‹ ThéâtreChapitre 112 sur 210 · ACTE I, SCENE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI. i

D RUSUS.

Que dis-tu ! se peut-il que Mélius oublie

Au peuple d'Antium quel traité nous allie G ?

Pour éclater enfin, que le jour attendu

Est le jour où le Volsque , en nos champs répandu ,

Arrachant les soldats de Rome sans défense ,

La mettra tout entière en notre dépendance ?

MÉLIUS

Tels furent mes projets ; mais j'ai dû les changer : Je sens qu'il est honteux d'appeler l'étranger, De l'admettre en nos murs, d'ouvrir à sa furie Ces champs mon héritage et toujours ma patrie. Sans prendre , en tributaire , un sceptre de leurs mains , Romains , décidons seuls sur le sort des Romains • Tendons au même but par une autre mesure , Plus prompte en son effet , et pourtant aussi sûre. Tu connais ma demeure et les dépôts secrets Où nous avons du meurtre entassé les apprêts. Tandis que ce sénat, où je vais, loin de craindre, Pour me justifier bien moins que pour me plaindre , Aux murs du Capitole est encore enfermé , Que par toi , sans délai , mon parti soit armé ; Qu'ensuite il se disperse ; et quand la nuit plus sombre A mes nouveaux projets viendra prêter son ombre, Que mon propre palais , dans la flamme écroulé , Anéantisse , aux yeux du peuple désolé , Les moissons qu'il renferme, et l'unique espérance Qui pendant la disette entretient sa constance.

184 GINCINNATUS.

Qu'en secret par nos bras ce crime exécuté ,

Au sénat envieux soit sur l'heure imputé ;

Car je prétends , Drusus , que ce maître suprême

Soit moins frappé par nous que par le peuple même.

Concois-tu mon projet ? L'embrasement fatal

A tous les conjurés donnera le signal :

Qu'alors chacun , au gré du transport qui l'anime ,

Dans Rome épouvantée égorge sa victime.

Comme nos intérêts réunissons nos coups .

Qu'on soit proscrit par moi sitôt qu'on l'est par vous.

Que , sans égard du rang , ou du sexe , ou de l'âge ,

La seule utilité dirige le carnage.

Mais songeons , avant tout , que nos vrais ennemis

Sont ces Romains altiers , ces rigides esprits

Qui sur Brutus armé contre la tyrannie

Ont modelé leur âme et formé leur génie :

impossible à corrompre*, inhabile à ployer,

Tout vrai républicain doit périr le premier.

DRUSUS

Ainsi, Servilius...

MÉ LIUS.

Non : malgré sa menace , Il doit nous être utile , et j'exige sa grâce . Crois-moi , l'amour encor peut m'en faire un appui ; Et c'est l'armée enfin qu'on séduirait en lui.

DRUSUS

De ton génie en tout je reconnais l'empire : Tes projets sont les miens; j'obéis, et j'admire.

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