ACTE V, SCÈNE 111. i4y
Et qu'au rang d'où ce bras va les précipiter, Nul mortel désormais n'osera remonter.
1 urez !
LES CONJUR ES.
Nous le jurons.
BRUTUS
Oui, j'en ai l'assurance, Ce jour qui voit le crime en verra la vengeance. Cette mort a donné le signal attendu, Dans Rome et dans le camp par mes fils entendu. De notre liberté le monument s'élève , Et dans un même instant se commence et s'achève. Croyez-en ce Brutus , qui , d'un voile imposteur , De vos hardis projets enveloppant l'auteur, Dans l'ombre et le silence en ourdissait la trame : Vous n'êtes que le bras du corps dont il est l'âme. Fatigué de servir et de dissimuler , C'est lui qui dans ces lieux vous a fait rassembler; Qui , pour déterminer plus d'une âme indécise , Loin de désavouer son illustre entreprise, De l'infâme Sextus confirmant les soupçons, Si ce n'est vos secrets , livra du moins vos noms. J'ai voulu, quand sur vous j'appelais les orages, Par la nécessité ranimer vos courages, Et, de votre péril appuyant mes projets, Rendre un beau désespoir garant de nos succès. Les Tarquins ont fait plus : leur exécrable rage, Romains , de ma prudence a consommé l'ouvrage.
25o LUCRÈCE.
Regardez eet objet de douleur et d'effroi... Et vous, restes muets, plus éloquents que moi, Parlez aux citoyens, persuadez l'armée; Offerts à tous les yeux dans la ville alarmée, Créez-vous des vengeurs : que le père , l'époux Vous contemple, frémisse, et se rallie à nous. La nature et les lois sont du parti de Rome : Pour embrasser sa cause il suffira d'être homme.
( Les conjurés enlèvent le corps de Lucrèce , et sortent pour le montrer au peuple. )