‹ ThéâtreChapitre 153 sur 210 · ACTE II, SCÈNE II. rô · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. rô

Ce funeste secret dont je suis encor maître , Que d'un voile éternel je veux envelopper J Et qui pourtant sans cesse est prêt à m'échapper, Qui déjà... Mais que dis-je, et quel est mon délire ? Pourquoi vous cacherais-je un projet que m'inspire Le sentiment connu comme éprouvé par vous ? Votre ami n'est-il pas l'ami de votre époux ? Si ce n'est l'amitié , Dermide , qui m'entraîne , De déserts en déserts , sur ta trace incertaine , Le plus saint des devoirs doit hâter mon départ ; Et si je pleure, enfin, c'est de partir trop tard.

M ALV I N A.

Ne différez donc plus : mon cœur, sans défiance,

Juge de vos devoirs par votre impatience.

Partez : mais , dédaignant d'inutiles détours ,

Soyez vrai , soyez tel que vous fûtes toujours.

Je veux qu'un soin pressant loin de Selma vous guide :

Mais qu'un nouvel espoir de retrouver Dermide

Sur ses pas tout-à-coup vous doive ramener ,

Voilà ce qui peut-être a droit de métonner...

Ou plutôt dans ton cœur je vois ce qui se passe :

Ce n'est pas le malheur , c'est Oscar qui se lasse ;

Oscar qui , pour me fuir , en de lointains climats ,

Brûle de revoler à la gloire , aux combats.

Non !... les combats, la gloire, ont pour toi moins de charmes

Que tu n'as le besoin de ne plus voir mes larmes.

En fatigue , l'ennui , malgré nous , peut changer

T^e sentiment qu'inspire un malheur étranger.

2G4 OSCAR

Voilà votre secret... j'aurais tort de me plaindre,

Si mon cœur eût forcé le vôtre à se contraindre ;

Digne de vos mépris , si j'avais mendié

Les soins dont m'accablait une fausse pitié ;

Pitié qui, malgré moi, cruelle autant que vive ,

Rappela dans mon sein mon âme fugitive.

Pourquoi donc forciez-vous mes yeux à se rouvrir ?

Je n'étais pas à plaindre, Oscar, j'allais mourir.

L'amitié , par degrés , combattit cette envie ,

Et réconcilia mon âme avec la vie ;

L'amitié , par degrés , ramenait dans mon cœur

La consolation , peut-être le bonheur !

Suffisante à ce cœur , éteint par la souffrance ,

Mais presque ranimé par la reconnaissance,

Elle aurait adouci mes jours infortunés :

Je le crus, je le crois, et vous m'abandonnez !

OSCAR

Je vous fuis ; et ce cœur , que l'on croit insensible , Ne s'imposa jamais un devoir plus terrible. J'ai mille fois bravé le feu, le fer, la mort ; Mais je n'ai pas tenté de plus pénible effort. Lorsque , pour maintenir ma volonté première , J'appelle à mon secours ma raison tout entière , Pourquoi réveillez-vous , en ce cœur combattu , Tout ce qui pourrait vaincre un reste de vertu ? Pourquoi fatiguez-vous d'une plainte imprudente Ma constance ébranlée et presque insuffisante ? Pourquoi gémir? pourquoi ces yeux baignés de pleurs ?

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