‹ The Ontario high school French readerChapitre 11 sur 26 · LA DEFENSE DU PONT · texte numérisé non relu

LA DEFENSE DU PONT

Charles Guyon

Cette anecdote authentique est tirée de La Série "héroïque des Livres Eoses pour la Jeunesse. Le ministre de l'instruction publique de France a tant admiré ces petits livres qu'il en a fait acheter un grand nombre pour les faire distribuer aux bibliothèques des écoles et des collèges en France.

Aux environs d'Ypres, les Allemands cherchaient à s'emparer d'un pont dont la possession était d'une nécessité absolue pour les mouvements de leurs troupes. Ils avaient placé des forces considérables dans la plaine voisine et s'apprêtaient à tenter une attaque décisive.

Le général anglais chargea un détachement canadien Je défendre ce pont coûte que coûte, en attendant l'arrivée de puissants renforts.

"Je vous confie une mission des plus dangereuses, dit le général au capitaine canadien.

— Je le sais, mon général.

- — Les ennemis sont tout près d'ici et très nombreux.

— Mes soldats sacrifieront leur vie, s'il le faut, pour les arrêter.

— Very well! Cette position a pour nous la plus grande importance et, si l'ennemi traversait la rivière, notre armée serait compromise.

— Je tiendrai, mon général."

Les Canadiens s'établirent à l'entrée du pont, sur la rive gauche de l'Yser. Us étaient deux cents environ et n'avaient qu'une seule mitrailleuse pour défendre le passage.

Après une heure d'attente, les sentinelles crièrent:

' ' En garde ! voici les Allemands ! ' '

Ceux-ci sortaient d'un bois situé sur la rive droite, à peu de distance du pont; leur nombre augmentait sans cesse et leurs masses grises inondaient les bords de la rivière.

' ' Placez la mitrailleuse à l 'entrée du pont, ordonna le capitaine canadien, il faut qu'elle fauche tous ceux qui voudront passer! Tous, feu à volonté!"

Les Allemands, pressés sur la rive opposée, se trouvaient complètement découverts ; le feu des Canadiens faisait dans leurs rangs de terribles trouées. Les ennemis hésitaient et se troublaient. On entendait les officiers crier:

' ' En avant ! traversez le pont ! ' '

Mais tous ceux qui s'avançaient étaient aussitôt tués. Malheureusement, les ennemis remplaçaient bien vite les vides et la vie des hommes paraissait ne rien leur coûter.

"D'où sortent donc tous ces Boches? se demandaient les Canadiens, plus nous en tuons, plus il en vient.

— Ils ne passeront pas quand même !

— A moins qu'ils ne comblent la rivière avec leurs morts."

Il faut dire que les cadavres formaient des monceaux sur la rive droite.

Tout à coup le canon se fit entendre. Les Allemands avaient établi, derrière eux, une batterie qui lançait la mitraille sur le pont. Les Canadiens furent cruellement décimés.

"Tenons ferme! cria le capitaine.

— Nous tiendrons jusqu'à la mort," répondirent les braves soldats.

Les canons balayaient le pont et la rive du fleuve ; les Canadiens tombaient les uns après les autres. Le capi-

taine, blessé mortellement, fit appeler le sergent.

"Prenez le commandement, lui dit-il, et tenez jusqu'au bout.

— Oui, mon capitaine."

Mais le sergent fut tué à son tour et remplacé par un caporal. Celui-ci rassembla les quelques hommes qui lui restaient encore.

"Nous avons devant nous plusieurs milliers d'Allemands et nous ne sommes plus que vingt. Que voulezvous faire, mes camarades ? Moi, je suis décidé à mourir à mon poste.

— Mourir plutôt que reculer!" crièrent tous les

Canadiens.

Les décharges des canons étaient de plus en plus violentes; en quelques minutes il ne resta plus qu'un soldat, échappé à la mort par miracle. Il regarda autour de lui et vit tous ses camarades couchés à terre.

"Si les Boches croient que je vais leur abandonner le pont, ils se trompent," se dit-il.

Il prit la mitrailleuse, la mit sur ses épaules, et, sous une pluie de feu, il la porta dans un coin abrité d'où il pouvait balayer le pont.

' ' Ici, se dit le héros, je pourrai encore les arrêter longtemps. ' '

Assis derrière la mitrailleuse, il ne cessa de tirer, repoussant les ennemis qui osaient s'avancer sur le pont. Le courage merveilleux de ce nouveau Bayard permit aux renforts anglais d'arriver assez tôt pour s'emparer du passage et repousser les Allemands.

Le commandant des nouvelles troupes voulut féliciter le brave Canadien, mais celui-ci venait de rouler sur le sol, auprès de sa mitrailleuse. Quand on courut pour le relever, il était mort, atteint de nombreuses blessures.

Cette défense admirable, qui avait sauvé rarmée anglaise, excita un vif enthousiasme parmi les troupes alliées. On fit aux héros canadiens des funérailles dignes de leur bravoure.

From "Les Livres Boses pour la Jeimesse," by permission of the

Librairie Larousse, Paris

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