MA NORMANDIE
Frédéric Bérat, chansonnier français, né à Rouen en 1801, mort à Paris en 1855, obtint de grands succès avec les jolies chansons dont il écrivit les paroles et la musique. Quelques-uns de ces gentils poèmes, empreints parfois de mélancholie et d'émotion, sont d'heureuses inspirations. Il faut citer: Ma Normandie, Ma Petite Toinette, le Berger normand, etc.
Quand tout renaît à l'espérance Et que l 'hiver fuit loin de nous ; Sous le beau ciel de notre France, Quand le soleil revient plus doux; Quand la nature est reverdie.
Quand l'hirondelle est de retour.
J'aime à revoir ma Normandie !
C'est le pays qui m'a donné le jour.
J'ai vu les lacs de l'Helvétie, Et ses chalets, et ses glaciers ; J'ai vu le ciel de l'Italie, Et Venise et ses gondoliers !
En saluant chaque patrie Je me disais; Aucun séjour N'est plus beau que ma Normandie !
C 'est le pays qui m 'a donné le jour.
Il est un âge dans la vie
Où chaque rêve doit finir,
Un âge oii l'âme recueillie
A besoin de se souvenir.
Et quand ma muse refroidie
Aura fini ses chants d'amour,
J'irai revoir ma Normandie:
C 'est le pays qui m 'a donné le jour.
HTGH SCHOOL PRENCH READER
Place et Colonne Vendôme LE DÉJEUNER DE NAPOLEON
L'une des plus habituelles fantaisies de Napoléon était de parcourir Paris incognito, à la manière du sultan des Mille et une nuits. Dans ces excursions à travers la ville, il était toujours vêtu d'une redingote grise entièrement boutonnée sur la poitnne. Il portait un chapeau rond à larges bords. Impatient de voir le monument de la colonne Vendôme terminé, il voulut le visiter luimême.
Dans ce but, il sortit du palais avant le jour, suivi du maréchal Duroc. Il traversa le jardin des Tuileries et se rendit sur la place Vendôme au moment où le crépuscule commençait à joindre. Après avoir examiné la gigantesque ''Siar^nTeoans tous ses détails et s'être promené à l 'entour pendant trois quarts d'heure, l'empereur continua son chemin en suivant la rue Napoléon
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(aujourd'hui rue de la Paix), et tournant à droite, il remonta le boulevard en disant gaiement à Duroe : "Il faut que messieurs les Parisiens soient bien paresseux dans ce quartier puisque toutes les boutiques sont encore V* fermées, quoiqu'il fasse grand 2onr.^'^^JSr^à\&.0-^^y'^''^^Ç'^
Tout en causant, il arriva devant un restaurant Mont la façade avait été depuis peu remise à neuf. ' ' Si nous entrions là pour déjeuner? Qu'en pensez-vous? dit Napoléon à Duroe ; cette tournée ne vous a-t-elle pas donné de l'appétit? — Sire, c'est trop tot^il n'est encore que huit heures. — Bah ! votre montre retarde toujours." Et l'empereur entre dans le café, s'assiad^ une table, appelle le garçon et lui demande des coïelettes de mouton, une omelette aux fines herbes (c'étaient ses mets favoris), et du vin de Chambe^in. -f^ûii
Après avoir mangé detrei^bon appetit^et avoir pris une demi-tasse de café, qu'il prétendait être meilleur que celui qu'on lui servait habituellement aux Tuileries, il appela le garçon, lui demanda la carte et se leva en disant à Duroe: "Payez et allons. à la jiaison; il est temps." Puis, se posant surTesemrdeiâ porte du café, les mains croisées sur le dos, il se met à siffler entre ses dents un air italien.
Le maréchal s'était levé en même temps que l'empereur et après avoir vainement fouillé toutes ses poches, il découvrit enfin que dans la précipitation qu'il avait mise le matin à s'habiller, il avait oublié sa bourse. Or, il savait que Napoléon ne portait jamais d'argent sur lui et il était incertain de ce qu'il devait faire dans ce cas. Le garçon attendait. L'addition montait à douze francs.
Pendant ce temps, l'empereur, qui n'avait rien vu de tout cela, peu habitué à ce qu'on le fît attendre, n'entend pas la lenteur que Duroe met à le rejoindre ; déjà même
il a tourné la tête plusieurs fois de son côté, en disant d'un ton d'impatience: "Allons, dépêchons-nous ; il se fait tard." En effet, déjà les campagnards arrivaient de tous côtés; les laitm-es H lès porteurs d'eau circulaient. Le maréchal prend enfin son parti et s 'approchant de la maîtresse du café, qui se tient au comptoir, lui dit d'un ton poli mais un peu honteux: "Madame, mon ami et moi sommes sortis ce matin un peu précipitamment ; nous avons oublié de prendre notre bourse, mais je vous donne ma parole que dans une heure je vous enverrai le montant de cette note. — C'est possible, monsieur, reprit froidement la dame, mais je ne ^ vous connais ni l'un ni l'autre, et tous les jours je suis :>i attrapée de la même manière. Vous savez que . . . — iQ Madame, nous sommes des gens d'honneur, des officiers j^ de la garde, interrompit Duroc. — Oui, jolies pratiques, en effet, que les officiers de la garde! — Madame, dit le garçon à la maîtresse puisque ces messieurs ont oublié de prendre de l'argent, je réponds pour eux, persuadé que ces bons officiers ne voudront faire tort à un pauvre garçon de café. Voici les douze francs. — Autant de perdu pour vous," dit la maîtresse du café.
Chemin faisant, Duroc raconta à l 'empereur son aventure. Napoléon en rit de bon cœur. Le lendemain, un officier, auquel le maréchal avait donné des instructions spéciales précises, entrait au café et s 'adressant à la maîtresse de la maison : ' ' Madame, n 'est-ce pas ici quo deux messieurs vêtus l'un et l'autre de redingotes grises, sont venus déjeuner hier, et n 'ayant pas d 'argent ? . . . — Oui, monsieur, répond la dame, c'est ici. — Eh bien! madame, c'était Sa Majesté l'empereur et monsieur le maréchal Duroc. Puis-je parler au garçon qui a payé pour eux ? ' '
La dame, prête à a^^vanoiiir, fait appeler le garçon et l'officier lui remet un rouleau deTïkpweons. Quelques jours après, il fut nommé valet dans la maison de l'empereur.