‹ ThéâtreChapitre 161 sur 210 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

De la nature entière épuiser l'injustice, Que de me condamner à l'horrible supplice De presser sur mon cœur un cœur inanimé , Qui ne m'aimera point s'il ne m'a point aimé.

MALVINA

Qui te l'a dit , cruel ? et que dis-je moi-même !} O vous, qui connaissez mon infortune extrême, M'osez-vous demander, en ce jour de douleur, Un autre sentiment que celui du malheur ? Un autre ! Ah ! si mon cœur en connaissait un autre , Si ce coupable cœur répondait trop au vôtre , Il m'en coûterait moins d'expirer à vos yeux Que de vous faire, Oscar, ces pénibles aveux! Je ne te parle pas de ma reconnaissance ; Ainsi que ta pitié , tu sais qu'elle est immense ^ Qu'elle anime ce cœur, dont elle est le soutien, D'un sentiment bien vif, mais plus doux que le tien. Oh! s'il te suffisait! j'y trouve tant de charmes! S il ne tarit, au moins il adoucit mes larmes; J'aime à te l'avouer comme à le ressentir, Et je puis, en tous lieux, t'en parler sans rougir. Je le croyais du moins!... et cependant mon trouble S'accroît à chaque instant, à chaque mot redouble ; Il me presse, il m'accable, il me jette à tes pieds. O toi, qui vois ces pleurs dont mes yeux sont noyés, Cher et cruel Oscar, toi, dont le cœur s'offense De ne devoir ma foi qu'à mon obéissance, Penses-tu que celui qui t'engagea ma foi ,

280 OSCAR

A cette obéissance ait plus de part que toi?

Qu'entends-je, ô Malvina!

M ALVINA

J'en ai trop dit.

OSCAR

Achève.

MALVINA

Contre mon cœur , Oscar , ma raison se soulève. C'est à toi de calmer ces douloureux transports; C'est à toi d'imposer silence à mes remords : Et crois qu'ils se tairont dans le cœur d'une mère , Sitôt que mon enfant t'aura nommé son père.

OSCAR

J'aurai bientôt remis ce fils entre tes bras... Qui donc, fils de Morni, vient ici sur tes pas?

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