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ACTE III, SCÈNE IL

Qu'à tout infortuné j'offrirais comme à lui :

Ainsi nul intérêt en faveur de ma flamme

Ne doit en aucun temps solliciter votre âme.

Par des nœuds plus puissants s'il pensait , votre époux ,

M'enehaîner au devoir en m'enchaînant à vous,

Il douta de mon cœur ; et votre trouble extrême

Prouve qu'en ce moment vous en doutez \ous-meme.

N'ai-je pas dans ce cœur, n'ai-je pas sous les yeux

L'exemple à ma valeur offert par mes aïeux ?

De la vertu proscrite embrasser la défense ,

Protéger le malheur, la vieillesse , l'enfance,

Tendre au plus faible un bras à l'oppresseur fatal ,

Voilà le vrai devoir d'un enfant de Fingal ,

D'un enfant d'Ossian, dont la voix immortelle

Célébra les héros qui l'ont pris pour modèle.

M AL VIN A

Au nom de ces héros que vous me retracez , Oscar, ah! n'accusez que mes sens oppressés, Du trouble de ce cœur qui ne peut se connaître , Trouble que votre aspect augmente encor peut-être... Je sais ce que je dois aux ordres d'un époux, A sa cendre , à l'usage , à mon enfant , à vous : Il suffit... sur le reste approuvez mon silence, Et croyez seulement à mon obéissance.

OSCAR

Ecoutez : je vous aime ! et jusques à ce jour Plus de beauté jamais n'inspira plus d'amour ;

278 OSCAR

Jamais!... A votre vie associer ma vie,

Pour l'univers entier être un objet d'envie ,

Se consacrer à vous par des nœuds solennels,

Qui placeraient Oscar au-dessus des mortels ,

De cet Oscar , brûlé d'une ardeur insensée ,

Telle est, ô Malvina, l'éternelle pensée.

Près de vous , loin de vous , elle assiège mon cœur ;

Tout bonheur disparaît auprès d'un tel bonheur.

Dans mes premiers plaisirs je cherche en vain des charmes;

Je ne tressaille plus au noble bruit des armes ,

A la voix du guerrier, à la voix du chasseur;

Et , si dans la forêt je traîne ma langueur ,

Près de mon arc oisif, sur le mont solitaire,

Bondit impunément le chevreuil téméraire.

Mon être se consume en pénibles combats.

Ambitieux d'un bien que je n'espère pas ,

Je n'ai rien attendu de ma longue constance :

Mais je ne devrai rien à votre obéissance.

Qui ? moi , vous obtenir d'un autre que de vous !

Qui? moi, vous voir soumise aux ordres d'un époux,

Plus froide que la tombe entre nous deux placée,

A ma brûlante main tendre une main glacée,

Répondre à mes soupirs par des gémissements ,

Et l'œil chargé de pleurs recevoir mes serments!

Esprits du ciel , avant que ma voix les profère ,

Esprits vengeurs , sur moi tombe votre colère !

Jusqu'au dernier soupir, errant, désespéré,

J'aime mieux , des vivants et des morts abhorré ,

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