'appelant son pauvre Benoit, ou qu'elle ne s'évanouisse en me prenant pour ma mère. C'est au point qu'elle se confesse, à ce qu'on dit, des péchés des autres, et qu'elle se croit forcée de faire pénitence des siens sur le dos du prochain... (Moavement de Caroline.) Ce sont là des calomnies, assurément. Mais dites-moi comment il se fait qu'une personne raisonnable connaisse madame d'Arglade?
CAROLINE
Vous la connaissez bien, vous !
LE DUC
Mais, moi, je ne suis pas raisonnable. N'importe! voulez-vous me donner une poignée de main ?
CAROLINE
Pourquoi ?
LE DUC
Parce que c'est le sentiment le meilleur et le plus honnête qui me porte à vous le demander. Voyons ! (Caroline lui donne la main.) Merci l Ayez bien soin de ma mère.
CAROLINE
Ainsi, vous êtes monsieur le marquis ?
LE DUC
Non, je suis son frère.
CAROLINE
Madame la comtesse ne m'avait parlé que d'un fils?
LE DUC, avec émotion.
Ça lui arrive quelquefois. C'est ma faute.