ACTE QUATRIÈME
LE DUC
Oui, c'est moi qui suis choisi, c'est moi qui plais, c'est moi «qu'on trouve charmant, c'est moi qui ai donné la poupée, c'est «loi qu'on aime, enfin c'est moi qui épouse Diane de Saintrailles!
(n tombe sur le canapé.)
URBAIN, tranflporté.
Ah ! mon frère, que j'en suis heureux I
LE DUC
Et moi, donc! Mais comme c'est drôle ! Je suis né coiffé, ma parole d'honneur! Croyez donc à la justice distributive en ce monde! Moi, ruiné, usé... (n se lève.) Qu'est-ce qui a dit ça? Je suis jeune, je suis pimpant, je suis leste, je suis éblouissant! J'ai beau me déguiser, m'effacer, me tenir dans mon coin, il y a en moi ce je ne sais quoi qui veut que tout me réussisse, et qu'après avoir tout gaspillé, je trouve une fille charmante, une fleur de printemps, une âme pure, généreuse, avec un grand nom et avec une grande fortune qui l'élève encore, puisqu'elle «'en sert pour me sauver l'honneur 1
URBAIN
Comment cela?
Tu ne le devines pas, toi, mon cher créancier? {Mouvement d'Urbain.) Il n'y a pas à dire non; mon honneur est celui de ma femme. Elle voulait rembourser ma mère aussi ; c'est ma mère qui n'a pas voulu. Chère mère ! à nous trois, quelle existence splendide nous lui ferons!... Et loi, qui te sacrifiais, on n'a plus rien à te demander que d'être heureux. — Mademoiselle de Saint-Geneix, tout le monde ici vous respecte et vous aime ; il ne vous manque, pour être tout à fait la fille de ma mère, que d'être la femme de son fils, et, quant à son fils, -vous savez bien, ma chère sœur, qu'il vous adore? Dites un mol, tendez-lui seulement la main, et voilà deux beaux et bons mariages décidés en «n quart d'heure.
CAROLINE
Mais... je proteste... Je....
LE DUC
Comment ?
• URBAIN
Ah ! Gaétan, tu le vois ! C'est ma faute , je n'ai pas su me faire aimer !
CAROLINE, éperdue.
Aimer!... (se reprenant.) NonI c'est un rêve! Vous ne m'aimez pas, vous ne devez pas m'aimer !
LE DUC
Mademoiselle de Saint-Geneix, ne mentez pas pour la première fois de votre vie. J'ai été aveugle, moi I mais une femme ne peut pas l'être à ce point. Vous n'avez peut-être pas voulu voir la passion de mon frère, une personne pure comme vous résiste longtemps à l'évidence; mais vous avez dû, malgré vous, sentir l'amour dans l'air que vous respiriez, et, à présent qu'il n'y a plus d'obstacle entre vous, ouvrez les yeux et laissez parler votre cœur.
CAROLINE
Mais je VOUS jure...
URBAIN
Tu vois, elle proteste I
LE DUC
Eh bien, si elle ne t'aime pas eiicore, elle t'aimera, mordieu I il faut qu'elle t'aime, elle le doit I
URBAIN
Gaétan I
LE DUC
Laisse-moi dire I Elle a au moins une amitié immense pour ma mère, elle en aura une pareille pour... pour celui qu'elle ne connaît pas encore, pour ton fils !
CAROLINE, se rapprochant
Son fils ?
URBAIN, au due.
Eh bien, oui I parle-lui de mon fils, dis-lui tout!