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On savait que Jean Bart venait demander au roi une grâce, —une grâce que le roi avait déjà refusée deux fois.
On ne faisait pas parvenir au roi les demandes d’audience de Jean Bart il fallait que Jean Bart prit le cabinet du roi par surprise.
Jean Bart mit de côté ses fameux habits de drap d’or doublé d'argent, qui faisaient tant de bruit dans les salons de Paris, revêtit son simple costume d’officier supérieur de la marine, passa seulement à son cou la chaîne d’or que le roi lui avait donnée autrefois en récompense de ses exploits, et se présenta à l’antichambre de Sa Majesté, comme s’il avait sa lettre d'admission.
“Monsieur le capitaine de frégate, demanda l'officier chargé d'introduire les solliciteurs près du roi: monsieur le capitaine de frégate, avez-vous votre lettre d'audience ?
—Ma lettre d'audience? dit Jean Bart; pourquoi faire ? Je suis, certes, assez bon ami du roi pour qu'il n’y ait pas besoin de toutes ces niaiseries-là entre nous. Dites-lui que c’est Jean Bart qui demande à lui parler, et cela suffira.
—Du moment où vous n'avez pas de lettre d'audience, reprit l'officier, personne ne se permettra de vous annoncer.
—Mais j'ai besoin qu’on m’annonce, fit Jean Bart, et je ne m’annoncerai pas bien moi-même !
Et il s’avança vers la porte de communication.
—Ün ne passe pas, mon officier, dit le mousquetaire de faction.
Est-ce la consigne? demanda Jean Bart.
—C'est la consigne, répondit le mousquetaire.
Respect à la consigne,” dit Jean Bart.
Puis, s’adossant à la boiserie, il tira une pipe du fond
de son chapeau, la bourra de tabac, battit le briquet, et
Palluma.
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“Je vous ferai observer, Mor ieur le capitaine de frégate, dit l'officier, qu’on ne fume pas dan: l’antichambre üu roi.
— Alors, qu’on ne m'y fasse nes attendre : moi, je fume toujours quand j'attends,
—Monsieur le capitaine de frégate, je vais être obligé de vous faire sortir.
Avant que j'aie parlé au roi! fit Jean Bart en riant. Ah! je vous en défie bien.”
Et, en effet, ce n’était Pas, Comme nous l'avons dit, chose facile que de mettre Jean Bart à la porte ; de deux maux choisissant le moindre. et surtout le moins dangereux. loffcier alla dire au roi :
“Sire, il y a dans votre antichambre un officier de marine qui fume, qui nous défie de le faire sortir, et qui nous déclare qu'il entrera malgré nous.”
Louis XIV ne se donna pas même la peine de chercher.
“Je parie que c’est Jean Bart PF? dit-il.
L'officier s’inclina.
“ Laissez-le finir sa pipe, dit Louis XIV: et faites le entrer.”
Jean Bart ne finit pas «a pipe: il la jeta dans la cheminée et s’élanca vers le cabinet du roi. Mais à peine en eut-il franchi le seuil. qu'il s'arrêta, saluant res pec= tueusement Louis NIV.
Jean Bart était arrivé à son but. Il se trouvait en face du roi avec la même adresse qu'il manœuvrait devant les escadres ennemies. 1]! conduisit la conversation à travers les écueils, les passes, les rochers, où il voulait l’amener ; c’est-à-dire qu'ayant commencé par se faire faire force compliments sur sa sortie du port de Dunkerque où il était étroitement bloqué par les Anglais: sur l'incendie de plus de quatre-vingts bâtiments ennemis qu’il brûla en mer; et enfin sur sa descente à Newcastle,—i] mit un
genou en terre devant le roi, et finit par lui demander la
LA
grâce de Keyser, son matelot, condamné à mort pour avoir tué son adversaire en duel.
Le roi hésitait.
Jean Bart, que l’amitié fraternelle qu’il portait à Keyser rendait éloquent, pria, adjura, conjura !
Jean Bart, dit Louis XIV, je vous accorde ce que j'ai refusé à Tourville.
—Sire, répondit Jean Bart, mon père, deux de mes frères, vingt autres membres de ma famille, sont morts au service de Votre Majesté. Vous me donnez aujourd’hui la vie de mon matelot, je vous donne quittance pour celles des autres.”
Et Jean Bart sortit, pleurant comme un enfant, et criant: “ Vive le roi !” à tue-tôte,
Ce fut alors qu'enveloppé par tous les courtisans désireux de faire la cour à un homme qui était demeuré plus d’une demi-heure en audience privée avec Louis XIV, et ne sachant comment sortir de ce cercle vivant qui commençait à l’étouffer, il profita de ce qu’un des courtisans lui demandait :
Monsieur Jean Bart, comment done êtes-vous sorti du port de Dunkerque, bloqué comme vous l'étiez par la flotte anglaise ?
-Vous voulez le savoir? répondit-il.
Oui, oui, s’écrièrent-ils tous en chœur: cela nous ferait grand plaisir.
—Eh bien! vous allez voir, Je suis Jean Bart, n’est-ce pas? Vous êtes la flotte anglaise; vous me bloquez dans Pantichambre du roi; vous m’empêchez de sortir. Eh bien, vi! vlan! pif! paff! voilà comment je suis sorti !”
Et à chaque exclamation, allongeant un coup de pied ou un coup de poing à celui qui était en face de lui et l’en voyant tomber sur son voisin, il s’ouvrit un pessage jusqu’à
la norte
Terres
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Arrivé là:
‘ Messieurs, dit-il, voilà Comment je suis sorti dn por de Dunkerque.”
Et il sortit de l’anti. hambre du roi.
By permission Of CALMAX*X Lévy, Paris.
8 UN NEZ GELÉ ALEXANDRI Dumas
Un jour, à Saint-Pétersbourg, je me décidai de faire mes courses en me promenant. Je m'armai de pied en cap contre ies hostilités du froid ; je m’e nveloppai d’une grande redingote d’astracan. je m’enfonçai un bonnet lourré sur les oreilles, je roulai autour de mon cou une cravate de cachemire, et je m’aventurai dans la rue, n'ayant de toute Ma personne que le bout du nez à l'air.
D'abord tout alla à merveille; je m’étonnai même du peu F'npression que me causait le froid, et je riais tout bas de tous les contes que j'en avais entendu faire : J'étais, au reste, enchanté que le hasard m eût donné cette occasion pour m'acclimater. Néanmoins, comme les deux premiers écoliers chez lesquels je me rendais n'étaient point chez eux, je cominencais À trouver que le hasard faisait trop bien les choses, lorsque je crus remarquer que ceux que je rolsais me regardaïent avec une certaine in . mais cependant sans me rien dire. Bientôt un mon: , plus causeur, à ce qu'il paraît, que les autres, me dit en passant : Voss! Comme je ne savais pas un mot de russe, je crus
que ce n'était pas la peine de m'arrôter pour un mono
Î l Vilabe, et je continuai mon chemin \u coin de la rue des Pois, ie ren ontrai un cocher qui passait ventre à terre en conduisant son traîneau: mais <i rapide que fût sa ourse, 1! se crut obligé de me parler à son tour et me oris + L.: * : E , sf +
or
Noss ! noss! Enfin, en arrivant sur la place de l'Amirauté, je me trouvai en face d’un moujik qui ne me cria rien du tont. mais qui, ramassant une poignée de neige, se jeta sur moi, et avant que j'eusse pu me débarrasser de tout mon attirail, se mit à me débarbouiller la figure et à me frotter particulièrement le nez de toute sa force. Je trouvai la plaisanterie assez médiocre, surtout par le temps qu'il faisait, et tirant un de mes bras d’une de mes poches, je lui allongeai un coup de poing qui lenvoya rouler à dix pas. Malheureusement ou heureusement pour moi, deux paysans passaient en ce moment qui, après m'avoir regardé un instant, se jetèrent sur moi, et malgré ma défense, me maintinrent les bras, tandis que mon enragé moujik ramassait une autre poignée de neige, et, comme «il ne voulait pas en avoir le démenti, se précipitait de nouveau sur moi. Cette fois, profitant de l'impossibilité où j'étais de me défendre, il se mit à recommencer ses frictions. Mais, si j'avais les bras pris, j'avais la langue libre: croyant que j'étais la victime de quelque méprise ou de quelque guetapens, j'appelai de toute ma force au secours Un officier accourut et me demanda en français à qui j’en avais.
“ Comment, monsieur! m’écriai-je en faisant un dernier eflort et en me débarrassant de mes trois hommes, qui, de l'air le plus tranquille du monde, se remirent à continuer leur chemin, l’un vers la Perspective, et les deux autres du côté du quai Anglais, vous ne voyez don pas ce que ces drôles me faisaient ?
Que vous faisaient-ils don
Mais ils me frottaient la figure avec de la neis Est-ce que vous trouveriez cela une plaisanterie de bon oût par hasard, avec le temps qu’il fait ?
Mais, monsieur, ils vous rendaient un énorm service, me répondit mon interlocuteur en tre regardant comm
nous disons, nous aut Francais, dans le blanc dos veux
HE ep Un : 4!
sous ali à Maud ciné déobt
My 4
—Comment cela ?
Sans doute, vous aviez le nez gelé, Miséricorde ! m'écriai-je en Portant [a main à Ja Partie menacée, — Monsieur, dit un Passant en s'adressant à l’interlocuteur, monsieur l'officier, je vous préviens que votre nez gèle. —Merci, monsieur.” dit l'officier, comme si on leût prévenu de la chose Ja plus naturelle du monde,
Et se baissant, il ramassa une poignée de neige et se
rendit à lui-même le service que m'avait rendu le pauvre
moujik que J'avais si brutalement récompensé de son obligeance.
* C'est-à-dire alors. monsieur, que, sans cet homme... — Vous n’auriez plus de nez, continua l'officier en se frottant le sien.
Alors, monsieur. permettez...”
Et je me mis à Courir après mon moujik, qui, croyant que je voulais achever de l’assommer, se mit à courir de son côté, de sorte que, comme la crainte est naturellement plus agile que la reconnaissance, je ne l’eusse probablement jamais rattrapé si quelques Personnes, en le voyant fuir et cn me voyant le poursuivre. ne l’eussent pris pour un voleur, et ne lui eussent barré le chemin. Lorsque j’arrival, je le trouvai parlant avec une grande volubilité, afin de faire comprendre qu’il n'était coupable que de trop de Philanthropie: dix roubles que je Jui donnai expliquèrent la chose. Le moujik me baisa les mains, et un des assistants, qui parlait francais. m'invita à faire désormais plus
d'attention à mon n: L'invitation était inutile : pendant
tout le reste de ma course, Je ne le perdis pas de vue.
By Permission of CALMANX Lévs Paris,