‹ ThéâtreChapitre 12 sur 210 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mon père , par prodige , échappe à leur fureur. Seul en butte au péril , je ne saurais plus craindre. J'ai revu Céthégus, pourrais-je encor me plaindre? Le ciel ne m'est propice ou cruel à moitié; S'il permet le malheur , il donne l'amitié.

céthégus.

C'est ou pour te venger, ou pour mourir ensemble, Que la faveur des dieux en ces lieux nous rassemble. Dispose de mes biens , dispose de mon bras. Au bout de l'univers faut-il suivre tes pas ? Tout ce qu'il t'enleva le sort peut te le rendre. Marius peut encor renaître de sa cendre. Si j'en crois mon espoir, ce calme d'un moment N'est que le précurseur d'un grand embrasement. Quel est donc le projet que forme ton courage ? Prétends-tu plus long-temps rester sur ce rivage ? Les jours de Marius ne sont plus en danger ; Ami, que résous-tu?

LE JEUNE MARIUS

Le joindre et le venger.

Le vaisseau qui l'enlève aux rives d'Italie L'aura porté bientôt en l'île d'Ennarie. Là, joint par Grannius et par quelques amis, Il doit de sa fortune assembler les débris , Et prouver , de retour, à sa patrie ingrate Que le vainqueur de Rome eût vaincu Mithridate. Tu me connais , ami ; digne de ce héros , On m'eût vu sur ses pas m'élancer dans les ilôts ,

Si , moins sûr du salut d'une tête si chère ,

Un autre soin ne m'eût retenu sur la terre.

Sylla , nous jugeant tous sur son cœur inhumain ,

Croit en vain que dans Rome il n'est plus de Romain.

L'ingratitude , ami, n'est pas dans la nature.

Le peuple est effrayé ; cependant il murmure.

Il chérit Marius; il voit avec horreur

Le sort que l'on prépare à son libérateur,

Et demande en tremblant si le sénat oublie

Que deux fois ce grand homme a sauvé l'Italie.

A s'exprimer plus haut il peut être excité

Par l'aspect du péril et de la vérité.

Démasquons ce Sylla , tyran d'un peuple libre ,

Des flots du sang romain grossissant ceux du Tibre :

Qu'on le voie , implacable , ambitieux , ingrat ,

Ne venger que lui seul en vengeant le sénat;

Prudent en sa fureur , accabler de sa haine

C4eux sur qui reposait la liberté romaine ;

Par d'utiles forfaits s'assurer les faisceaux ;

Changer Rome en désert , nos palais en tombeaux ;

Et , chargeant tous les bras d'immoler ses victimes ,

Rendre le monde entier complice de ses crimes.

CÉTHÉGUS

Je connais un moyen plus infaillible encor :

Parlons à l'intérêt ; semons , prodiguons l'or.

A la honte des mœurs , dans le siècle où nous sommes ,

J'avoue, en rougissant, qu'il peut tout sur les hommes.

Employé par nos mains pour un plus noble but,

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