‹ The Ontario high school French reader [microform]Chapitre 6 sur 35 · PART IT · texte numérisé non relu

PART IT

CONTES CHOISIS 1. UN OISEAU INTELLIGENT Histoire racontée à un enfant

The following little story was written by JEAN Passy (1866- 1898), a young writer and scholar, whose work both in literature and in the study of phonetics showed such great talent that his early death occasioned the deepest regret. The charm of this story is in the simplicity and purity of his style,

[1 ÿ avait une fois un petit oiseau, qui avait très très soif. C'était en Provence, dans une des provinces les plus chaudes et les plus sèches de la France, une de celles où il pleut le moins. Et le petit oiseau avait fait son nid dans une des parties les plus chaudes et les plus sèches de la Provence. Il y avait bien une source dans le bois où le petit oiseau avait fait son nid; mais, tout autour, il y avait une grande plaine pierreuse, et des montagnes pierreuses, sans arbres et sans eau.

Justement, cette année-là, il avait fait très sec. Il n'avait pas plu du tout depuis que le petit oiseau avait fait son nid, au printemps. J/’été était venu, le soleil était devenu de plus en plus chaud, et il avait séché toutes les mares, toutes les sources et même beaucoup de puits. La source du petit oiseau avait cessé de couler comme

les autres. Pendant quelques jours, il était resté encore

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petit oiseau avait aller sy rafraîchir le bec: et puis tout avait séché. Alors Je petit oiseau avait commencé à souffrir beau oup de la soif.

I aurait bien pu s'envoler tout de suite et aller s'installer auprès d’une grande rivière. Mais ses œufs, qu’il avait couvés depuis bien des jours, venaient d’éclore: il avait maintenant quatre jolis petits, et il ne pouvait vraiment pas les laisser mourir, Et puis la pluie viendrait sans doute bientôt. Il v avais si longtemps qu'il ne pleuvait pas; Ça ne pouvait pas durer.

Pourtant, un jour passe, deux jours passent, et il ne pleuvait toujours pas:

plus en plus soif: si soif qu'ils passaient le

jour à haleter, le bec ouvert, les ailes écartées,

et le petit oiseau et ces petits avalent de

Le matin du troisième jour, le petit oiseau se décide à

aller dans les environs chercher s’il ne trouverait pas de

l’eau quelque part. Il vole, il vole, il vole; mais il ne voyait tou 'UTS que les champs secs et blancs, que le soleil rendait éblouissants comme la neige et brûlants comme une fournaise. D'eau, il n’y en avait pas trace. Le petit oiseau étouffait, Il ne pouvait presque plus respirer, tant il avait chaud et soif: il avait peine à se soutenir, et. peu à peu, ses ailes battaient plus lentement, et il retombait vers la terre.

Il allait presque la toucher. quand il aperçoit, juste

au-dessous de lui, une bouteille avec un peu d’eau dedans.

C'était la vie, si le petit oiseau avait pu Ja boire. Mais comment faire? L'eau n’arrivait pas jusqu’au goulot: le goulot était trop petit pour y enfoncer la tête; et le petit oiseau n'était pas assez fort pour renverser ]a bouteille. ou pour la casser avec son bec, Pauvre petit oiseau! I]

regardait l’eau à travers le verre. et ça lui donnait encore

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HIGH SCHOOL FRENCH READER 13 reverrait plus ses pauvres petits; car il sentait bien qu’il était trop faible maintenant pour retourner jusqu'au nid. Il n’y avait plus qu’une chose à faire: se cacher sous une motte de terre, à l’abri du soleil, et attendre la mort.

Tout d'un coup, le petit oiseau a une bonne idée: il y avait là, tout autour de lui, une quantité de petites pierres: il en prend une avec son bec, il la porte auprès de la bouteille, et il la laisse glisser dans le goulot; la pierre tombe au fond de l’eau, et l’eau monte un peu dans la bouteille. Le petit oiseau prend une seconde pierre, il la jette encore dans la bouteille, et l’eau monte encore un peu. Il en jette une troisième, et puis une quatrième, et il continue comme ça à jeter des petites pierres dans l’eau, et l'eau continue à monter dans la bouteille, jusqu’à ce qu'enfin elle arrive au goulot. Alors le petit oiseau y plonge son bec, prend une goutte d’eau, relève la tête, et boit avec délice. Elle devait être bien chaude, cette eau, qui était là, au grand soleil, depuis le matin. Mais comme elle lui paraissait bonne! Et comme il sentait la vie et la force lui revenir à mesure qu’il buvait !

C'était probablement un pique-nique qui avait laissé là cette bouteille: car tout autour, il y avait des papiers gras, des coques d'œufs, des miettes de pain. De sorte que le petit oiseau, après avoir bu, pouvait manger.

Mais ce n’était pas tout de boire et de manger. Il fallait encore porter à ses petits de quoi boire et manger. Comment faire? Le petit oiseau,—pas bête, prend dans son bec quelques miettes de pain, trempe son bec dans l’eau, le remplit autant que possible, et revole bien vite à son nid

Ses petits l’attendaient tout haletants, le bec ouvert, les ailes écartées, presque morts de soif. Tout d’un coup ils voient leur maman qui arrive en volant, en volant di toute sa force, qui se perche sur le bord du nid. et qui leur

tend son bec plein de pain trempé, Quel bonheur!

Comme ils se jettent dessus! Comme ils se disputent! Comme ils

avalent ce bon pain que leur maman leur apporte !

Mais ce n’était rien, une bouchée,

pour quatre petits affamés.

Et tout de suite la maman repart, pour aller chercher une autre becquée de pain trempé. Et toute la journée, elle continue à faire la navette entre la bouteille et le nid, de sorte que le soir ils s’endorment tous les cinq tranquillement, bien heureux et bien remplis

Le lendemain matin, le petit oiseau recommence ses allées et venues, et il continue tous les jours suivants: jusqu'à ce qu’enfin un grand orage à éclaté qui a rempli toutes les mares et tous les puits, et fait couler tous les ruisseaux et toutes les sources,

Voilà un petit oiseau qui était joliment intelligent, n'est-ce pas ?

—From the “ Chrestomathie Française ‘ By permission of B. G. TEUBNER. Leipzig.

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