SCÈNE V ARTHUR, BAPTISTE
BAPTISTE, accourantets'ùppuyantsurlafenélre. — C'est
vous qui m'appelez, monsieur Arthur?
ARTHUR. — Oui, Baptiste. Je voudrais vous faire une question. N'est-ce pas, c'est un poisson d'avril?
BAPTISTE. — Un poisson d'avril ! Quoi donc, monsieur Arthur?
ARTHUR. — Mais cette invitation que Gaston nous a faite aujourd'hui.
BAPTISTE, riant. — Ah! ah! ah! Vous avezl cru ça ! C'est donc vrai ce que ]\P Laure a dit à M. Gaston quand il lui a demandé pourquoi vous] ne veniez pas aussi... Alors, vrai, vous vous] clés fourré dans la tête que c'était un poisson]
d'avril ! Eh bien, monsieur Arthur, c'est vous qui vous l'êtes fait à vous-même votre poisson d'avril. Si vous saviez comme M. Gaston a ri !
ARTHUR. — Ri ! et de qui ? Serait-ce de moi ?
BAPTISTE. — Naturellement. Il disait : « Ah! que c'est bien Arthur ! que c'est bien lui avec sa sempiternelle méfiance. En vérité c'est trop amusant ! » Mais monsieur lui a dit : « Je ne comprends pas, Gaston, comment tu peux rire de cela ; je ne trouve pas plaisant du tout qu'Arthur t'ait cru assez mal élevé pour faire à tes amis une aussi mauvaise plaisanterie. — Au fait, c'est vrai, papa, a répondu M. Gaston, c'est très mal de la part d'Arthur de m'avoir supposé capable d'un acte d'aussi mauvais goût. »
ARTHUR. // baisse le nez. Après un assez long silence. —
Alors on s'amuse beaucoup là-bas?
BAPTISTE. — Je crois bien! Il y en a un de remue-ménage à la cuisine ! Voilà trois jours que notre Mathurine fait des gâteaux. C'est ce qui s'appelle une fête.
ARTHUR, hésitant. — Mais... alors. . . je...
BAPTISTE. — Mais, faites excuse, monsieur Arthur, il faut que j'aille dire à votre jardinier qu'on a gardé son Jacques. Quand M. Gaston, qui l'aime beaucoup, l'a aperçu tout près de la maison, il l'a invité à rester. « Tu tiendras la place d'Arthur, » qu'il lui a dit.
ARTHUR, indigné. — Tenir ma place I
BAPTISTE. — Ça fait que je vais dire à son père de ne pas s'inquiéter de lui. Adieu, monsieur
Arthur. (// s'éloigne.)