‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 13 sur 109 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les Mêmes, MONSIEUR TILMONT, MAURICE, puis MARIETTE

MONSIEUR TILMONT, à Maurice qui essaye de le retenir. — Laisse-moi, il faut que je la voie!

'îl aperçoit M^e Labarthe debout et recule étonné.) VoUS, Cil

\ le ! ma chère sœur !

MADAME LABARTHE, stupéfaite. VoUS ! CO

bonne santé! mon frère! Mais alors, Eugénie?.. MONSIEUR TILMONT. — Ah çà î Maurice?...

EUGÉNIE , à genoux et tout en larmes. — PardoD I

pardon, grand'maman, pardon! ce n'était pas vrai du tout. J'ai eu tort; c'est une invention... pour... pour...

MADAME LABARTHE. — Pourquoi, mademoiselle?

EUGÉNIE, tout bas. — Pour VOUS réconcilier, grand'mamam.

CATHERINE. — Ah! c'est VOUS, mademoiselle, qui avez fait ce bel ouvrage de faire tomber madame en syncope?

MONSIEUR TILMONT. — En syucope?

MADAME LABARTHE, à son beau- frère. Cette petite

m'a dit que vous veniez de vous trouver mal, et... eh bien, oui, cela m'a fait un effet... le cœur m'a tourné.

MAURICE. — Moi, j'ai vu madame comme

TIIEATCE A LA MAISON,

morte, et je suis accouru vous le dire. Je ne mentais pas, vous voyez?

Mo^SIEUR TiLMONT. — J'aime mieux ça, mais je t'aurais peut-être tout de même pardonné.

{Maurice et Eugénie se donnent en cachette un coup de coude.) MADAME LABARTHE, montrant au capitaine la porte enfoncée. — Et pour venir plus vite, vous avez?... MONSIEUR TILMONT. — Parblcu ! je pouvais bien enfoncer une porte; vous vous êtes bien évanouie, vous!

CATHERINE, joyeuse. — Je vois qu'ou va se raccommoder.

MADAME LABARTHE , à M. Tilmont, en souriant. —

Vous croyez que vous étiez dans votre droit?

MONSIEUR TILMONT. — Plus quc daus mon

droit, dans mon devoir de beau-frère et d'ami.

MADAME LABARTHE, lui tendant la main. — VoUS

avez cent fois raison.

MONSIEUR TILMONT lui serre la main et la lui baise.

Enfin, c'est fait!

MAURICE, sautant de joie Quel bonheur!

EUGÉNIE. — Ah! oui, quel bonheur! {Elle fond

en larmes.)

MADAME LABARTHE. — Eh bien! qu'as-tu?

EUGÉNIE. — Oh! grand'mamam, je suis si fâchée de ce que j'ai failetsi contente aussi... Maurice m'avait dit que c'était un mauvais moyen; ça vous a fait du mal, et ça aurait pu... Oh! mon Dieu! mon Dieu! quand je pense que...

\ous, EN vie! m.v chère sœur, »

MADAME LABARTHE. — Console-toi , je n'en suis pas morte ; mais souviens-toi que le mensonge, quel qu'il soit, risque toujours de faire plus de mal que de bien.

Ei:GÈyiE,(imidement. — Pourtant, celui-là,grand'maman, vous a réconciliés.

MADAME LABARTHE. — Uu pcu plus tôt Seulement, ma fille; ton petit discours m'avait gagnée, et la journée ne se serait point passée sans que je fusse allée tendre la main à cet entêté.

MONSIEUR TiLMONT. — Vrai ! Eh bien, moi aussi, je n'y pouvais plus tenir, et je crois...

CATHERINE, revenant. — Madame et mousicur sont servis.

MADAME LABARTHE, riant. Catherine VOUS

nvite, capitaine; elle a deviné ma pensée. )onnez-moi votre bras.

MARIETTE, à la porte du jardin. Dis doUC , Ca-

herine, si les maîtres se remettent ensemble, st-ce que nous allons rester brouillées, nous?

CATHERINE. Ma foi, HOU. (Elle se jette dans les

tras de Mariette.) VieUS m'aidcr à SCrvir. [Elles entrent tans la maison.)

MADAME LABARTHE, avec émotion. Qu'il y a

ongtemps...

MONSIEUR TILMONT, riant. Trois aUS ; CO n'cst

)as rien. Cependant, au moyen âge, les querelles iuraient plus longtemps encore ; on en a vu [ui ont duré des siècles ; mais nous sommes

des modernes, heureusement, et, dans le mal, nous faisons les choses moins grandement.

MADAME LABARTHE, — J'cspère que dans ce sens-là nos petits-enfants feront moins grande ment encore.

MONSJEUR TILMONT, à Maurice et à Eugénie. — Oui,

vous qui commencez la vie, enfants, rappelezvous qu'elle est courte et que le temps passé en brouilleries avec les personnes qu'on aime et qu'on respecte est perdu pour le bonheur. Êtes-vous en difficulté avec des êtres chers, si vous avez tort, faites les premiers pas, et si vous avez raison, faites-les encore; l'amitié vaut bien que nous lui sacrifiions l'amour-propre, et je veux vous en laisser l'exemple, mes chers

petits. (Se tournant vers M™^ Labarthe.) J'y ai pCnSO

souvent, chère amie, depuis trois ans, à la cause de notre absurde querelle. Vous aviez raison, mille fois raison contre moi. J'allaij poser deux fois de suite : la pose était à vous, bien à vous, et je n'aurais fait que mon strici devoir en vous la donnant. En vous la disputant,] j'ai été toutà la fois un mauvais joueur, presque un tricheur, un entêté et un homme mal élevé.

MADAME LABARTHE, riant. — Là, là, là! n'en'

parlons plus. J'avais fini par penser que tous les torts étaient de mon côté. J'allais perdre, j'avais le double-six à placer, et cela m'avail donné un peu d'humeur; mon pauvre ami.

notre obstination mutuelle nous a coûté cher. Rester brouillés pendant trois ans quand on est voisins et parents, quand on est de vieux amis de quarante ans, et pour une pose aux dominos, cela n'a pas le sens commun ! Ces enfants doivent n'y rien comprendre , sinon que, quand on n'est pas bon joueur, il vaudrait mieux ne pas jouer.

(Maurice et Eujente se regardent tout étonnés.)

MAURICE. — C'est à faire peur du jeu, sais-tu, Eugénie?

EUGÉNIE. — C'est vrai ; moi qui n'aime pas perdre, il faut que je prenne joliment garde, je n'oserai plus jouer.

MAURICE. — Je t'en défie bien, tu es très bonne, Eugénie. Je t'ai vue jouer souvent, rien

que pour amuser les autres. I^Les deux enfants fembrassent.)

{La toile tombe.)

GOLLKGTION HETZEI^

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