V. Appendice I, iij
xlviij INTRODUCTION
Il est peu probable qu'ils se soient joints à Frédéric-Henry, ainsi que le dit le Dictionary of National Biography. Le siège commença le 23 juillet et la ville ne se rendit que le 7 octobre suivant. Or, le comte et son intendant reprirent le chemin de l'Angleterre vers le milieu du mois d'août et, le 23 de ce mois, ils s'embarquèrent à la Brille. Ils étaient à peine sortis du port qu'un vent furieux se leva. Malgré leurs efforts pour regagner La Brille, ils furent entraînés en pleine mer. Le vaisseau qui les transportait était une petite pinace de vingt-cinq tonnes seulement, mal construite et mal gréée. Pendant trois jours et trois nuits, ils furent ballotés dans cette coquille de noix, s'attendant à la voir couler à chaque instant. Les nuits surtout étaient terribles. Car, dans l'obscurité, le danger devenant imprécis, n'en paraissait que plus redoutable aux passagers épouvantés. Wilson les entendait qui, à chaque mouvement du bateau, recommandaient leur âme à Dieu. Pour lui, il était dans un état de prostration qui diminuait grandement ses souffrances morales. Wilson et la mer ne purent jamais s'accorder. En cette occasion, il était incapable du moindre mouvement. Il ne put que se coucher et se préparer à la dissolution. Mais « pendant que son corps s'attendait à être logé dans les chambres de la mort, son âme travaillait à gagner la vie ».
Enfin le quatrième jour (26 août), ils purent aborder à l'île Texel, et de là regagner La Haye. Comme les vents étaient toujours contraires, Warwick résolut d'attendre le beau temps, mais il dépêcha Wilson en Angleterre par la route des Flandres. Il lui confia des lettres pour quelques grands personnages de la cour. Wilson était muni d'un saufconduit de Sir William Boswell ^, résident de Charles à La Haye, et d'une recommandation pour le gouverneur de Bruges 2. Mais dans cette dernière ville, on l'arrêta ; on saisit ses dépêches que l'on envoya
1. Sir William Boswell succéda à Sir Dudley Carleton comme ambassadeur à La Haye. C'était aussi un savant aux connaissances étendues.
2. Paul-Bernard, comte de Fontaines. Il fut tué à Rocroy. Cf. Lettre de Wilson au comte de Warwick. (Appendice I, i).
LES AVENTURES d'aRTHUR WILSON xlix
au Cardinal-Infant i, sous prétexte que le gouverneur avait défendu de laisser passer tout voyageur venant du pays rebelle. Puis on le fit garder à vue par deux soldats. Grâce à un de ses compatriotes 2, établi dans la ville, Wilson put se débarrasser de ces gênants gardes du corps, tout en restant prisonnier sur parole. En attendant les ordres du Cardinal et l'intervention de M. Gerbier ^, Wilson se logea à l'enseigne du Cerf-Blanc ^. Pour se distraire, il se rendait journellement au couvent des nonnes anglaises. Il y avait retrouvé une fille de Mr. Chetwin, de Riggelie^, dans le Staffordshire, avec qui il était lié depuis longtemps. Son puritanisme naissant lui faisait considérer avec curiosité les pratiques de la religion catholique. Il accueillait avec satisfaction les scandales qui couraient sur le compte des nonnes; et sa malice trouvait à s'exercer aux dépens de l'aumônier du couvent ^. La ville était pleine également de jésuites anglais et écossais. Wilson les fréquentait volontiers. Il les faisait bavarder sur leur religion. On daubait ensemble sur le « petit archevêque de Canterbury ». Il y avait parmi eux un vieillard avec qui Wilson était au mieux. Le
1. Ferdinand d'Espagne, troisième fils du roi Philippe III, cardinal, nommé, en 1655, gouverneur des Pays-Bas.