V.—The Unknown
Par M. B. SULTE.
(Lu le 30 mai 1900.)
Nous allons parler du deuxième roman écrit au Canada sur un sujet canadien et imprimé parmi nous. Remarquez ces trois points.
En 1831 paraissait à Montréal un petit livre (prose et vers) intitulé The Unknown, par William Fitz Hawley, dans lequrl “on voit une description agréable et juste de la rivière Saint-Maurice et de ses bords, ainsi que des chutes de Shawinigan”, disait le Herald de Montréal.
Hawley avait vingt-sept ans. Déjà, en 1829, il avait publié, à Montréal, The Harp and other Poems qui lui valut une médaille décernée par la société for the Encouragement of Arts and Sciences, de Québec.
Ce jeune homme travailla, durant plusieurs années, à réunir des matériaux pour écrire l’histoire du Canada, mais un incendie lui ayant enlevé ses notes, il abandonna l’œuvre que le destin semblait écarter de sa plume. Lorsqu'il mourut, à Laprairie, en 1855, Garneau et Christie avaient successivement mis au jour les grandes pages de nos annales. Saluons toutefois en lui un talent réel et une intention rare à l’époque où il commença sa carrière.
Shawinigan ! la rivière qui tombe, se brise et rugit à côté de la ville qui “ devient” depuis trois ans! Shawinigan a inspiré notre poète il y a soixante et dix ans. La vue de l’impétueuse cataracte a frappé son imagination. Pour la faire connaître il accorde sa lyre et chante les beautés de ce paysage primitif, sans tenir compte de Pindifférence des hommes pour le spectacle de la nature, sans comprendre peut-être qu’il fut le premier à mettre dans ses vers l’éloge de cette merveille de la création, qui est, après tout, une force brutale soumise maintenant à la volonté de l’homme.
I1 a passé; on ne l’écoutait point. Le torrent continua de gronder, jusqu’au moment où il surprit l’attention des hommes de la finance qui le saisirent malgré ses bonds furieux, le harnachèrent et lui firent commandement de travailler pour nous.
Les générations à venir n’auront pas sous les yeux les formes magnifiques de cette rivière déchaînée qui coulait en se tordant et ressemblait au chaos antique, mais son énergie transformée est plus éloquente qu’autrefois. Sa rudesse sauvage représente un labeur utile. Elle donne la vie, elle attire; on se demande comment nos ancêtres ont pu s’en passer, En elle existait une richesse que personne ne devinait.