ACTE II, SCÈNE IL 2G
Ces yeux ! savez-vous bien qu'ils ont fait nos malheurs ?
Tels étaient vos regards , Malvina , quand mon âme
Se sentit dévorer d'une subite flamme ;
Lorsque je reconnus , dans mon cœur effrayé ,
L'amour, que j'avais pris long-temps pour la pitié;
Amour impétueux , invariable , extrême ,
Amour digne d'Oscar et digne de toi-même ;
Qui, sans doute , eût serré les nœuds qu'il va briser,
Si de ton cœur encor tu pouvais disposer.
Dermide, ami fatal! Dermide... hélas! j'ignore
S'il cessa d'exister, ou s'il existe encore.
Mais moi qui l'ai vengé , s'il revenait un jour,
De quel œil en ces lieux verrais-je son retour ?
Egaré, subjugué, jeté hors de moi-même,
Je ne suis plus à moi, je ne suis plus moi : j'aime.
Déjà mon cœur , qu'aveugle un sentiment fatal ,
Dans son plus tendre ami ne voit plus qu'un rival.
A ce supplice affreux, qui sans cesse m'obsède ,
Aux malheurs qu'il prépare , il n'est qu'un seul remède :
C'est l'exil , et j'y cours. Soit parmi les forêts
Qui des monts de l'Arven hérissent les sommets ;
Soit dans les flancs obscurs des rochers d'Inistore ;
Soit dans l'ombre des bois , plus redoutés encore ,
Qui de l'impur Légo couvrent les bords fangeux ;
Cachant un désespoir plus effroyable qu'eux ,
Fatiguant de mes cris les échos du rivage ,
Je mêlerai ma voix à la voix de l'orage ,
Au bruit de la tempête , au fracas des torrents ,
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Aux hurlements plaintifs des fantômes errants. Ou si quelque combat s'offrait à mon courage, Je sens qu'avec plaisir je verrais le carnage ! Heureux s'il me délivre , en abrégeant mon sort , D'un amour qui n'aura de terme que ma mort.