CAROLINE, LA MARQUISE, URBAIN
Vrbain est assis près de la cheminée et regarde Caroline, qui est assise près du guéridon, devant an journal qu'elle vient de lire. — La marquise est assise de l'autre côté du guéridon, près de la cheminée.
LA MARQUISE, préoccupée.
Àhl mon Dieu! déjà huit jours passés depuis le dimanche de ia Pentecôte I
URBAIN
Qu'est-ce que ça vous fait, chère maman?
LA MARQUISE
Rien... Caroline, avez-vous fait demander des nouvelles de madame de Dunières, ce malin?
CAROLINE
Oui, madame la marquise; son médecin lui défend encore de isortir, mais elle va très-bien.
Vous auriez dû y aller, mon ûlsl
URBAIN
J'ai porté ma carte avant-hier; elle ne recevait pas.
LA MARQUISE, à Caroline.
Serrez ces journaux, ma chère, ils sont ennuyeux.
CAROLINE, se levant et portant les journaux au fond .
Vous lirai-je au Ire chose?
LA MARQUISE
Non, vous avez lu une grande heure.
CAROLINE
Je ne suis pas fatiguée.
URBAIN
Si vous Tétiez, mademoiselle, ma mère peut disposer de moi toute la matinée. '
LA MARQUISE
Encore aujourd'hui? Vous me gâtez, mon cher enfant! Alors, causons, (caroune revient s'asseoir.) J'aime bien mioux ça. Savez-vous que, depuis un mois, depuis que cette bonne Caroline est ici, je vous dois à tous deux des matinées charmantes? Elle lit si bien ! et puis, quand vous causez, ça me ranime en même temps que ça me repose. Vous avez tant de savoir et d'idées l'un et l'autre, que je ne pense plus à avoir de l'esprit; vous m'avez appris à écouter, et c'est quelquefois bien bon !
CAROLINE
Cest ce que je me dis quand vous parlez avec M. de Villemer.
URBAIN, passant derrière le gruéridon, au milieu.
Et c'est ce que je me dis aussi, quand ma mère parle avec vous, mademoiselle de Saint-Geneix.
LA MARQUISE
Alors, nous voilà très-contents de nous trois I Mais le meilleur, c'est que nous pensons tout de bon ce que nous disons en riant: comme c'est rare en ce monde! Caroline, vous m'avez tenu parole; vous êtes parfaite pour moi, dévouée sans vous faire valoir, gaie sans être bruyante, active sans être tracassière, et surtout vous avez l'air do ne jamais vous ennuyer avec moi.
CAROLINE
Est-ce qu'on s'ennuie d'être heureux ?