‹ The way to wealth or Poor Richard improvedChapitre 10 sur 13 · OBSERVATIONS SUR LES SAUVAGES DU NORD DE L’AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES SAUVAGES DU NORD DE L’AMÉRIQUE

C es peuples sont appellés Sauvages, parce que leurs mœurs diffèrent des nôtres, que nous croyons la perfection de la politesse : ils ont la même opinion des leurs.

Peut-être que si l’on examinoit avec impartialité les mœurs de toutes les nations de la terre, on trouveroit qu’il n’y a point de peuple si grossier qui n’ait quelque principe de civili-

4 OBSERVATIONS, sation , et point de peuple si poli qui n’ait quelque reste de barbarie.

Chez les Sauvages , la chasse et la guerre font l’occupation des jeunes gens ; les vieillards font l’office de conseillers ; car tout est réglé par le conseil et l’avis des sages ; c’est là tout le gouvernement : point de force coaclive , point de prisons , point d’hommes chargés de contraindre les autres à obéir ou d’infliger des châtimens. De là vient qu’ils s’appliquent généralement à étudier l’éloquence qui leur est propre ; celui qui parle le mieux ayant le plus d’influence.

Les femmes cultivent la terre , préparent les alimens, nourrissent et élèvent leurs enfans , conservent

et font passer à la postérité la mémoire des événemens publics. Ces différens emplois des deux sexes sont regardés comme naturels et honorables. Ayant peu de besoins factices , ils ont tout le temps de s’instruire et de profiter en conversant. Notre vie active , comparée avec, la leur , est à leurs yeux basse et servile , et les connoissances dont nous sommes si fiers , ne leur paroissent qu’inutiles et frivoles. On en vit une preuve lors du traité de Lancaster en Pensylvanie , conclu l’an i y44 entre le gouvernement de Virginie et les six Nations. Quand on fut convenu des principaux articles ; les commissaires Virginiens informèrent les Sauvages qu’il y avoitau collège de Williams.-

burg , un fonds pour l’éducation de3 jeunes Indiens, et que si les chefs des six Nations vouloient y envoyer une demi- douzaine de leurs enfans , le gouvernement pourvoiroit à ce qu’ils fussent bien soignés et instruits dans toutes les sciences des Blancs. C’est une des règles de la politesse et de la politique sauvage , dans toutes les affaires publiques , de ne jamais répondre à une proposition le même jour qu’elle a été faite : « Ce seroit, « disent -ils , traiter légèrement et <c manquer d’égards ; au lieu qu’en « prenant du temps pour examiner <( ce qu’on propose , nous prouvons « par-là l’importance que nous vou- « Ions y mettre » . Ils remirent donc leur réponse au lendemain. Alors.

SUR LES SAUVAGES. J l’orateur commença par exprimer toute la reconnoissance qu’ils avoient de l’offre généreuse des Virginiens:

« Car nous savons que vous faites « grand cas de tout ce qu’on enseigne « dans vos collèges, et que d’ailleurs « l’entretien de ces six jeunes gens « seroit pour vous un obj et de dé- « pense. Nous sommes donc convain- <c eus que , dans la proposition que «( vous nous faites , vous n’avez d’au- « Ire intention que de nous faire du « bien , et nous vous en remercions « de tout notre cœur. Mais vous qui « êtes sages , vous devez savoir que « toutes les nations n’ont pas les meet mes idées sur les mêmes choses, et « vous ne devez pas trouver mauvais « que notre manière de penser sur

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