SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA
Son étrangeté faisait tout son mérite, croyait-on. Au lieu d’être un hors-d’œuvre captivant la simple curiosité, elle est une pièce de résistance, dans l’économie sociale, un auxiliaire contre la faim; ses caprices, longtemps lettres mortes, nous fournissent à présent de quoi sustenter un pays.
Les hommes marchent de la sorte, poussés vers des destinées qu’ils n’ont pas prévues. Ceux de l’an 1900, exploitent donc les forces vives cachées sous les apparences théâtrales d’une rivière qui descend des hauteurs pour étaler sa magnificence dans un vaste cirque, où l’on bâtit une ville qui la reçoit en triomphe. Ceux de 1700 n’y voyaient qu’une cascade en furie.
Hawley est enthousiasmé de Shawinigan. Pour arriver à décrire toutes ses perfections, il imagine un drame à la manière sauvage, qui se serait passé en cet endroit vers 1633, selon lui, mais que je mettrais en 1645, sinon après, vu les circonstances qu’il fait intervenir.
Les colons des Trois-Rivières, les fortitications des Français, la présence de Piescaret, les hostilités des Têtes-de-Boule ne résistent pas à la critique ni pour 1633 ni même en 1645. L'auteur agit sur des notions vagues qu’il ajuste tant bien que mal. De même dans les noms de baptême: au lieu de Léonie et Eloïse, il faudrait Jeanne et Marguerite, Au lieu de M. de Lauzon, qui n’arriva en Canada que l’automne de 1651, je placerais Godefroy, Hertel, Seigneuret, Pepin, les vrais noms des premiers trifluviens.
Il nous présente ses personnages au milieu des descriptions de la nature qui les entourait et souvent il a recours à la forme versifiée; de fait, son roman n’est qu’un prétexte pour faire des croquis de paysage:
Spirits of earth! Spirits of air!
Come to me over the silver sea ;
Lay the locks of my tangled hair, For the loved, the lost one is coming to me.
1 see her sailing on yon light cloud, With wreaths of roses upon her hung, And wildly around her moon-beam shroud, Her glistening locks of jet are flung.
I see the light of her polished bow.
I feel the beam of her laughing eye!
Come, invisible Spirits, now
And bear me away to yonder sky.
Citons une autre strophe qui se rencontre dans la bouche du héros du roman vers le milieu de ces narrations:
Again I sought my native land And stood upon its well known strand A renovated thing ; ‘Tis true, this hair is waving gray, This hand hath lost its powerful sway, And my life is near closing day, But my spirits is in its Spring.
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[suLrE] “THE UNKNOWN ” 119
L'auteur suppose que ces vers ont été composés par l’Inconnu dont il à suivi la trace et qu’il va nous présenter, en lui donnant un rôle chevaleresque dans le drame qu’il déroule sous nos yeux au centre des forêt: du Saint-Maurice. C’est une composition naïve dans ses allures et faible dans sa charpente, comme tant de romans.
Voici l’aralyse de la pièce. Première scène, aux Trois-Rivières. Un jeune homme, beau comme le jour, aussi brave qu’un lion, discret et réservé, savant et modeste, vivait seul dans une hutte au sommet du coteau, près du champ de course actuel, en contemplation devant les admirables paysages qui se déroulent à perte de vue le long du fleuve et du lac Saint-Fierre. Ce garçon, c’est l’Inconnu: T'he Unknown.
Les sauvages attaquent la petite ville. On se bat. Le solitaire tombe dans ia mêlée comme la foudre du ciel et sauve les Français. L’ennemi revient plus tard; cette fois Inconnu pousse le cri de guerre de Piescaret et sème l’épouvante parmi les Têtes-de-Boule,—mais, en fuyant, ces diables à quatre enlèvent mademoiselle Léonie de Lauzon, et le drame est noué.
Le mystérieux inconnu se transforme; il revêt les habits du guerrier des bois, mais avant de partir il dunne à M. de Lauzon un manuscrit et lui tient un discours qui signifie: “ Lisez mes vers tandis que je vais délivrer votre fille”. Il s’élance alors dans la forêt, portégé par le surnom de Pichou (le lynx) que les sauvages lui ont imposé.
Et les lunes se succèdent sans nouvelles du héros, non plus que de Léonie. Pendant ce temps-là, le père Lauzon lisait les pages sentimentales écrites par l’Inconnu. Elles racontent les aventures fantastiques d’un étranger rempli d'enthousiasme et de rêveries, échoué sur les rives poétiques de la baie de Naples,—rien du grand coteau des Trois- Rivières ni du cap aux Corneilles,
No line of age were on his brow...
None knew from whence the crazed one came...
He wandered, till a cave he found... ;
Vous voyez le tableau. Ici nous apprenons que l’Inconnu se nomme Melino et que son fils avait été tué par un certain Filario,—de là son chagrin et son goût pour les grottes et la solitude. Il médite aussi de voir l'Amérique et de civiliser les sauvages.
Il part en conséquence de cette idée humanitaire, traverse l’océan et va camper aux Trois-Rivières, ainsi que nous l’avons noté. Tout cela est en vers. Survient Piescaret, le chef de guerre algonquin. L'auteur retourne à la prose. Il faut poursuivre les Têtes-de-Boule, ramener Léonie ou périr à la tâche. On s’arme; en avant, les braves!
Eloïsc, sœut de Léonie, a la garde des manuscrits de Melino. Elle lit à sa mère, dans le fort des Trois-Rivières, les infortunes d’un seigneur