‹ The SwisserChapitre 39 sur 100 · V. p. xlvi, n · texte numérisé non relu

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4. Robert Rich se rangea en effet du côté du roi. Le Parlement lui infligea même une amende qui lui fut remise, à la demande de son père.

5. C'était le second fils du comte de Warwick. Il épousa Mary Boyie, plus connue sous le nom de Marj-^ Rich et à laquelle il a été fait allusion à la page xlv. Apres la mort de son frère, il devint quatrième comte de Warwick (Mai 1659),

6. Au sud du comté d'Essex, où le comte de Warwick possédait un autre domaine, (C. F. Smith, Diiary %icb, etc., p. lit).

LES AVENTURES d'aRTHUR WILSON Ivij

Je traversai avec difficulté les petits villages de l'Essex. Les insurgés avec leurs listes de suspects et leurs grossiers interrogatoires nous retardèrent maintes fois. Mon but et mon prétexte étaient d'aller à Bury ; mais je comptais m'arrêter en quelque endroit, près de Long Milford, pour apprendre oii se trouvait Lady Rivers.

En arrivant à Sudbury, dans le Suffolk, tout d'abord je ne vis pas une âme. Mais des que j'eus dépassé les chaînes, les habitants coururent aux armes, et je n'avais pas atteint la place du marché que les rues fourmillèrent de monde.

On saisit mes chevaux par la bride; je descendis aussitôt du carrosse et demandai à parler au maire ou à l'un des magistrats, pour savoir la cause de ce tumulte. « Car », ajoutai-je, « nous n'avions offensé personne ». L'orateur de la foule clama : « Ce carrosse appartient à Lady Rivers et ils vont la retrouver ». (Il est vrai de dire que le gentilhomme qui m'accompagnait était connu de certaines gens de la ville.) Quelques-uns d'entre eux, qui se croyaient plus sages et plus malins, dirent que j'étais Lord Rivers. Là-dessus une cohue m'entoure et d'aucuns eurent même l'amabilité de porter la main sur moi. Mais je restai calme et suppliai la multitude qui m'encerclait de m'écouter — ce qu'elle n'avait pas eu la patience de faire, tant étaient grandes la confusion et les clameurs.

Je dis que j'étais l'intendant du comte de Warwick, lequel aimait son pays et servait le Parlement ; que j'allais à Bury pour ses affaires ; que j'avais dans ma poche des lettres ; si on les voulait montrer à l'un des magistrats, on verrait bien que j'étais un ami et un honnête homme. A ces mots l'orateur s'écria : « Des lettres ! Des lettres ! » Le sommet des arbres et toutes les fenêtres étaient noirs de curieux qui répétèrent ces derniers mots.

Enfin le maire, suivi de ses officiers, se fraya un chemin jusqu'à moi. Je lui montrai mes lettres. (Je les avais reçues de My Lord quelques jours auparavant et, redoutant des difficultés, je les avais prises sur moi, persuadé qu'elles faciliteraient mon passage.) Le maire, plein de sagesse, dit qu'il ne connaissait pas l'écriture de mon maître. « Ça pouvait être vrai et ça pouvait être faux ». Et le voilà parti, ne sachant que faire de moi; je ne savais moi-même que dire. Je m'aperçus que la populace avait grande envie des chevaux du

Iviij INTRODUCTION

carrosse (la ville' devant fournir des chevaux pour le service du Parlement) ; et par suite, elle était disposée à ne rien croire. Enfin Mr. Man, le greffier (dont le père avait été serviteur de My Lord) vint s'assurer de la vérité, m'ayant vu une fois, disait-il, à Leeze. Il annonça au maire et à la foule que j'étais bien l'intendant du comte de Warwick et son affirmation obtint créance auprès d'eux. Ainsi se dissipa ce gros nuage.

Mais il était impossible d'aller plus loin. Car j'appris de tous côtés qu'il régnait à Milford le plus grand désordre : quiconque avait l'apparence d'un gentilhomme devenait la proie de ces bandes voraces. En conséquence, Mr. Man et moi (laissant le carrosse à Sudburie), nous montâmes à cheval et nous nous rendîmes par un chemin de traverse chez Sir Robert Cranes, en nous rapprochant de Milford, pour avoir des nouvelles de la comtesse.

Sir Robert nous apprit qu'elle avait échappé jusqu'à Bury et que de là elle avait gagné Londres. Il était obligé de garder chez lui une troupe de réguliers (bien qu'il fût du parti parlementaire) pour se protéger contre la fureur de la populace. On le menaçait parce qu'il avait aidé à l'évasion de Lady Rivers. Tant il est vrai que la bête est monstrueuse lorsqu'elle tient la bride entre ses dents.

Ma mission était terminée. Le gentilhomme de My Lady poursuivit jusqu'à Londres, et moi je repris mon carrosse et retournai au château.

Au souvenir du danger qu'il avait couru, Wilson ajoute : « J'étais entouré, provoqué, malmené, sur le point d'être sacrifié à la rage d'une multitude aveuglée, et pourtant leur démence n'alla pas jusqu'au crime. Mes craintes ne furent pas assez grandes pour trahir mon innocence. C'est un bien grand effet de la bonté divine ». Nous verrons plus simplement dans l'attitude de Wilson devant la foule menaçante une nouvelle preuve de ce courage que nous lui connaissons. L'âge a seulement tempéré cette qualité d'une prudence qui la rend d'autant plus forte.

Toutefois les années n'avaient pas épuisé cette exubérance de vie animale qui, si souvent, agita sa jeunesse. Jusque dans ses derniers jours Wilson resta un casse-cou. Vers la fin VAutobiograpJde enregistre

LES AVENTURES d'aRTHUR WILSON lix

accident sur acci(ient, tous causés par sa fougue ou son imprudence. Le i8 juillet 1644, en franchissant un large fossé, il fit une chute de 1644 cheval et faillit se tuer. En novembre de l'année 1647, il tomba si malheureusement sur une palissade qu'on le releva évanoui et l'épine 1647 dorsale sérieusement lésée. En 1649, il chassait le cerf dans le parc. Il allait bride abattue. La bête fit un écart et le jeta contre une grosse 1649 branche de chêne : par bonheur, la branche était pourrie. Encore ne connaissons-nous pas tous les accidents dont ce violent fut la victime. Il a dit : « Il serait fastidieux denumérer tous les fossés et toutes les tranchées d'où il a fallu tirer mes, chevaux avec des cordes; et toutes les chutes dangereuses que j'ai failli faire dans la violence de la chasse ». Jamais homme ne fut plus souvent frôlé par la mort.

Elle se lassa pourtant de jouer et posa enfin sur lui sa griffe. Le 165 1 i®"" jour d'août 1651, Wilson sentit la nécessité de faire son testament. Le document est curieux ^. Il débute par quelques considérations philosophiques : « L'homme est comme la fleur des champs, comme une vapeur, comme la poussière, comme l'ombre qui passe ». C'est le privilège suprême des poètes que de pouvoir approcher ainsi de Toutre-tombe en répandant une dernière brassée d'images. Puis apparaît le Puritain dans un rêve de félicité céleste « que la langue ni la plume ne sauraient exprimer ». Pour la guenille qui a si « longtemps entravé son âme, l'enchaînant à la vanité et l'empêchant de monter lumineuse avec les ailes de l'amour vers l'Amour divin qui la créa », Wilson n'éprouve que mépris. Il désire qu'on enterre son corps sans ostentation. Car saint Paul a dit dans l'Epitre aux Corinthiens : « Le corps est semé dans la corruption et il ressuscitera incorruptible » ; et dans l'Epitre aux Philippiens : « Jésus-Christ changera notre corps misérable en le rendant conforme à son corps glorieux ». En homme précis, Wilson a noté en marge le chapitre et le verset.

S'arrachant enfin à cette extase ineffable, Wilson met ordre à ses affaires temporelles. Le nombre et l'importance de ses legs prouvent

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