ACTE II, SCENE II
M ALVINA
Pourquoi loin de Morven porter encor vos pas ?
OSCAR
Par pitié , Malvina , ne m'interrogez pas.
M AL VIN A
De vos secrets chagrins craignez-vous de m'instruire ?
OSCAR
Il faut partir : c'est tout ce que je puis vous dire.
MALVINA
Partir ! et dans quel temps , Oscar , et pour quel lieu ?
OSCAR
Il faut partir!
MALVINA
Et quand reviendrez-vous ?
OSCAR
Adieu !
Aïeux de Malvina , du sein de vos nuages , Veillez sur ses destins, battus par tant d'orages ! Je vous la rends.
MALVINA
Qu'entends-je !
G AUL
Au désespoir livré , Du monde entier Oscar est déjà séparé.
A lui-même étranger , il fuit tout ce qu'il aime ; Il fuit et sa patrie , et sa gloire , et vous-même ; D'autant plus tourmenté du funeste poison Qui consume à la fois sa vie et sa raison ,
262 OSCAR
Qu'il aime à renfermer dans son âme éplorée La cause du chagrin dont elle est dévorée. Parlez au cœur d'Oscar : c'est à vous d'arracher Le secret d'un chagrin qu'il s'obstine à cacher.
MALVIN A
Oui , je le veux. Oscar, que ce cœur se souvienne
Quels droits ma confiance obtenait à la sienne ,
Quand faible , succombant au poids de mes douleurs ,
Quand perdant tout ensemble et la voix et les pleurs ,
Anéantie, en proie au sort le plus terrible,
A force de sentir je semblais insensible.
Vous me disiez alors : « Rendez-moi , par pitié ,
« La part qu'en ses malheurs me doit votre amitié ;
« Ce noble sentiment soumet tout à ses chaînes ;
« Comme sur les plaisirs il a droit sur les peines ;
« Pour doubler le bonheur s'il le fait partager ,
« Le malheur qu'il partage en devient plus léger :
« A pleurer dans son sein croyez qu'il est des charmes. »
Vous le disiez, et moi je retrouvais des larmes.
Craignez- vous de pleurer ?
OSCAR
Je crains bien plus encor De vous voir triompher d'un impuissant effort , De rester sans vertu contre un charme suprême Qui , d'accord avec moi , me combat par moi-même. Mais non : plus je le sens, plus j'y veux résister. Vous-même, en vos désirs bien loin de persister, Tremblez que je ne cède , et tremblez de connaître