‹ The way to wealth or Poor Richard improvedChapitre 7 sur 13 · EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

EN AMÉRIQUE

A XUSIEURS personnes en Europe ayant témoigné directement, ou par lettres , à l’auteur de cet écrit, <jui connoit très bien l’Amérique septentrionale , le désir d’y passer et de s’y établir 5 comme il lui paroît que , par ignorance , ils ont pris des idees et des espérances fausses sur ce qu’ils pourroient y obtenir , il croit faire une chose utile , et épargner le désagré-

i48 quelques mots ment de voyages et de déplacemens coûteux et sans fruit , aux personnes à qui ce parti ne convient pas , en donnant sur cette région quelques notions plus claires et plus sûres que celles qui ont prévalu jusqu’à présent.

Il voit que plusieurs imaginent que les habitans de l’Amérique septentrionale sont riches , en état et dans la disposition de récompenser toute espece d’industrie ; qu’en même temps ils ignorent toutes les sciences , et conséquemment que les étrangers qui possèdent des talens dans les belleslettres et les beaux arts doivent y être grandement estimés , et si bien payés , qu’ils deviendront ai-

sur e’amérique. 149

sèment riches ; qu’il y a aussi grand nombre d’offices avantageux dont on peut disposer, et qui demandent , pour les remplir , des qualités que les naturels n’ont pas 5 et que , comme parmi eux il y a peu de gens de famille , les étrangers de naissance doivent y être fort respectés , et par conséquent faire tous fortune , en obtenant facilement les meilleurs de ces offices 5 que le gouvernement aussi , pour encourager les émigrations d’Europe, non -seulement paye la dépense du transport personnel , mais donne gratis aux étrangers des terres avec des negres pour les cultiver , des outils de labourage et des bestiaux. Ce sont de pures

l5o QUELQUES MOTS imaginations ; et ceux qui vont en Amérique avec des espérances fondées sur ces idées , se trouveront certainement très loin de compte.

Quoiqu’il y ait , à la vérité , dans ce pays peu d’hommes aussi misérables que les pauvres d’Europe , il y en a aussi très peu de ceux qu’on y appelle riches 5 il y régné plutôt une heureuse et générale médiocrité : il y a peu de grands propriétaires de terre , et peu de tenanciers. La plus grande partie des hommes cultive ses propres champs 5 les autres s’attachent à quelque métier ou négoce ; fort peu sont assez riches pour vivre sans rien faire , sur leurs revenus ,

SUR l’amérique. l5l

ou pour payer les hauts prix qu’on donne en Europe pour les peintures, les sculptures , les ouvrages d’architecture , et autres produits de l’art qui sont plus curieux qu’utiles : de-là ceux qui sont nés en Amérique avec des dispositions naturelles pour ces talens , ont, sans exception , quitté ce pays pour l’Europe , où ils peuvent être plus avantageusement récompensés. Il est vrai que les lettres et les connoissances mathématiques y sont en estime ; mais elles sont en même temps plus communes qu’on ne le croit , puisqu’il existe déjà neuf colleges ou universités , savoir t quatre dans la nouvèlle Angleterre , et une dans chacun des états

l5l QUELQUES MOTS de New-York, New-Jersey, Pensylvanie , Maryland et Virginie , toutes pourvues de savans professeurs 5 sans compter nombre d’académies moins considérables :

elles enseignent à une partie de leur jeunesse les langues et les sciences nécessaires à ceux qui se destinent à être prêtres , avocats ou médecins. On n’emploie certainement aucuns moyens pour exclure les étrangers de ces professions î et le prompt accroissement d’habitans par -tout , peut leur procurer l’avantage d’être employés comme les naturels du pays.

Il n’y a qu’un petit nombre d’offices civils ou d’emplois 5 il n’y en a point de superflus , comme en

SUR u’ AMERIQUE. l53 Europe : la regie établie dans quelques états , est qu’aucun office ne doit être assez lucratif pour être désirable. Le 36e. article de la constitution de Pensylvanie , s’exprime précisément en ces mots : » Comme, pour con- 33 server son indépendance , tout 33 homme libre , s’il n’a pas un 33 bien suffisant , doit avoir quel- 33 que profession ou quelque mé- 33 tier , faire quelque commerce , 33 ou tenir quelque ferme qui puis- 33 sent le faire subsister honnête- 33 ment , il ne peut y avoir ni 33 nécessité , ni utilité d’établir des 33 emplois lucratifs , dont les effets 33 ordinaires sont , dans ceux qui J3 les possèdent ou qui les recher-

1 54 QUELQUES MOTS » chent , une dépendance ou une >3 servitude indignes d’hommes liai bres j et dans le peuple , des ai querelles , des factions , la corsa ruption et le désordre : c’est aa pourquoi , toutes les fois que , 33 par l’augmentation de ses émois lumens , ou par quelque autre sa cause , un emploi deviendra assez as lucratif pour émouvoir le désir a? et attirer la demande de plu- 33 sieurs personnes , le corps légis- 33 latif aura soin d’en diminuer les

33 profits. 33

Ces idées étant plus ou moins fortement établies dans tous les Etats-Unis , il ne peut être raisonnable pour aucun homme , ayant des moyens de vivre chez lui , de

SUR l’amériquè. 1 55 s’expatrier dans l’espoir d’obtenir en Amérique un office civil avantageux ; et les emplois militaires sont finis avec la guerre, puisqu’on a licentié l’armée. Il est beaucoup moins sensé d’y aller n’ayant d’autre titre de recommandation que sa naissance ; elle a sans doute sa valeur en Europe $ mais c’est une “denrée qu’on ne peut pas porter à un plus mauvais marché qu’à celui de l’Amérique, où on ne demande point à l’égard d’un étranger, qui est-il ? mais , que sait-il faire ? S’il possédé quelque art utile , il est le bien-venu ; s’il l’exerce et qu’il se conduise bien, il sera respecté par tous ceux qui le connoîtront :

mais celui qui n’est pas autre chose

qu’un homme de qualité , qui , pour cette raison , veut vivre aux dépens du' public par quelqu’ office ou salaire , sera regardé de mauvais œil et méprisé. Le laboureur y est en honneur , et même l’ouvrier , parcequè leurs occupations sont utiles : le peuple a coutume de dire que Dieu tout-puissant est lui-même un artisan , le plus habile qui soit dans l’univers ; et ils le respectent et l’admirent plus pour la variété , l’industrie et l’utilité de ses ouvrages, qu’à cause de l’antiquité de sa famille. Ils aiment l’observation d’unnegre, etils larépetentsouvent dans son mauvais anglais : que Boccarorra , c’est-à-dire l’homme blanc , fait travailler un noir , fait

SUR L’AMÉRIQUE. i57 travailler un cheval , fait travailler un bœuf, fait travailler tout le monde , excepté le cochon 5 il ne peut pas faire travailler le cochon , qui mange , qui boit , qui se promene , qui va dormir quand il lui plaît , et qui, enfin, vit comme un gentilhomme. D’après ces opinions des Américains , ils se croiroient beaucoup plus obliges à un généalogiste qui leur prouveroit que leurs ancêtres et leurs alliés ont été pendant dix générations, laboureurs, forgerons , charpentiers, tourneurs, tisserands, tanneurs ou même cordonniers , et par conséquent des membres utiles de la société , que s’il ne pouvoit que leur prouver qu’ils ont été gentilshommes , ne se souciant

l58 QUELQUES MOTS

que de vivre sans rien faire , du travail des autres, vraiment fruges consumere nati , * et d’ailleurs bons à rien , jusqu’à ce qu’après leur mort on puisse dépecer leur fortune comme la personne du cochon gentilhomme du negre.

A l’égard des encouragemens de la part du gouvernement pour les étrangers , il n’y a réellement que ceux qui dérivent des bonnes loix et de la liberté : les étrangers sont bien reçus , parce qu’il y a suffisamment place pour tous , et que conséquemment les anciens habi-

* Nos numerus sumus , fruges cousu»

mere nati.

Hor. epist. 2, L. i , vers. 27.

SUR. l’amérique. l5( )

tans n’en sont point jaloux. Les loix les défendent assez , pour qu’ils n’aient pas besoin de la protection d’un grand 5 et chacun jouit , avec sécurité , des profits de son savoir-faire. Mais s’il n’a pas apporté de fortune , il faut qu’il travaille pour vivre , et qu’il soit industrieux. Un ou deux ans de résidence lui donnent tous les droits de citoyen 5 mais quoiqu’ait pu faire autrefois le gouvernement , il ne forme à présent de convention avec personne pour l’engager à s’établir, soit en payant son passage, soit en lui donnant des terres , des negres, des outils, des troupeaux, ou aucune espece d’émolument :

enfin l’Amérique est le pays de

l6o QUELQUES MOTS travail , et nullement ce que les Anglais appellent Lubberland , et les Français , pays de Cocagne , où les rues sont, dit -on, pavées de petits pains , les maisons couvertes d’omelettes , et où les poulardes voltigent, toutes rôties, en criant : Venez me manger.

A quelle espèce d’hommes seroit-il donc aujourd’hui profitable de se transporter en Amérique ?

et quels avantages pourroient-ils raisonnablement attendre ?

Le pays est rempli d’immenses forêts , vuides d’habitans , et qui ne seront pas occupées d’un siecle 5 et la terre est à si bon marché , que la propriété de cent acres d’un sol fertile , couvert de bois , peut

sur l’amérique. 161

s’acquérir , dans beaucoup d’endroits près des frontières , pour huit ou dix guinées. De jeunes laboureurs vigoureux , qui s’entendent à la culture des grains et au soin des bestiaux , qui sont àpeu-près les mêmes là qu’en Europe , peuvent facilement s’y établir. Un, peu d’argent mis à part sur les gros gages qu’ils y reçoivent lorsqu’ils travaillent pour les autres , les met en état d’acheter un terrein et de commencer leur plantation $ ils sont aidés par la bonne volonté de leurs voisins et quelque crédit. Une multitude de pauvre peuple d’Angleterre , d’Irlande , d’Ecosse et d’Allemagne sont en peu d’années devenus , par

162, QUELQUES MOTS ces moyens , de riches cultiv ateurs ; tandis que , dans leur pays , où les terres sont toutes occupées , et le prix du travail modique , ils n’auroient jamais pu se tirer de la chétive condition dans laquelle ils étoient nés.

La bonté de l’air , la salubrité du climat , l’abondance de nourritures saines 7 et l’encouragement à se marier de bonne heure par la certitude d’avoir une subsistance en cultivant la terre , font que l’accroissement des habitans , par la seule fécondité du pays , est très rapide , et devient encore plus considérable par l’addition des étrangers. Il en résulte qu’on a toujours besoin d’un grand nombre

sur u’amérique. i63 d’artisans pour tout ce qui est nécessaire et utile , pour garnir les ménages des cultivateurs et leur fournir les outils de la sorte la plus grossière , et qu’il seroit plus incommode d’apporter d’Europe.

Dans tous les métiers de cette espece j les ouvriers passablement bons sont sûrs de trouver de l’emploi et d’être bien payés de leurs ouvrages ; il n’y a aucune entrave qui puisse gêner les étrangers dans l’exercice du métier qu’ils savent , et ils n’ont pas besoin de permission. S’ils sont pauvres, ils commencent par être domestiques ou journaliers £ et s’ils sont sobres , intelligens et ménagers , ils deviennent bientôt maîtres , ils tra-

vaillent pour leur propre compte , se marient , élevent leur famille , et deviennent des citoyens respectables.

Aussi ceux qui , n’ayant qu’une fortune médiocre et plusieurs enfans à pourvoir , souhaitent leur donner de l’industrie et assurer du bien à leur postérité , ont -ils la facilité de faire à cet égard en Amérique ce qui leur seroit impossible en Europe. Ils peuvent, sans craindre d’être méprisés , apprendre et pratiquer des arts méchaniques lucratifs : ils seront au contraire respectés , s’ils deviennent habiles. Les petits capitaux employés à l’achat des terres , qui journellement augmentent de va-

sub. 1/ Amérique. i 65

leur par l’accroissement de la population , donnent la perspective d’une ample fortune dans la suite pour les enfans. L’auteur de cet écrit a vu plusieurs exemples de grands terreins , sur les frontières qu’avoit alors la Pensylvanie , achetés dix livres sterlings les cent acres , qui , vingt ans après , lorsque les habitations se sont étendues beaucoup au - delà , se vendoient couramment , sans qu’on y eût fait aucune amélioration , trois livres sterlings par acre. L’acre d’Amérique est le même qu’en Angleterre et en Normandie.

Ceux qui veulent se mettre au fait de l’état du gouvernement , feront bien de lire les constitu-

1 66 QUELQUES MOTS tions des différens états et les articles de la confédération qui les lie tous ensemble pour les affaires générales , sous la direction d’une assemblée qu’on appelle Congrès.

Ces constitutions ont été imprimées en Amérique par son ordre 5 on en a fait deux éditions à Londres , et on en a publié dernièrement à Paris une bonne traduction française.

Ces dernieres années , plusieurs souverains d’Europe ont oru qu’il leur seroit avantageux de faire fabriquer dans leurs propres états ce qui sert aux commodités de la vie , d’établir des manufactures pour diminuer et rendre nulles les importations , et ils ont entrepris d’at»

SUR 1/ AMÉRIQUE. l6j

tirer les fabricans des autres pays par de hauts salaires , des privileges , etc. Plusieurs personnes prétendant se bien connoxtre dans différentes sortes de manufactures en grand , ont imaginé que l’Amérique devoit en avoir besoin , que le Congrès seroit probablement dans la disposition des souverains dont nous venons de parler , et ont proposé de s’y transporter , à condition qu’on payeroit leur passage, qu’on leur donneroit des terres , des salaires , des privileges exclusifs pour plusieurs années , etc. Ces personnes , en lisant les articles de la confédération , trouveront que le Congrès n’a ni pouvoir pour cet objet , ni argent

l68 QUELQUES MOTS entre ses mains pour de semblables projets , et qu’il n’y auroit que le gouvernement de quelque état particulier qui pût donner un pareil encouragement : on l’a toutefois rarement accordé en Amérique 5 et quand on l’a fait , on n’a presque jamais réussi à établir des manufactures que le pays , encore trop foible , ne pouvoit pas encourager les particuliers à monter eux-mêmes. Le travail est généralement trop cher , et les travailleurs trop difficiles à conserver , chacun désirant d’être maître , et le bon marché des terres donnant à beaucoup le désir de quitter les métiers pour l’agriculture. Quelques-unes j à la vérité , ont été

sur l’amérique. 169 établies et conduites avec succès ; mais ce sont en général celles qui ne demandent que peu de bras , et dans lesquelles la plus grande partie des ouvrages se font par des machines. Les marchandises trop volumineuses et d’une si petite valeur, qu’elles ne peuvent supporter la dépense du fret , peuvent souvent être fabriquées à meilleur marché dans le pays que celles qu’on pourroit importer , et les manufactures de ces objets seront avantageuses par - tout où il y aura suffisamment de demandes.

Les agriculteurs , à la vérité , récoltent en Amérique beaucoup de laine et de lin , et on n’en exporte point 5 tout est mis en oeuvre ,

IJO QUELQUES MOTS mais dans des atteliers domestiques 9 pour l’usage de la maison. On a plusieurs fois entrepris , dans différens états , d’en acheter une grande quantité pour les faire filer , employer des tisserands , et former de grands établissemens qui fabriquassent de la toile et des ouvrages de laine pour les vendre ; mais ces projets ont presque toujours mal tourne , parce qu’on importe des ouvrages aussi bons et à meilleur compte ; et lorsque les gouvernemens ont été sollicités pour soutenir et encourager ces établissemens par de l’argent , ou en imposant des droits sur l’importation des objets de même espece , ils l’ont toujours refusé } sur le principe que

sue. l’amérique. 171 si la province est assez florissante pour avoir des manufactures , les particuliers peuvent en établir avec profit 5 et que , dans le cas contraire , c’est une folie de vouloir forcer la nature. Les manufactures en grand demandent beaucoup de pauvres qui travaillent pour un léger salaire : on peut les trouver en Europe 5 mais il n’y en aura point en Amérique , jusqu’à ce que les terres soient toutes prises et cultivées , et que ceux qui ne pourront en avoir aient besoin d’être employés. Les manufactures de soie j dit - on , sont naturelles en France , comme celles de draps en Angleterre , parce que chacun de ces pays produit en abondance la

I73 QUELQUES MOTS matière premiere 5 mais si l’Angleterre veut avoir des manufactures de soie , comme celles de laine , et la France des manufactures de laine , comme celles de soie , il faut que ces opérations forcées soient soutenues , comme on l’a fait effectivement , par des prohibitions mutuelles , ou de forts droits sur l’une et l’autre marchandise importée. Par ce moyen, les ouvriers peuvent forcer ceux qui les consomment sur le lieu , d’en donner un plus haut prix , sans que cette augmentation les rende plus heureux ou plus riches : il arrive seulement qu’ils en boivent davantage et travaillent moins.

Les gouvernemens en Amérique

SUR i/amérique. 173 ne donnent donc aucun encouragement à de pareilles entreprises $ et, par ce moyen , on n’y est point rançonné par les marchands ou par les ouvriers. S’il arrive qu’un marchand demande trop pour des souliers importés , on les acheté chez un cordonnier , et si celui-ci veut un prix trop fort , on les prend chez le marchand ; de cette maniéré , ces deux états sont contenus l’un par l’autre : tout calcul fait cependant, le cordonnier en Amérique peut retirer de son ouvrage un profit plus considérable qu’en Europe ; car il peut ajouter au prix qu’on y donne , une somme à peu près égale à la dépense du fret, de la commission , des risques ou de

174 QUELQUES MOTS l’assurance , etc. que supporte nécessairement le marchand , et il en est de même pour les ouvriers de tout autre art méchanique 5 en conséquence les artisans en général vivent mieux et plus aisément en Amérique qu’en Europe , et ceux qui sont économes mettent à part une bonne réserve pour le soutien de leur vieillesse et de leurs enfans : il peut donc être avantageux pour cette espèce d’hommes de passer en Amérique.

Dans les contrées d’Europe habitées depuis long-temps , les arts , les métiers , les professions , les fermages , etc. sont tous tellement remplis ? qu’il est difficile pour les

SUR L’AMÉRIQUE. 175 gens pauvres de placer leurs enfans de maniéré qu’ils puissent gagner ou apprendre à gagner de quoi vivre d’une maniéré supportable. Les artisans qui craignent de se donner pour l’avenir des rivaux dans leur métier , ne prennent point d’apprentifs , à moins qu’on 11e leur donne de l’argent et de quoi les entretenir j ou l’équivalent ; ce que les parens ne sont pas en état de faire : il s’ensuit que les jeunes gens ignorent , sans pouvoir faire autrement , toute espèce d’art lucratif, et deviennent , par nécessité , soldats , domestiques ou voleurs pour subsister. En Amérique , l’accroissement rapide des habitans

1 y 6 QUELQUES MOTS

écarte la crainte de cette rivalité :

les artisans reçoivent volontiers des apprentifs , dans l’espoir de retirer le profit de leur travail pendant le reste du temps stipulé par - delà celui nécessaire pour qu’ils soient formés : il n’est par conséquent pas difficile aux familles pauvres de faire instruire leurs enfans ; et les artisans sont tellement empressés d’avoir des éleves , que plusieurs d’entre eux donneront même de l’argent aux pere et mere pour s’attacher leurs garçons de dix à quinze ans , jusqu’à celui de vingt et un jet par ce moyen , plusieurs pauvres parens , à leur arrivée dans le pays , ont eu de quoi acheter

Page 1