ACTE QUATRIÈME
^ LA MARQUISE
' Grand enfant!
LE DUC
Chère maman, en nous voyant tous les deux à vos pieds, vous devinez bien, n'est-ce pas, que nous avons quelque chose d'énorme à vous confesser?
LA MARQUISE, regardant Urbain.
Tous les deux?
LE DUC
Oui, moi d'abord. Avant-hier... hier encore, j'étais amoureux, oh 1 mais, amoureux sérieusement, de mademoiselle de Saint-Geneix, et j'étais tout prêt à vous demander la permission de le lui dire.
Allons donci mais vous ne le lui avez pas dit?
LE DUC
Peut-être que si, un peu; mais elle n'a pas compris et ça revient au même.
LA MARQUISE
Après?
LE DUC
Après... c'est-à-dire avant, bien longtemps auparavant, car cela a commencé le jour où Caroline est entrée chez nous, monsieur mon frère que voilà , qui ne dit rien, et qui vous prend la main, était, comme moi... qu'est-ce que je dis? beaucoup plus que moi, amoureux d'elle.
s, LA MARQUISE.
HeinI vous dites?...
LE DUC
Je dis que, depuis le jour où Caroline...
LA MARQUISE
Vous, Urbain?
Oui, ma mère.
URBAIN
Que voulez -vous! ça ne pouvait pas être autrement. Vous auriez eu dix fils qu'ils auraient été tous les dix amoureux de mademoiselle do Saint- Geneix ; et nous serions tous les dix, aujourd'hui, à genoux, comme ça, en rond, autour de vous, par rang d'âge... Comment n'aviez-vous pas prévu ça ?
LA MARQUISE
C'est vrai I j'aurais dû le prévoir; mais... elle ne sait pas?
LE DUC
Elle sait tout.
LA MARQUISE, se leyant.
Comment !
LE DUC
C'est moi qui le lui ai dit, là, tout à Theure.
LA MARQUISE, à Urbain. ^
•Mais vous avez donc l'intention de l'épouser?
LE DUC
Il a cette intention. Je l'ai bien eue, moi 1
URBAIN, se levant.
Et quelle autre intention puis-je avoir envers une femme que je respecte et que vous estimez?
LA MARQUISE, passant à gauche.
C'est vrai. Ah l mon Dieu I mais voilà qu'au milieu de moft bonheur, vous me foudroyez, mes enfants I
LE DUC
Pourquoi donc? C'est un bonheur de plus qu'on vous apporte, au contraire! Est-ce que vous pouvez vous passer do Caroline ? La voilà à vous pour toujours»
LA MARQUISE
Il ne s'agit pas de moi, ne me p iriez pas de moi. (sue passe entre eux.) Votro frère doit faire un plus grand mariage que cela, un mariage égal au vôtre.