‹ ThéâtreChapitre 107 sur 210 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

SERVILIUS

Lorsque clans un plus grand on la peut replonger.

La liberté de Rome est-elle menacée ?

SERVILIUS

On le croit.

De terreur mon âme s'est glacée.

Un citoyen prétend au pouvoir absolu !

SERVILIUS

Tu l'as dit.

EMILIE

Ce perfide, enfin, le connais-tu?

SERVILIUS

Oui.

Tu saurais son nom, et le peuple l'ignore?

SERVILIUS

Ni lui ni le sénat ne sont instruits encore.

EMILIE

Et tu te dis Romain !

SERVILIUS

Je sais ce que je dois :

Mais Rome seule, enfin, n'a pas sur nous des droits. Il en est avec qui l'on ne fait pas divorce. Souvent notre devoir excède notre force. Combien j'aurais besoin d'un courage affermi S'il fallait accuser...

i78 GINCINNATUS.

EMILIE

Qui?

SERVILIUS

Mon meilleur ami.

EMILIE

Je l'avoûrai; j'ai peine à concevoir qu'un homme

Dans une âme romaine ait pu balancer Rome ;

Qu'on délibère alors qu'il faut sacrifier

A l'intérêt d'un seul celui d'un peuple entier.

Ce crime est trop honteux pour qu'on puisse le croire.

Quelle est cette vertu dont tu te faisais gloire ,

Si des coups dont le sort se plaît à l'ébranler ,

Le premier qui l'éprouve est sûr de l'accabler ?

Est-il dans cet effort , devenu nécessaire ,

Rien qui soit au-dessus d'un courage vulgaire ?

Rien qui doive étonner un cœur républicain ,

Ou puisse mesurer la vertu d'un Romain?

Du sang même en ton cœur étouffant le murmure ,

Te fallût-il à Rome asservir la nature ,

Le sentiment aux lois , et l'homme au citoyen ,

Mon cœur , tout en saignant de la douleur du tien ,

Te dirait : « Vois Brutus ; son ombre te contemple :

« Romain j fuis son aspect , ou bien suis son exemple. »

SERVILIUS

Je le suivrais. L'effort que Brutus a tenté Etonne toutefois mon cœur épouvanté :

Du prix dont il paya le salut de l'empire L'humanité frémit, quand l'héroïsme admire.

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