‹ The Ontario high school French readerChapitre 6 sur 26 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

Jeanne d'Arc naquit à Domrémy, en Lorraine, en 1412. La France était alors dans une situation terrible. Jeanne avait entendu dans la maison de son père raconter la grande misère qui régnait alors au pays de France. Depuis plus de quatre-vingts ans la famine et la guerre duraient. Les Anglais étaient maîtres de presque toute la France; ils s'étaient avancés jusqu'à Orléans et avaient mis le siège devant cette ville ; ils pillaient et rançonnaient le pauvre monde. Les ouvriers n'avaient point de travail, les maisons abandonnées étaient en ruines, et les campagnes désertes étaient parcourues par les brigands. Le roi Charles VII, trop indifférent aux misères de son peuple, fuyait devant l'ennemi et oubliait dans les plaisirs et les fêtes la honte 3e l'invasion.

Lorsque la simple fille pensait à ces tristes choses, une grande pitié la prenait. Elle pleurait, et priait Dieu et les saints du paradis de venir en aide à ce peuple de France que tout semblait avoir abandonné.

Un jour, à l'heure de midi, tandis qu'elle priait dans le jardin de son père, elle crut entendre une voix qui disait : — Jeanne, va trouver le roi de France ; demandelui une armée, et tu délivreras Orléans. ^^ -^^ a,.^^

Jeanne était timide et douce ; elle se mit à fondre en larmes. Mais d 'autres voix continuèrent à lui ordonner de partir, lui promettant qu'elle chasserait les Anglais. Enfin, persuadée que Dieu l'avait choisie pour délivrer la patrie, elle se décida à partir.,^^^ n^^d»'*^^-

Tout d'abord elle fut traitée de folle, mais la ferme douceur de ses réponses parvint à convaincre les plus incrédules. Le roi lyi-même finit par croire à la mission de Jeanne, et lui confia une armée.

A ce moment les Anglais étaient encore devant Orléans, et toute la France avait les yeux fixés sur la malheureuse ville, qui résistait avec courage, mais qui allait bientôt manquer de vivres. ' Jeanne. à,la tête de sa petite armée, pénétra dans Orléans maigre les Anglais. Elle amenait avec elle un convoi de vivres et de munitions. Alors les courages se ranimèrent et Jeanne, entraînant le peuple à sa suite, sortit de la ville pour attaquer les Anglais.

Dès la première rencontre, elle fut blessée et tomba de cheval. Déjà le peuple, la croyant morte, prenait la fuite. Mais elle, arrachant courageusement la flèche restée dans la plaie et remontant à cheval, courut vers les retranchements des Anglais. Elle marchait au premier rang et enflammait, ses soldats par son intrépidité. Toute l'armée la suivit; et les Anglais furent chassés. Peu de jours après ils furent forcés de lever le siège.

Après Orléans, Jeanne se dirigea vers Reims, où elle voulait faire sacrer le roi. D'Orléans à Reims la route était longue et couverte d'ennemis. Jeanne les battit à

chaque rencontre, et son armée entra victorieuse à Reims, où le roi fut sacré dans la grande cathédrale.

Jeanne déclara alors que sa mission était finie et qu'elle devait retourner à la maison de son père. Mais le roi ne voulut pas y consentir et la retint en lui laissant le commandement de l 'armée.

Bientôt Jeanne fut blessée à Compiègne, prise par trahison et vendue aux Anglais qui l'achetèrent dix mille livres. Puis les Anglais la conduisirent à Rouen, où ils l 'emprisonnèrent.

Le procès dura longtemps. Les juges faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour embarrasser Jeanne, pour la faire se contredire et se condamner elle-même. Mais elle, répondant toujours avec droiture et sans détours, savait éviter leurs embûches.

— Est-ce que Dieu hait les Anglais ? lui demandait-on.

— Je n'en sais rien, répondit-elle; ce que je sais, c'est qu'ils seront tous mis hors de France, sauf ceux qui y périront.

On lui demandait encore comment elle faisait pour vaincre :

— Je disais : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j 'y entrais moi-même. . . . Jamais je n'ai vu couler le sang de la France sans que mes cheveux se levassent.

Après ce long procès, après des tourments et des outrages de toute sorte, elle fut condamnée à être brûlée vive sur la place de Rouen. ... En écoutant cette sentence barbare, la pauvre fille se prit à pleurer. — Rouen! Rouen! disait-elle, mourrai-je ici? . . . Mais bientôt ce grand cœur reprit courage.

Elle marcha au supplice tranquillement; pas un mot de reproche ne s'échappa de ses lèvres ni contre le roi

qui l'avait lâchement abandonnée, ni contre les juges injustes qui l'avaient condamnée.

Quand elle fut attachée sur le bûcher, on alluma. Le frère qui avait accompagné Jeanne d'Arc était resté à côté d'elle, et tous les deux étaient environnés par des tourbillons de fumée. Jeanne, songeant comme toujours plus aux autres qu'à elle-même, eut peur pour lui, non pour elle, et lui dit de descendre.

Alors il descendit et elle resta seule au milieu des flammes qui commençaient à l'envelopper. Elle pressait entre ses bras une petite croix de bois. On l'entendit crier : Jésus ! Jésus ! et elle mourut.

Le peuple pleurait; quelques Anglais essayaient de rire, d'autres se frappaient la poitrine, en disant:

— Nous sommes perdus; nous avons brûlé une sainte.

Jeanne d 'Arc est l 'une des gloires les plus pures de la patrie. Les autres nations ont eu de grands capitaines qu'ils peuvent opposer aux nôtres. Aucune nation n'a eu une héroïne qui puisse se comparer à cette humble paysanne de Lorraine, à cette noble fille de France.

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