CHAPITRE XL
Les troupes de dombarous ou comédiens ambulants qui parcourent les jungles, pour récréer les gens de leur tribu, sont assez facilement admis également dans les villages habités par les membres des castes infimes, tels que bergers, chasseurs d'éléphants et de fauves, et éducateurs d'abeilles, qui n'ont point le moyen de payer des baladins d'une condition plus relevée.
Ces dombarous composent eux-mêmes les farces qu'ils représentent, dans lesquelles, à la grande joie du menu peuple, ils bafouent avec un sans-gêne extraordinaire, dieux, brahmes, rajahs, vaysias et bayadères, sans que personne ait jamais songé à mettre un terme à ces hardiesses.
Le goût européen ne supporterait pas 1a lecture de la plupart de ces drames licencieux jusqu'à l'obscénité, près desquels les sotties les plus osées du moyen âge ne seraient que d'innocents passe-temps. Nous avons donc dû choisir, pour lui faire affronter la publicité, celle de ces farces qui, par la nature même de son sujet, s'éloignait le plus de ces situations, que les domfaann» se complaisent d'ordinaire à représenter, telles que le viol, l'adultère, et jusqu'aux crimes contre nature, qui s'accomplissent en pleine scène, au grand contentement des spectateurs de tout âge et de tout sexe.
Ce n'est pas que la pièce que nous nous hasardons à traduire soit bien soucieuse de la morale, ce serait demander beaucoup trop à une littérature qui ne tronve un frein salutaire ni dans la loi, ni dans les mœurs, maïs enfin elle ne présente aucune de ces situations que nous venons de signaler, et quant aux hardiesses que nous n'avons pu faire disparaître, notre intention n'étant pas de faire une paraphrase, mais une traduction, le lecteur, pour se placer au . point de vue où elles doivent être jugées, voudra bien se souvenir de la liberté d'allures du vieux théâtre grec, et se rappeler également que nous constatons un état particulier de civilisation, sans nous être donné précisément la tâche d'en voiler toutes les plaies.