ACTE ï, SCÈNE III
CÉTHÉGUS
Ah ! si tu connaissais les pleurs de l'amitié,
Ses terreurs , ses tourments , tu serais moins barbare.
Tu n'as donc point d'ami?
mut iu s.
J'ai l'ami le plus rare Qui d'un infortuné puisse adoucir le sort. Pour moi, dans ce moment, il brave encor la mort; Pour me sauver , il s'offre au coup qui me menace.
CÉTHÉGUS
Par cet ami si cher, accorde-moi la grâce
Que l'amitié tremblante implore de ton cœur.
Délivrant Marius, sois mon libérateur.
Oui, pour toi la pitié doit avoir quelques charmes.
Tu t'attendris !
En vain je veux cacher mes larmes.
CÉTHÉGUS
La source en est trop pure : ah ! laisse-les couler !
MU ti us.
Céthégus , avec toi c'est trop dissimuler : A ta foi trop long-temps c'est avoir fait outrage. Ne cherche pas plus loin l'ami de ton jeune âge : Il est dans ces remparts, il est devant tes yeux. Embrasse Marius.
CÉTHÉGUS
Marius! ah, grands dieux!
Et mes yeux si long-temps ont pu te méconnaître !
LE JEUNE MARIUS
J'ai trompé des regards plus clairvoyants peut-être.
CÉTHÉGUS
A ma tendresse , hélas ! depuis six ans ravi , En quel affreux état revois-je mon ami !
LE JEUNE MARIUS
Mes traits ont pu changer par l'infortune et l'âge ; Mais non jamais mon cœur.
CÉTHÉGUS
En tremblant j'envisage Les périls qu'en ces lieux à chaque instant tu cours. Un seul mot , un regard , et c'est fait de tes jours.
LE JEUNE MARIUS
Le péril est passé. Trahi par un esclave , J'allais tomber aux mains des cruels que je brave , Si , par un prompt trépas punissant son projet , Je n'eusse dans la tombe enfermé mon secret. Sous l'habit d'un soldat je crains peu de paraître. Plus de précaution m'eut décelé peut-être. Trop de timidité le plus souvent nous perd : Un proscrit qui se cache est bientôt découvert. Cru l'ennemi mortel de mon auguste père , De ses vils ennemis je trompe la colère. Et quel affreux tourment pour mon cœur déchiré ! Tout homme est un bourreau de son sang altéré ; Je neovois près de moi que des mains toutes prêtes A se saisir du prix qui doit payer nos têtes. Distingué des humains jusque dans son malheur,