ACTE QUATRIÈME
LE DUC
Ma chère mère, mon frère doit faire le mariage qui Ferapôchera d'être malheureux, triste et souffrant comme vous le voyez
depuis trois ans. (urbain fait signe au dac de ne pas inquiéter sa mère.) LA MARQUISE, effrayée , allant à Urbain .
Souffrant? Vous étiez malade, Urbain? J*en étais sûre.
URBAIN
Non, ma mère... au moral, cela, je l'avoue ; mais ce chagrin s'effacerait pour toujours si vous décidiez mademoiselle de Saint- Geneix à partager ma vie.
LA MARQUISE
Elle résiste, alors? elle comprend...?
URBAIN
Elle croit que vous avez des Idées... que je n'espère pas modifier; je ne les ai jamais froissées, jamais discutées. Quelles que soient les miennes, de vous, ma mère, tout me semble sacré. Aussi je ne plaide pas une cause devant vous, je demande à votre amour pour moi un grand et sérieux sacrifice.
LA MARQUISE
Urbain... que me demandez- vous là ?
Un sacrifice que vous vous exagérez tous les deux. 11 ne faut pas raisonner ici, ma chère mère, il faut vous souvenir.
LA MARQUISE
Me souvenir de quoi ?
LE DUC
D'avoir été jeune. (Mouvement de la marquise.) Oh! je la sais, moi, cette touchante histoire de vos belles années. Il y a des souvenirs qui frappent les enfants, parce qu'ils les frappent au cœur. Je me rappelle que mes nobles parents, un tas d'hidalgos, tous descendants du CTid en droite ligne ! ne trouvaient pas le marquis de Villemer assez titré pour devenir mon beau-père. C'est pourtant le seul père que j'aie connu, et il vous a rendu la plus heu-
reuse des femmes. Eh bien, je suppose que, parmi ses ancêtres, il y eût eu deux ou trois généraux de moins et un conseiller au parlement de plus, votre mariage eût-il été moins respectable, votre amour ftioins légitime, votre bonheur moins pur? Je n'en crois rien, et permettez-moi de vous le dire, vous n'en eussiez pas moins chéri cet homme qui était digne de vous, et fait ce mariage auquel je dois le meilleur temps de ma vie et le meilleur des frères.
LA MARQUISE, qui pleure.
Tl Tadore donc, cette Caroline? (a urbain.) C'est elle seule qui • peut te rendre heureux?
URBAIN
Oui, ma mère, et, si je t'ai quelquefois prouvé mon dévouement... ^
LA MARQUISE
Si tu me l'as prouvé ! Mais elle, elle t'aime donc ?
Ahl qui sait?
LA MARQUISE, passant à gauche.
Va la chercher.
URBAIN
Vous lui direz...?
LA MARQUISE
Que, si elle ne t'aime pas, elle est folle, (urbain jette un cri de
joie, embrasse sa mère et sort par le fond.)