‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 106 sur 109 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ROBERT endormi, LUCIEN,

MONSIEUR DESROCHES, robe de chambre

et bomiet de coton, un bougeoir a la madn.

MONSIEUR DESROCHES. — Celte fois, nous allons

nous expliquer. (Il éclaire le visage de Lucien et remarque

sa pâleur.) Ah çà, qu'est-ce que vous avez, mon garçon? vous êtes pâle comme un mort.

LUCIEN. — Monsieur... ah! monsieur, nous sommes dans une auberge de brigands.

MONSIEUR DESROCHES, moqueur. ^- Eq vérité?

LUCIEN. — Ils assassinent les voyageurs.

MONSIEUR DESROCHES. — Voyez-vous ça? Depuis six ans que je passe mes étés à l'Auberge Rouge, je ne m'étais pas douté de la chose. Honneur à vous, mon garçon 1 Et c'est pour me communiquer cette importante découverte que vous m'avez appelé à si grand bruit?

LUCIEN. Oui, monsieur. [Il le prend par la main.)

Venez, vous aurez la preuve... Non, allez tout seul; je ne pourrais, sans mourir, revoir cette horrible chose. Là, dans ce cabinet, un homme assassiné.

MONSIEUR DESROCHES- — Un homme assassiné? (// rit.) Ah ! ah ! ah ! elle est bonne, celle-là!

{Il tombe sur une chaise en riant aux éclats.)

LUCIEN. — Quand je vous dis que je l'ai vu comme je vous vois.

MONSIEUR DESROCHES, riant toujours. Oui, Oui^

parfaitement. Ah! ah! ah!

LUCIEN.^- Vous ne croyez pas qu'il soit assassiné?

MONSIEUR DESROCHES. — Si, si, Irès assassiné, tout ce qu'il y a de plus assassiné. Ah! ah! ah! est-ce drôle!

LUCiENj à part. — Il rit, il pcut rire. Ah! mon Dieu, j'avais bien deviné : c'est un complice. Je

suis perdu ! {Il tombe à genoux devant M. Desroches.)

Grâce ! grâce ! ne nous tuez pas ! {On entejid frapper à la porte du fond.)

VOIX DE PIERRE, à la cantonade. — Faut s'évcillcr,

mes petits messieurs, voici le jour, faut s'éveiller. (Il essaye d'entrer.) Ah ça ! OU s'cst barricadé?

MONSIEUR DESROCHES, riant. — Je CTois bien; quand on est dans un repaire de brigands. Passez par ma chambre, Pierre.

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