ACTE 1, SCENE III
OSCAR
Pour connaître son sort Je n'ai rien négligé. Dans mes recherches vaines , Interrogeant partout ses traces incertaines, Pénétrant dans la nuit de nos antres déserts, J'ai parcouru les bois , j'ai traversé les mers : Mais le succès n'a pas couronné mon attente. Pour prix d'une fatigue inutile et constante , Je n'ai pu recueillir que des soupçons , des bruits , L'un à l'autre opposés, l'un par l'autre détruits. On dit qu'aux bords d'Ullin on l'a vu reparaître ; On dit qu'en s'éloignant des murs qui l'ont vu naître , Avec son jeune enfant, avec le vieux Carril, Il a choisi Lochlin pour lieu de son exil. Tandis qu'un autre soin près de vous me rappelle , Par mes ordres déjà plus d'un barde fidèle Court y redemander cet ami malheureux, Que je devrais peut-être y chercher avec eux.
MALTINA.
Attendez leur retour en ce séjour paisible : L'amitié ne veut pas qu'on tente l'impossible. Je voudrais, cher Oscar, me flatter comme vous ; Mais je n'espère plus retrouver mon époux, Retrouver mon enfant , qui , malgré ma misère , Eût encore épargné bien des pleurs à sa mère ! Donnez quelque repos à vos yeux fatigués Des pleurs qu'à votre ami vous avez prodigués.
202 OSCAR
Vos malheurs sont les miens , ma douleur est la vôtre ; Désormais réunis . par pitié l'un pour l'autre , D'un appui mutuel , Oscar , assurons-nous : Je vous suis nécessaire , et j'ai besoin de vous.
OSCAR
Je le crois, je le sens; le charme que j'éprouve, De concert avec vous, me le dit, me le prouve. Mais serait-ce à rester qu'il faudrait m'inviter ? Qu'il me faut de vertu pour pouvoir vous quitter ! Je l'ai pu... sais-je, hélas! si je le puis encore! Au cœur de votre Oscar, que plus d'un mal dévore, Tout l'ordonne... et pourtant, si j'en croyais mon cœur, Je n'irais pas si loin pour trouver le bonheur... Dermide... qu'ai-jedit!